LE PUNCH
ordre ; sons son crayon spirituel, les horizons fuient, les petites fermes et les cottages se découvrent parmi les haies ; les jardins avec leurs espaliers, les étangs avec leurs barbotages de canards, les grasses prairies avec leurs vaches et les jolies filles qui les mènent, tout cela vit et respire un juste et joyeux sentiment de nature. Le roussi des automnes, le cuivré des couchers de soleil, les hivers aux neiges à perte de vue, il sait également rendre cela par aussi peu de tons qu'il rend les horizons par peu de lignes. Qu'il dessine simplement au trait de bistre ou qu'il se serve de tons plats, ou bien de tons très légèrement rompus, à peine modelés, il demeure toujours un artiste exquis. Il a employé parallèlement les deux procédés dans tous ses albums, les croquis au trait alternant avec les pages en couleur, et c'est merveille de voir comment parfois un seul mot pris dans un vers ouvre à son imagination toute une scène. Les personnages, dans les croquis, sont admirablement dans l'air, et c'est parfois merveille de voir galoper des cavaliers au loin, ou de discerner des commères sur le pas de leurs maisonnettes, tout là-bas.
Puis, quand il détaille, quand il montre ses héros dans leurs beaux costumes voyants, il atteint souvent l'excellent comique sans
chercher autre chose que la simple bonne humeur. Son album de John Gilpin est, dans cet ordre d'idées, un de ses chefs-d'œuvre. Les chevauchées folles autant qu'involontaires de ce brave marchand de Londres, plus accoutumé au séjour derrière son comptoir qu'aux promenades mouvementées et aux ruades, sont imaginées de main de maître.
L'album intitulé Titrée j ornai hunt8'men,\à% Trois joyeux chasseurs, est aussi d'une grande force comique. Ces trois héros rencontrent à chaque pas les êtres hs plus simples : des enfants qui jouent, des gardeuses de dindons, des amoureux, et c'est toujours pour eux prétexte à des ébahissements et à des commentaires inattendus; après quoi ils se reprennent à galoper dans les gaies verdures des campagnes anglaises, nettes et crues.
La Maison que Jacques a bâtiej le Garçon de ferme. j etc. sont encore de riches thèmes de paysages i tandis que la Grenouille qui voulait se marier , Chantez une chanson pour six pence, le Grand Panjandrum lui-même, le Chien enragé, etc., sont au contraire plus propices aux scènes de comédie. La Grenouille qui voulait se marier nous montre de divertissants intérieurs, des intimités, uno souris aimable et gentille
C A L D E c 0 T T. — Extrait de ;
The Three jovial lamtimen.
régalant ses invités, le rat et la grenouille, d'un air de guitare. Dans tout cela règne une gaieté charmante, de bon aloi. Pourtant dans un de ses albums, les Enfants perdus dans la foret, Caldecott rencontre au contraire lejîlus cruel accent du drame, et rien n'est lugubre comme la mort des parents dans leur palais, puis la mort des pauvres petits enfants parmi les feuilles rousses, dans la forêt cruellement déserte. Mais la gaieté abonde, encore une fois, et cela n'est que l'exception. On la trouve, outre les albums de chansons dont nous venons de citer les principaux, dans les scènes
de mœurs que Caldecott a croquées pour le Graphie. Ce sont encore des chasses, des réunions de voyageurs, des voyages sur le continent, des parties de cam- . pagne; tout cela gai d'observation, juste de croquage. On voit que nous nous trouvons en présence d'un véritable artiste, d'un humoriste excellent, et qu'avec Caldecott nous n'avons pas du moins trop à regretter la puissante verve de Rowlandson.
Ranger miss Kate Greenaway parmi les maîtres de l'art du rire, à la suite de cet artiste, serait j^eut-être forcer un peu les classifications. Pourtant, elle est bien maîtresse en l'art du sourire, du joli sourire d'enfant ingénu et gaiement candide. Nous ne pouvons toutefois que la signaler ici, car la grâce domine dans les plus piquants de ses albums, MotJœr goose, The Apple pie, A day in a child's life, etc. Comme Caldecott, partant d'un style tout différent, moins large et moins osé, mais tout à fait gentil et mignon, Kate Greenaway est paysagiste, et ce serait dommage de n'avoir d'attention que pour les yeux bleus, les bouches rouges, les petits pieds et les grandes capotes de ses babies, pour négliger les maisonnettes, les forêts, les parterres pour rire oi'i se déploient leurs graves aventures.
