EN ALLEMAGNE
De 1845 à 1848, la création de journaux illustrés inaugurait en Allemagne au art humoristique plus courant, plus vulgaire que les laborieuses et un peu allégoriques comiiositions des Haseuclever, des Maurice Schwiud et des Rethel.
Xous venons de nommer Alfred Rethel. C'est
Rethel.
Noiivelle danse des morts.
un des plus connus parmi les derniers représentants de la caricature académique. Ses grandes compositions historiques et religieuses ont perdu beaucoup de leur prestige, même pour ses compatriotes ; mais à un moment ses fantaisies macabres traversèrent le Rhin, et on ne fut pas loin, chez nous, lors de leur apparition, d*y voir du génie. La Danse macabre révolutionnaire , avec son inspiration violemment antidémocratique et autisocialiste fut prônée par quelques-uns, après 1848, comme une admirable satire. La célèbre planche du C/'O^rra faisant son entrée dans un bal masqué fut traitée d'effrayante. De fait, ce n'était que les petits bois d'Holbein renouvelés et agrandis, avec, en plus, quelque raideur hiératique, quelque sécheresse d'académie. La composition était sans doute ingénieuse, par exemple le spirituel détail du charlatan qui, devant la foule imbécile, prouve qu'une couronne
Le baron Beisele
et le docteur Eisele.
FUtgende Blàttei; 1848.
LES DERNIERS HUMORISTES NOBLES
ne pèse pas plus qu'une pipe (en saisissant sa balance non pas par l'anneau, mais par le fléau) était un trait de satire assez ingénieux. Mais Rethel sera aujourd'hui difficilement rangé parmi les maîtres de l'art du rire.
Cet art composé et compassé est désormais bien loin. Les Fliegende Blàtter (1844), le Funscli (1847) et les Lruchtkugeln, à Munich, le Kladderadatsch (1848), à Berlin,
Il a embelli Paris et s'ennuie...
Spécimen des charges du Kladderadatsch sur Napoléon III.
d'autres encore, moins dignes de célébrité vont répandre une caricature hâtive, vivante, s'intéressant aux événements quotidiens, reflétant fidèlement la grande et sourde encore convulsion européenne.
Au jour le jour, de plaisants types, bientôt populaires, Eisele et Beisele à Munich, Schultzeet Muller à Berlin, engagèrent des colloques drolatiques sur les hommes et les choses, dialogue renouvelé de Pasquin et Marforio.
Le résumé peut être fait rapidement des images politiques et de leurs tendances.
La plupart des journaux satiriques de l'Allemagne dirigent presque exclusivement leurs coups sur la Prusse grandissante, dont ou pressent et dont on redoute alors l'envahissement. On fait alors des orgies de casquas à pointe.
Napoléon dansant le cancan avec l'Italie. (Punsch.)
Cela dura jusqu'à Sadowa, et alors tout s'inclina devant ce même casque. La
botte avait fait plus de sept lieues.
De 1852 à 1870, on suivit aussi avec passion, tout ce qui se rapportait à nos expéditions, Italie, Mexique, à notre politique, aux faits et gestes de Napoléon III. De toutes ces caricatures politiques, la valeur graphique est bien médiocre. L'empereur des Français est uniformément représenté avec un nez polichinellesque, de grandes bottes, le petit chapeau en bataille, un costume rappelant vaguement celui de Napoléon I®"". D'autres fois, il est montré en danseur, en cuisinier, bref tous les accessoires banaux de la caricature qui suffit à la foule dans tous les pays.
A partir de Sadowa, ceux qui auraient eu quelque pénétration auraient pu, d'après le ton des charges allemandes, et surtout prussiennes, prédire à coup sûr la guerre à venir. On étudiait, on épluchait la France, mais cette fois dans une intention plus railleuse ; l'inquiétude des précédentes années, dissipée par le spectacle de nos fautes, faisait place à des dispositions agressives. Enfin le Kladderadatschj exultant, se gaussa formidablement, la guerre déclarée, de ce saltimbanque, monsieur Louis, du cirque Napoléon. On pourrait également constater qu'après la victoire certaines feuilles manquèrent de générosité envers le vaincu. Tout cela ne nous arrêtera pas longtemps. Nous l'avons rappelé pour que notre revue ne soit pas jugée trop incomplète. Mais à quoi bon insister? On trouverait aisément, dans le courant de nos caricatures, bien des pages où le patriotisme, entendu de certaine façon, n'a pas inspiré ])lus heureusement les dessinateurs.
