FIN DE LA CARICATURE ANGLAISE
LE PCX CIL
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Après avoir produit Hogarth, Rowlaiidsou, Gillray et Cruiksliank, la jirodigieiise muse boufFoune de l'Angleterre semble s'être décidément reposée. On n'est plus drôle :
^ , , ' la verve s'est amincie, rabougrie,
gentlemanisée. Tout de suite après Cruiksliank, le dernier représentant de la pirouette folle, de la facétie colossale, on ne trouve plus à mettre liors de pairs, que l'esprit ingénieux, le dessin menu, mais expressif, d'Hablot-Browne, autrement dit P/nZj qui crée définitivement, du premier coup, en réel physionomiste, les types de J/. Pkkicick et de ses compagnons ; cela com])lète, avec une forte saveur de terroir, les étonnantes conceptions de Dickens. Puis, la l)ointe légère, comme timide, malgré sa sûreté, de John Leech, qui est un souriant, mais qui ignore le rire clownoscpie, hanlonesque, qui désopile les rates et tord les côtes bien qu'il se
Les Viipcur.'-
Croquis du J t) il N L K K c H.
rencontre des pays fort gais dans son histoire burlesque de l'Angleterre.
Le grand coupable dans cette aftaire, c'est le principal journal caricaturosipic de Londres, le célèbre Punch. Sans doute on y trouve beaucoup d'esprit, d'humour raffiné, de gaieté et d'entrain. Il suffit de dire que les adorables fantaisistes, les philosophes qui s'appellent Douglas-Jerrold et Thackerayont collaboré à sa fondation...
LE PUNCTI.
Mais, franchement, la caricatnre anglaise n'avait pour nous de violentes séductions qu'autant qu'elle était audacieuse, cruelle, dévergondée, dépoitraillée. Jamais, dans cette bouffonnerie sans terme et sans frein, aucun peuple n'avait trouvé plus de puissance et de communicative folie. En perdant ces géniales qualités elle a beaucoup
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Croquis de JoHN Leech pour les Children of the mohility.
perdu. Que nous importe qu'elle puisse circuler sans danger sur les tables des drawingrooms, si elle ne nous désopile plus ?
Il y a en revanche bien de l'humour ingénieux dans les albums fantaisistes de Caldecott et de Walter Crâne, et c'est là plutôt que dans le journal qu'il faut chercher la succession des grands devanciers.
11 est vrai que ceux-là sont des artistes délicieux en qui s'est atténuée la grosse verve des Rowlandson et des Gillray, au point de n'être plus qu-^i du sourire, mais
avec toutes les qualités d'invention, de gaieté ingénieuse et de délicate jjlaisanterie de la race.
Walter Crâne semble être le premier des deux qui, renouvelant l'art de l'imagerie, l'a fait passer du placard colporté, violent, calculé pour faire vibrer les plus grosses cordes de la foule, à l'album tiré avec soin, au joli cahier d'estampes désigné
d'avance à l'attention du bibliophile.
Dans une brochurette en guise de catalogue pour une récente exposition de son œuvre, à Chicago, Walter Crâne a pris le soin de classer lui-même sou œuvre et d'en indiquer la genèse. Il la divise en livres d'images, travaux décoratifs et peintures proprement dites. Ce sont les premiers qui nous retiendront surtout ici.
Les premiers Toy-Boohs ou Lùres-Joujous commencèrent à paraître en 1869, chez l'éditeur Evans, avec qui l'artiste était entré en relations en 1865. Le premier fut le Fairj/-Ship ou le Vaisseau enchanté, dont M. J.-K. Haysmaus a donné, ainsi que de divers autres albums, une description des plus colorées dans l Art moderne. En 1870, This Utile pig tccntto market retraçait avec une verve charmante les aventures d'une famille de cochons, grands et petits, qui a suggéré au même écrivain une j^ige savoureuse. Walter Crâne raconte avec malice la fortune un peu hésitante, au début, de ses charmants albums. « Dans aucun temps, les livres de six pence pour les enfants n'ont pu être considérés comme une source de fortune pour les dessinateurs. Comme le petit marchand de l'histoire on pourrait dire : « J'ai perdu sur chaque c( article, mais je me suis rattrapé sur la quantité. »
Puis ce sont des détails sur les exigences du i)ublic, qui voulait de la couleur pour son argent et qu'il fallait satisfaire tout en poursuivant ses proi)res recherches d'art. .Jamais les albums n'étaient assez voyants, et ce trait-là est bien nature : « Il y avait alors, dit Walter Crâne, une génération qui était avide de rouge Magenta et de vert émeraude. » Ce goût-là n'a i)as, que nous sachions, passé de mode dans le public anglais.
Couverture du 3 oi\xni\\ Le Pu)tch.