Si maintenant, après cette rapide esquisse des derniers véritables maîtres dans l'art du sourire et du rire en Angleterre, nous revenons au journal, nous trouverons plus de difficultés à nous étendre avec beaucoup d'euthousiasme. Le bon Punch, est, en somme, un peu trop gentleman auprès de ses magnifiques aînés, et ses gaietés sont bien menues auprès de celles de Hogarth, de Rowlandson, de Gillray ou de Cruiksliauk. Puis il faut convenir que sa caricature courante, en dépit des efibrts visibles, est fade ou sèche. Les grandes planches politiques de Tenniel n'ont que de la raideur incolore. Quant à la peinture de mœurs, elle est représentée surtout j)ar Du Maurier (né
Caldecott. - Extrait de: The Three jovial Jiuntsmen.
R. CALDECOTT
Page extraite de The house that Jack biiilt.
r.E PU s en.
en 1834, mort en 1892), Franouis d'origine, Anglais jusqu'aux moelles dans ses scènes d'intimité. C'est de la caricature pour jeunes filles, pour ces misses rougissantes et Lien élevées de qui Byron disait (Qu'elles étaient bien gentilles, mais qu'elles « sentaient la tartine de beurre ». Du Maurier a multiplié dans ses intérieurs bien tenus des gentlemen corrects, au plastron éblouissant ; des ingénues très convenables, avec leur petit chignon, leur sourire à deux dents ; des mères pétries de respectabiltty, et, par-ci par-là, des types de bourrus ou de gaffeurs très vaguement grotesques. Cela est charmant de finesse sans doute. Mais combien ne serait pas préférable un peu de l'invention drolatique d'autan ! Aussi, préférons-nous à la bonne
'""'/Mllll
CaLDECOTT. — Extrait de : Thu Farmcr's hoy.
tenue de Du Maurier l'imagination plus exubérante, le crayon plus heurté de Sambourne,. par exemple.
Dans le même genre que Du Maurier, mais avec plus de finesse de touche, Charles Keene a également donné au Punch de nombreuses scènes de mœurs. Quelles que soient les qualités d'humour et d'ingéniosité des légendes, nous croyons qu'elles perdraient tout leur sel à la traduction, et que d'ailleurs elles sont trop locales pour rentrer dans notre étude de généralité du rire. Qu'il suffise d'en avoir signalé, aux esprits désireux de les étudier plus en détail, leur réel mérite artistique.
Regrettons que Punch soit plus homme du monde que clown, plus souriant que mordant. Mais ne disons tout de même pas trop de mal de ce respectable polichinelle, quoiqu'il soit, à notre gré, moins verveux que la jjiaillarde marionnette portant son nom, qui, par les rues, donne des représentations en plein air. Punch a été un généreux. Il a eu le courage, dans sa nation égoïste et pratique, de défendre la cause de l'humanité. Il a franchement satirisé les cruautés envers les Indiens, envers les Irlandais. Une planche, intitulée la Justice pour l'Irlande., représente une femme sourde, aveugle et paralysée. Lors de la guerre de 1870, il a hautement manifesté sa sympathie pour nos malheurs. C'est ainsi qu'il montra trois chiens féroces, excités par Guillaume, Bismarck et de Molke, aboyant contre Paris en flammes. Quand l'Alsace et la Lorraine nous furent enlevées, la France fut peinte sous la figure de Niobé
perdant ses enfants. Ce sont là des dessins de Tenniel, et l'on voit que si son dessin est un peu composé et sec, l'artiste a du moins quelque chaleur de cœur.
Ce serait à avoir des remords de préférer à ces humoristes compatissants et dignes les si haineux, mais si désopilants bouffons du siècle dernier. Il y aurait encore, si l'on voulait faire un travail de simple documentation et de catalogue, bien des journaux comiques à citer en Angleterre : Judy, Funny Folks et un dernier venu, Ally Sloper^ qui a créé un type, un fantoche bouffon, où l'on retrouve un peu de l'amusante outrance des caricaturistes britanniques du xviii^ siècle. Mais comment analyser tout cela, et surtout à quoi bon? Ce sont des amusements purement locaux, matériaux probables, mais prématurés, pour l'hisoire des mœurs de ce temps, — de l'autre côté de la Manche.
De même, en Amérique, les nombreuses publications qui visent à l'humour ne sauraient nous fournir ici aucune matière à idées générales. D'ailleurs, par les échantillons qui nous en arrivent, il paraît difficile d'attribuer à Judge, à Puck, etc. un très grand caractère d'art. La politique fait le fond des compositions, et il serait au moins curieux de retrouver dans les allégories compliquées de cet art eu enfance, des analogies avec notre très primitif Revers du jeu des Suisses !
Pourtant, on ne peut prononcer ce mot de caricature américaine, sans se représenter aussitôt ces estampes lithographiques, grossièrement enluminées et représentant des jeux de nègres : sports vélocipédiques, hippiques ou uautiques, parties de billard effroyablement mouvementées, boxes terribles ; tout cela est gauche d'exécution, mais tellement violent, tellement clownesque, qu'il faut bien en éclater de rire, — comme à Guignol !