Eu général, les rivalités de nation à nation sont assez mauvaises inspiratrices de rire, nous entendons ce rire ailé, ce rire artiste que nous recherchons avant tout dans notre promenade. C'est un gros rire mauvais qui sent la provocation, précède ou accompagne les tueries et persiste ai)rès elles souvent. Nous n'avons point le goût de remuer ces haines et ici
avec la Honcrrie.
avec la Pologne aussi.
LES DERNIERS HUMORISTES NOBLES
encore nous éviterons la politique. L'étude des fantaisistes de l'école de Munich est bien trop attrayante pour que nous ne iiréférions pas leur consacrer plus d'attention. Tout au plus, pour finir ce bref chapitre, remarquerons-nous qu'en Allemagne les
Vignette du Kladderadatsch.
grands hommes, les plus grands, n'ont pas été à l'abri de la charge. C'est ainsi que Wagner fut au moins autant ridiculisé par ses compatriotes que par nous et que le Kladderadatsch a rendus célèbres les trois cheveux qui se dressent sur le crâne de Bismarck ; mais c'était une plaisanterie respectueuse ; le chancelier aurait mal pris celle qui laisserait les cheveux pour entamer la peau.
WILHELM BUSCH
Munich, est la ville hospitalière et aimable où règne, plus qu'en aucune autre, et sans qu'on songe à s'en étonner, la trêve intellectuelle. Elle est accueillante pour nos artistes, et même, elle les sollicite avec beaucoup de bonne grâce. C'est à ses
exjjositions annuelles que viennent se renseigner sur l'art français tous ceux qui ne peuvent venir l'étudier sur place ; et l'on peut dire que, grâce à Munich, notre école, dans toutes ses manifestations, même les plus avancées, exerce sur toute l'Europe centrale une profonde influence. Là encore, dans de magnifiques musées, on peut étudier les trésors d'art ancien, et faire des comparaisons qui, malheureusement, ne sont pas à l'avantage de l'école moderne allemande. A la vieille Pinacothèque sont rasssemblées, entre autres, de riches collections des petits maîtres hollandais qui assurèrent, par le précieux métier de leur peinture, l'immortalité à leur rire si bonhomme et si sain. Ter Borch, Bromver, Van Ostade, Téniers, y sont toujours étincelauts de jeunesse et d'esprit, tandis qu'à la nouvelle Pinacothèque, les peintres de genre que nous avons cités, y compris Hasenclever, se montrent si mauvais peintres, qu'il est devenu impossible de savoir s'ils avaient de l'esprit.
Et pourtant, il y a un art de Munich, une source de rire et de fantaisfe qui semble inépuisable, puisque depuis près d'un demi-siècle elle est encore inépuisée. C'est là que s'est réfugié tout l'esprit, tout l'humour et tout le meilleur de la gaieté
Buse H. — Tobias Kuopp chez lui.
WILHELM BUSCH
allemande. C'est, en un mot, le recueil des Fliegende Blàtter, avec le groupe si personnel et si varié de ses illustrateurs.
Avant de passer en revue les plus significatifs de ces fantaisistes, il en est un dont nous devons parler plus longuement, car il est, dans l'art du rire, égal en importance aux plus grands que nous avons étudiés jusqu'ici. Wilhelm Buscli se place à côté de Brueghel, de Rowlandson et de Daumier, tout en différant profondément de chacun d'eux. Il est comme eux un grand inventeur, et un observateur qui tire des effets les plus bouffons les enseignements de la plus haute comédie.
