ANDRE GILL
parti forçat, avait une ressemblance frappante avec l'hôte des Tuileries, ressemblance telle que le dessin fut supprimé dès son apparition , trop tard pourtant pour que le coup n'eût pas porté.
Après la guerre, Gill fit encore de bonnes caricatures de son dessin clair et correct d'ancien élève de l'École des Beaux- Arts. Elles n'eurent peut-être plus, dans le mouvement de la politique, une influence bien directe. Il faut signaler cependant les croquades où Gill représenta le petit M. Tliiers avec un étonnant relief de vie et un mouvement bien spirituel.
La série des Hommes da jour, fort alerte et bien enlevée, contient aussi de nombreux portraits qui auront plus tard une valeur historique certaine. Enfin, Gill a parfois eu de piquantes idées satiriques, notamment lorsque sur un mot de Gambetta il fonda, avec Louis de Gramont, l'éphémère Esclave ivre.
Comme il y a des injustices dans la répartition des éloges! Voilà un homme qui a été heureusement doué, qui a produit les dernières caricatures politiques vraiment vigoureuses et vraiment sincères, et, peu d'années après sa mort, ou ne trouve presque rien à dire de lui. C'est un peu sa faute, hélas ! Gâté par des admirations aveugles, par des camaraderies, Gill a éparpillé sa vie et écouté de trop vastes ambitions. Il a eu l'ambition d'être un grand peintre, n'ayant presque pas de métier, et il n'a laissé guère que le portrait de l'acteur Daubray qui puisse passer i)Our un morceau de peintre tolérable. Il a eu l'ambition de faire fortune par divers moyens, et notamment en brossant un grand panorama des célébrités, idée reprise d'ailleurs avec fruit par d'autres artistes, et cela l'a conduit, délirant, à Charenton.
Quelle triste fin que celle de ce garçon plein de talent, exubérant de force et de santé, de ce beau et triomphant bohème ! Un cabanon, que de rares dévouements, restés fidèles, celui du caricaturiste Emile Cohl, notamment, ne parvinrent pas à rendre moins navrant.
Gavarni hypocondriaque, Daumier aveugle, Gill fou ! La caricature a parfois un envers peu gai. Gill a eu de la vaillance, de l'honnêteté, du patriotisme. Il n'a jamais sali son crayon à fouiller des ordures. Son œuvre a des fiertés. Elle marquera, quand ce ne serait que pour faire honte à plus d'une période que nous avons traversée depuis lui, et qui n'a pas pu faire naître un seul caricaturiste vraiment fouailleur.