LA CARICATURE POLITIQUE EN FRANCE SOUS LE SECOND EMPIRE, LA GUERRE, LA COMMUNE ET LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE.
Nous nous sommes juré, dans ce livre tout consacré à la fantaisie et à la gaieté, d'éviter autant que possible ce qui a rapport à la politique. Nous avons reculé, autant que nous avons pu, le moment de parler de ces choses peu hautes ; nous voici bien forcés pourtant de résumer maintenant une quarantaine d'années de luttes vaines, de polémiques brutales. Avalons d'un coup la platitude des querelles déjà éteintes, et ne relevons que les points vraiment significatifs.
Après le coup d'Etat de décembre 1852, toute protestation écrite, parlée ou dessinée fut énergiquement réprimée. La caricature politique en fut réduite à s'occuper exclusivement des choses extérieures. Encore fallait-il qu'elle n'allât pas trop loin, et ne fût pas trop en désaccord avec les vues du gouvernement. Daumier et Cham furent les plus assidus et les plus saillants parmi les enregistreurs de ces actualités belliqueuses. Les ennemis. Cosaques. Autrichiens, Italiens, Chinois, sont poussés au grotesque. Le troupier français est au contraire une façon de héros loustic et infatigable. C'est un chauvinisme un peu étroit, une politique à courte vue ; on ne voit que les résultats des campagnes présentes, on ne s'avise pas d'en pronostiquer les conséquences.
Daumier pourtant, vers 1866, se met à prophétiser avec une extraordinaire clairvoyance, une énergie ardente, une philosophie d'une élévation singulière. Il dit les nuages noirs qui s'amoncellent sur l'Europe, les menaces des armements démesurés, la domination croissante de la Prusse, étranglant successivement et mettant sous ses pieds tous les États de l'Allemagne. Et un jour, dans un mouvement d'humanité indignée, il dresse, sur un champ de bataille jonché de morts à perte de vue, un personnage blême, osseux, au sourire hideusement ironique, et cette composition, aussi belle que le plus beau Goya, s'appelle le Rêce de l'inventeur du fusil à oÀguille. Puis pendant l'exposition même de 1867, prétendue fête de la paix, qui n'était qu'un ballet, lever du rideau pour un drame, il annonce la guerre prochaine et certaine. Le dieu Mars, voyant à la porte du palais un écriteau lui interdisant l'entrée, murmure en haussant les épaules : c< Bah! je fei-ai le grand tour! »
Pour la ijolitiqne intérieure, très i^eu de cliose à signaler. Anastasie, la censure vigilante, fait son office avec un zèle féroce. Tout ce que les caricaturistes peuvent faire, c'est de s'en jJrendre à elle d'une façon générale.
Pourtant, après les élections de 1868, les barrières craquent insensiblement. Le Charivari, toujours par le crayon de Daumier, montre, non sans une certaine joie, se réinstallant sur les bancs de la Chambre, des vieux de 1848 mêlés à quelques jeunes recrues. On sent qu'une exaltation bouillonne et qu'une circonstance inconnue peut la faire déborder.
La guerre fut cette terrible circonstance. Ce fut alors un déchaînement de cari-
MOLOCH. — Extrait de Paris dans les caves.
catures, dont le rire avait quelque chose de dément. Il est impossible de feuilleter cela sans une réelle- douleur ; quand ce n'est pas la vantardise, la fanfaronnade puérile, c'est l'insulte et l'ordure répandues sur le triste régime effondré. Si l'indignation avait été relevée de dignité ; si nous avions eu de vibrantes satires, de ces coups de cravache qui balafrent à jamais ; si, enfin, on n'avait i)as été d'autant plus violent que la violence n'était plus périlleuse, alors on pourrait entrer dans quelque détail. Mais nous ne nous sentons pas le courage de signaler, 2)arnii ravalauche des l)lacards contre « Badinguct » et sa famille, un «eul qui se rachète par quelque mérite de dessin ou quelque curiosité d'arrangement. Les collectionneurs et les curieux trouveront souvent répétés, au bas des moins mauvais, les noms de Faustin ou de Moloch. Mais nous ne sommes pas encore en état de remuer froidement ces souvenirs...
Il faut remarquer que la lithographie de M. Edward Ancourt qui figure dans ce chapitre, la Fin de la légende, et qui est une des plus remarquables du recueil antinapoléonien, n'appartient pas à l'époque de la chute de Napoléon III. Elle lui est postérieure de deux ou trois ans au moins, et ne saurait, par conséquent, être taxée de manquer de générosité envers un vaincu. Elle i)arut au contraire vers 1872, au moment ou le parti bonapartiste redevenait puissant et remuant, et c'était alors de légitime polémique.