Quelle influence Busch a exercée sur tout Fart humoristique de son temps, non seulement en Allemagne, mais encore chez nous-mêmes , c'est chose qui ne pourrait guère s'évaluer, car un simple croquis de lui peut fournir matière à des imitations délayées, capables de faire encore à un sous-ordre une belle réputation. Le croquis de Busch, c'est, invention et exécution, du comique concentré et comprimé à la façon de ces tablettes qui, sous un petit volume, permettent, avec addition d'eau, de nourrir toute une famille. Combien de dessinateurs, étrangers ou français, depuis lui, se sont contentés de faire tremper une tablette de Busch dans l'eau claire de leur imagination, et, ne se vantant point de ces emprunts, ont pu gagner leur vie et leur renom à cette cuisine !
Un croquis de Busch, pour tout œil superficiel ou non artiste, c'est un paraphe sommaire, presque un gribouillage. Pour ceux, au contraire, qui sont habitués à voir, à généraliser leurs perceptions, c'est la vie même, simplifiée et dégagée de tout le détail sentimental, pour ne conserver que le trait vraiment caractéristique, le schéma du geste ou de l'exj^ression comique ; on découvre bientôt tout ce que ces simplifications révèlent de science, combien cette apparente négligence cache de calcul ; ce qu'il faut de génie pour frapper toujours à coup sûr avec des armes aussi volontairement rudimentaires, et forcer à rire en racontant les histoires les plur simples du monde.
Busch. — Extrait de Maler Klcchel.
Buse H. — Extrait de Harr und Fraa Kiiopp.
Mais les mouvements sont si justement rendus, le dessinateur sait si bien donner de l'expression à ce point dont il fait une bouche, à ces quatre coups de crayon, qui deviennent un être humain marchant, courant, tombant, dériboulant; il sait surtout, dans une série de croquis, enchaîner si vraisemblablement une aventure comiquement lamentable ; enfin, le tout part d'une observation si philosophique, ayant si profondément touché le fond de l'âme végétative, que Bnsch peut être considéré en même temps comme le plus simple et le i^lus inventif des caricaturistes.
On ne saurait douter qu'il n'y ait là un vrai philosophe et un homme d'un savoir des plus étendus. D'ailleurs , il suffit d'étudier sommairement sa vie, pour se convaincre que ce n'est point de trop d'une telle préparation pour devenir un maître eu l'art si difficile « de faire rire les honnêtes gens », comme disait notre Molière qui, lui aussi, dans sa jeunesse, avait approfondi toutes les sciences de son temps. Les éléments de cette étude, les admirateurs de Busch les doivent k lui-même. Il a un jour pris soin de les raconter dans un feuilleton de la Franlifurtci^ Zcitung (octobre 1886). C'est une page charmante de finesse et de bonhomie, et qui suffirait à prouver, si on n'en rencontrait encore plus abondamment la preuve dans chacun
WILHELM BUSCH
des poèmes composés par lui, pour accompagner ses histoires dessinées, que Busch est un écrivain de grand mérite.
Il est né le 15 avril 1832, à Wiedensahl, dans la province de Hanovre. Le tableau est très patriarcal, qu'il nous retrace de sa paisible famille et de ce tranquille coin de terre. Vers l'âge de neuf ans, on le confie à un oncle maternel, un brave prêtre d'un tempérament débonnaire. Pendant toute cette première partie de sa jeunesse jusqu'à l'âge de seize ans, Busch mena plutôt une vie contemplative et en apparence paresseuse. Pour les pédants, lire des chansons, des récits de la Bible, les contes d'Andersen, les poètes, y compris Shakespeare, puis dessiner, pécher des truites et élever des oiseaux, le tout en rêvassant à sa guise, cela paraîtrait une enfance mal employée. Il nous semble au contraire, et sans paradoxe, que c'était la meilleure préparation, pour un esprit vraiment libre et bien doué, aux plus sérieuses études.
Après avoir passé, avec son oncle, de la cure d'Eberzogen à celle de Luet horst, Busch, à seize ans, est admis à l'Ecole polytechnique de Hanovre , où il acquiert une forte
BtJScn. — Extrait de Die Fromme Hélène.
262 'DTJ llIRE ET DE LA CARICATURE.
connaissance des mathématiques. Ne craignez rien, tout cela n'est pas plus perdu pour le dessinateur humoristique que la lecture des poètes ou des contes d'Andersen. A ceux-ci, il devra d'avoir cultivé son imagination (et l'on sait que la confiante fréquentation des Imaginatifs est le meilleur, le seul agent de cette culture) ; à l'étude des mathématiques, nous attribuerons la netteté et la précision qui n'abandonnent jamais ses imbroglios les plus compliqués et ses situations les ijIus folles. Il ne reste plus, pour que les antécédents de l'artiste soient complets, qu'à parler de son éducation de peintre.
