‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 50 sur 63 · GREVIN ET LA FEMME D'HIER · texte numérisé non relu

GREVIN ET LA FEMME D'HIER

D'une petite femme, on disait, il y a encore peu d'années : « C'est un Gré vin », et tout de suite cela évoquait l'idée d'un joli petit animal tout en pouf et en contorsions de croupe, perché sur deux petits pieds extraordinairement cambrés.

Sous une tignasse ébouriffée, des yeux de rien du tout qui ont l'effronterie de paraître grands, mais la plupart du temps baissés par une sournoiserie polissonne, un soupçon de fripon de nez, une bouche dessinée d'un point. Habillée d'un chiffon de quatre sous auquel elle sait donner son chic ; jamais de danger qu'on la prenne pour une grande dame ; ignorante comme une petite carpe, insolente comme un petit voyou, méchante comme une petite peste, gentille comme un petit ange, telle était à peu près la femme telle qu'on se la représentait suivant la formule de Grévin. Elle est loin maintenant ; cette canotière est allée rejoindre, au pays des souvenirs, la grisette de Monnier et la lorette de Gavarni. Elle n'est déjà plus, cette petite chahuteuse, qui a ravagé tant de collégiens et achevé tant de vieux messieurs ; elle a fait une fin, ou s'est évaporée comme une bulle de savon ; elle est devenue dame patronesse ou titulaire du cordon maternel. Celle qui lui a succédé est plus grande dame et légèrement raseuse. Elle est très esthétique, ou bien c'est, par trop bombée, la Viennoise de Mars.

Quoi qu'il en soit, Grévin (1 827-1 89'2) a buriné très profondément la silhouette de cette petite milieu de siècle. Il a pénétré aussi avant qu'il a pu dans l'étude de cette petite âme bestiale.

Son œuvre est une époque, un ensemble de documents, et il serait superflu d'y chercher de l'art, car, à proprement parler, Grévin n'a pas été un artiste. Quand, de simple employé de chemin de fer, il se lança en 1857 dans le journalisme du crayon, il ignorait absolument le dessin, et il n'a jamais eu depuis cure ou besoin de le savoir. Il commence par faire, au Journal Amusant, des besognes très secondaires ; il dessine jusqu'à des rébus ! Puis, peu à peu, quelques études de mœurs dans les bals publics ou dans les bals masqués ; mais d'une plume maigre, d'une facture étriquée. Vers 1869, sa manière change et prend un peu plus de largeur, son dessin se simplifie, son esprit s'affine, et il a déjà quelques légendes qui saisissent. Enfin, un peu

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