‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 56 sur 63 · A/-; PUNCH · texte numérisé non relu

A/-; PUNCH

C'est des albums de cette première période, — rpii commence avec le FaJry-Skip en 1869 et finit avec la Belle au bois dormant, en 1870, — dont M. Iliiysmans s'est surtout occupé. Il en a dégagé la verve amusante en ce qu'elle a de foncièrement britannique.

Walter Crâne, «'analysant lui-même avec une perspicacité que n'ont pas toujours les artistes dans leurs autobiographies, remarque que dans ses albums de la période suivante prédomina l'influence italienne. En effet, Boticelli est mis à contribution, très visiblement; bien d'autres maîtres italiens fournissent de fréquentes réminiscences, un goût général dans la composition, mais Boticelli surtout.

Toutefois , ce qui conserve un charme personnel aux albums de Walter Crâne, même sous cette évidente influence, c'est que la saveur acidulée du coloris est bien anglaise, et que sous ces péplums ce sont bien des misses, de blondes, robustes et souples unisses qui viennent vers vous, ou se tiennent droites, perdues dans une contemplation de keepsakes. Sous les pourpoints et les collants d'un goût Renaissance, ce sont de jeunes et vigoureux joueurs de crickets. Le décor est rétrospectif, l'esprit est londonnien et de ce temps.

Dans tout cela c'est bien plutôt le sourire que le rire qui règne. Le rire abondant et large ne se rencontre même point, à vrai dire, mais le sourire est perpétuel et d'une grande finesse.

Les trouvailles les plus heureuses à notre gré sont contenues dans les deux petits albums carrés Baby's opéra et Baby' s bouquet. Ce sont deux recueils de chansons populaires, elles sont naïves et charmantes, avec des encadrements autour des airs notés, et de place en place des compositions de pages. Un troisième album complète la série : Baby's own Esop. Mais cet Esope est un caprice, un pastiche grec, agréable sans doute, qui prête peu même au simple sourire. Bergères aux grands chapeaux enrubannés, vieilles comiques, étonnements de bébés, coins d'intimité, échappées de vue sur une vie des champs agréablement poétisée, tout cela constitue le meilleur et le plus fin du talent de Walter Crâne. Dans les tout premiers albums il avait inventé quelques monstres vraiment caricaturaux, tels que le Nain jaune et la vieille sorcière du même conte ; d'autres encore. Dans les derniers albums d'un coloriage beaucoup moins chargé^ où les blancs sont largement prodigués, tels que la Fête de Flore et la B.eine de VÉté ou le tournoi du Lis et de la Rose, l'artiste vise exclusivement au gracieux et au noble. Ce sont des costumeries florales q.ii, grâce à l'influence ita-

Caldecott. — Extrait de : Elcgy on a mad dog.

DU llIRE ET DE LA CARICATURE.

lienne, gardent peut-être plus de jeunesse que les Fleurs animées de notre Grandville. Pourtant le sentiment en est aussi efféminé et s'éloigne tout autant des robustes

sources du rire.

Ce rire copieux et sain, cette

/j gaieté commun icative , devenus

rares chez les jieintres anglais de

la deuxième partie de ce siècle,

CaldEcott. — Extrait île : Elvgy on a mad dog.

se sont mieux conservés chez Caldecott. L'œuvre de Randolph Caldecott est beaucoup 2)lus près de la vie que celle de AN'alter Crâne. Bien que son invention aime fort le rétrospectif et qu'il ait une prédilection pour le pittoresque des défroques élégamment surannées, Caldecott a fait, de ses dessins, de ses illustrations pour les chansons d'enfants, d'exactes et plaisantes peintures des intimités anglaises et de la grasse nature des campagnes britanniques.

Avec lui, vous n'avez que l'embarras du choix, et chacun de ses albums, consacré la plui)art du temps à tous les épisodes d'une seule chanson, présente la plus grande variété de sites, de scènes et de types. Caldecott eet un paysagiste de premier

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