Elle commence mal. Il va étudier l'antique à Dusseldorf. Etudier l'antique n'est pas autrement un mal ; tout dépend de la façon. Or la façon consistait à s'exercer dans l'art de rendre le modèle avec la plus parfaite propreté du pointillé lithographique.
Heureusement, de Dusseldorf, Busch se rend à Anvers ! Il nons a laissé une peinture délicatement intime de la vie tranquille qu'il mena là chez de braves hôtes, un honnête ménage de barbier, avec, le soir, les bonnes pipes fumées en compagnie des voisins : le vannier, l'horloger, le ferblantier, les jeunes filles avec leurs beaux sabots vernis. Il nous a également en peu de lignes donné toute sa profession de foi artistique : elle tient dans sa passionnée admiration deRubens, de Brouwer, deTéniers, de Franz Hais, qui lui furent alors révélés; et aussi dans un imperturbable dédain, désormais, des tendances académiques de ses compatriotes peintres.
11 revint à Wiedensahl, revit Luethorst, et enfin sa destinée le conduisit à Munich, où, dit-il bien spirituellement, « le courant académique était si puissant que l'on laissait presque complètement à sec la petite embarcation auversoise. » En 1859, il donnait ses premières illustrations aux Fliegende Blàtter.he succès en fut grand, et, sans affectation de modestie, Busch affirme qu'il ne s'y attendait point. Le mérite qu'il leur attribue pourtant, c'est « d'avoir été bien rougies au feu de la vie, consciencieusement forgées et assez proprement soudées. »
« Elles ont été composées, ajoute-t-il, à Wiedensahl presque toutes, et, à part de rares exceptions pour le gagne-pain, œuvrées pour mon propre plaisir. »
Et maintenant Busch habite Wiedensahl, patriarcalement comme y vécurent ses ascendants. Il mène une existence calme et grave, et, comme les vrais sages et les vrais artistes, il j)roduit peu. Quelques regrets que cela jMiisse donner à ceux qui l'admirent, ils sont forcés de reconnaître que cela fait tout au moins contraste dans un temps de production immodérée et hâtive ; et d'ailleurs sou œuvre peut être dès maintenant considérée comme complète autant que durable.
Depuis les premières fantaisies des Fliegende BlatU'r^ ou depuis la Tentation de saint Antoine de Fadoue jusqu'à Max et Moritz, le cycle comique est aussi varié qu'abondant. C'est sous uue forme enjouée, grave au fond plus qu'il ne paraît, une sorte de raccourci joyeux de la vie et de l'esprit allemands. Que Busch ne regrette point de n'avoir pas employé pour cela le pinceau et la palette, comme ses maîtres de prédilection. Manié ainsi, le croquis, avec le vers rapide et clair qui lui sert de légende, est un moyen d'expression complet.
WILHELM BUSCH
Analyser en détail ces poèmes si débordants de verve, c'est affadir lenr saveur ; décrire les dessins, c'est substituer bien inutilement la lourdeur des mots à la concision ailée du coup de crayon, qui n'est jamais inutile ni jeté à faux. Une rapide nomenclature devra donc suffire. Après Saint Antoine de Padout, un des plus justement célèbres ouvrages de Busch, est cette épouffante trilogie de Tobias Knopp : les Aventures d'un célibataire, M. et J/""* Knopp et Julchen. Ah! braves Herr und Frau Knopp! combien de gens vous avez réjouis avec vos naïves amours traversées d'intimes orages , et combien plaisante est votre bonne grosse fille, Julchen, avec son enfance mouvementée et son quatuor de soupirants. Le célibataire Tobias Knopp est un frétillant, bedonnant, grassouillet , candide et jovial bonhomme, qui garde à travers les plus désagréables aventures toute sa sérénité, qu'on lui joue des tours, qu'on le fasse dégringoler de hauteurs invraisemblables, qu'il soit mis dans l'impossibilité de manger au moment où il se sent en fameux appétit, qu'on le boule dans une kermesse où il déployait ses talents d'homme du monde, ou qu'enfin il commette chez des hôtes d'involontaires énormités.
Il est grand temps qu'il se marie, ce bon Knopp, et fort heureusement il rencontre en Dorothée une épouse assortie en jovialité et en embonpoint. Il devrait être fixé, Tobias Knopp, fixé pour le reste de ses jours; mais il a quelques velléités de débauche, ce qui aboutit tantôt au renvoi de la servante, tantôt, après des libations un peu trop abondantes, à des rentrées au logis tellement semées d'obstacles, qu'après avoir erré dans toute la maison et tout mis sens dessus dessous, il finit par s'endormir assis, tout habillé, le nez sur sa chandelle allumée à grand'peine.
Julchen arrive à temps pour ramener la sérénité dans le ménage ; sérénité toute morale, car l'enfant, par ses nerfs, fait passer à M. et M"^^ Knopp plus d'une nuit troublée et plus d'un jour à surprises. Enfin, quaud Julchen est devenue une plantureuse jeune fille, et qu'elle a trouvé un mari à son gré, la Pa'que arrive et tranche
Busch. — Extrait de Das Gehurstag.
le fil des jours de Tobias Knopp : c'est la fin de toute histoire humaine, empereur ou
bon bourgeois.
La Pieuse Hélène (die Fromme Hélène) est encore un bien célèbre et divertissant poème. N'allez pas croire que cette Hélène ait rien de commun avec celle qui causa le sac de Troie. C'est une Hélène toute moderne et toute allemande, sans Paris et sans Ménélas ; une grosse et délurée jDetite commère au nez retroussé et aux yeux vicieux, mauvaise comme une gale, et sincère comme l'enfant qui vient de naître ; jouant les plus mauvais tours à un brave couple d'oncle et tante, et jurant chaque fois « qu'elle ne le fera plus exprès » ; connaissant peu de joie d'un hymen assez brutalement terminé, et enfin se repentant de ses péchés, mais fascinée par la tentatrice bouteille d'alcool, au point de se laisser accidentellement brûler vive un jour qu'elle a trop absorbé.
Le diable ait son âme !
Buse H. — La mort du'singe Fipps. (Extrait de Fipj^s iler -\fe.)
Voilà, en somme, une bien sombre aventure, ainsi racontée. Cela prouve tout simplement qu'il ne faut pas, comme nous le disions, faire de compte rendu de cette œuvre ; car il n'est point, malgré sa fin dramatique, d'histoire plus divertissante d'un bout à l'autre. De même, il serait périlleux — pour nous — de vouloir dénombrer les mésaventures du Père Silifcitts,, allégorie politique si l'on veut, mais assez plaisante pour que la lettre suffise, sans qu'on pénètre l'esprit ; les cabrioles extraordi-
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naires du Singe Fipps; la carrière brillante du Peintre Klecksel, qui finit par se faire aubergiste ; les mécomptes du poète Balduin Bœlhamm, qui ne trouve pas précisément à la campagne le repos désiré ; que sais-je enfin, les simples fantaisies moins développées, comme l'histoire des deux toutous Plisch ec Plum; ou très courtes, comme les maintes aventures de bourgeois, de campagnards, d'étudiants, rassemblés sous divers titres.
Nous avons insisté sur ce que le dessin savamment sommaire de Busch présente d'art et d'incroyable fantaisie. Malheureusement ce que nous n'avons pu faire ressortir, à cause de la brièveté de cette esquisse, mais ce qu'il faut au moins mentionner en terminant, sous peine de faire un portrait manqué, c'est que l'inspiration de Busch, même dans ses plus étonnantes cocasseries, est toujours foncièrement généreuse et honnête : il aime le bien-vivre, et même quand il les raille, laisse sentir sa sympathie pour les bons gros patriarches sans malice ; il n'a de haine que pour les prétentieux et les hypocrites. Comme tous les vrais satiriques, il a, cela se de\^ne, un grand fond de bonté, et c'est à cela en somme que doit toujours eu revenir toute solide philosophie.