LA rARICATURE POLITIQUE EN FRANCE SOUS LE SECOND EMPIRE. 291
Deux 2)laiiches politiques dominent tous les recueils d'une grande hauteur, et respirent une colère sereine : nous trouvons encore au bas la signature de notre grand Daumier. L'Empire c'est la paix! a écrit le maître au bas d'un affreux paysage de ruines et de massacres, oti les tourbillons de fumée sortant des maisons rendent le ciel, bas et lourd, encore plus lugubre. Dans l'autre dessin, la foudre sillonne la nue et vient frapper un aigle qu'écrase déjà le livre vengeur des Châtiments.
Cela est admirable, et sauve la caricature politique de cette triste époque :
car cela n'insultait point, mais jugeait !
Nous passons sur les gaietés de la guerre et du siège (car ces choses eurent leurs gaietés), sur des lazzis que l'on trouva encore la force, parfois l'inconscience, de faire sur la disette, les chevaux rongés jusqu'aux os, les chats vendus au poids de l'or, le bombardement lui-même! Du moins ou y peut voir la preuve de la vivace gaieté chevillée au corps de tout Français, la gouaillerie faubourienne qui n'abandonne pas le Parisien aux moments les plus sombres. Une des plus amusantes séries est celle de Paris dans les cavec, par- Moloch, dont nous reproduisons, très réduites, deux compositions. Inutile de dire si les propriétaires, les femmes jalouses et les belles-mères étaient mises à contribution pour ces comédies souterraines.
Nous passons aussi volontairement sur les caricatures contre nos vainqueurs, et nous sommes sûrs qu'on nous approuve. Quant on croit avoir atteint au dernier excès des maux, à l'épuisement des privations et des humiliations, la lie définitive coule des calices.
La Commune a aussi son imagerie nombreuse. Ceux qui doivent écrire cette histoire auront à tenir compte de tous ces documents. Pour ces historiens, M. Queutin-
Faustin. — Portrait-charge de Félix Pyat.
Bauchard a déjà dressé le catalogue aussi complet que possible des estampes de la Commune, barbouillages informes comme pièces un peu moins mauvaises, et jusqu'aux recueils obscènes. Nous laisserons, nous, tout cela jaunir dans les collections, car le rire est absent de presque toutes ces images ; elles sont plutôt lamentables^ et pas une n'est réellement gaie. C'est du désespoir pur qui cherche à s'étourdir. Toutes ces choses sont tristes, et l'on conçoit trop bien que le claquement des dents, au moment d'une telle fièvre, ait été pris pour du rire. En tous les cas, si la Commune eut des jours gais, les dessinateurs ont manqué pour nous en conserver le souvenir. Une seule chose sera notée, car elle a aussi son triste enseignement. La Commune vaincue, des caricaturistes la bafouèrent; Cham et Bertall se distinguèrent dans cette peu généreuse répression à coups de porte-crayon. Quelque opinion que l'on puisse garder par devers soi, on ne peut nier que
le silence eût mieux valu ; au moment où les vainqueurs doivent avoir eux-mêmes l'âme déchirée,
une guerre civile ne relève pas de la caricature ;
il est indigne de faire la charge de condamnés
à mort.
Peu à peu le ciel s'éclaircit de nouveau : la
mêlée politique continua d'être aussi confuse,
aussi mouvementée; mais elle fut moins sanglante. Puis la liberté introduisit de nouvelles
mœurs caricaturales. Tout put être dit, et tout
fut dit ; cela ôta toute force à la satire. La
possibilité de tout dire nuit au mérite de bien
dire, que seule la contrainte favorise. Tour à tour
les ministères ont été attaqués et défendus au
moyen des vieilles armes do Daumier et de Gill ;
et il semble que, depuis dix-huit ans, il est grand
temps d'en inventer d'autres.
Les hommes au pouvoir n'ont jamais été
si caricaturés et, en somme, si peu atteints. Suc- j. Favic (pot à bière).
Thiers (pot à bière).
EDW. ANCOtJET. La Ftn de r . f <■ .
■^ -* J. 1 rt DE LA £1 E G E N D
cessivement, pour ne citer que les principaux, MM. Thiers, Gambetta et Jules Ferry ont été le sujet d'innombrables effigies, parfois fort comiques, mais qui ont bien peu nui, semble-t-il, à leur situation. Ce sont armes trop émoussées, ou bien nous vivons dans un temps où la liberté de la satire politique a émasculé la satire dessinée. J. Blas, qui est mort cette année, avait certainement, dans le Pilorij imaginé des caricatures boufifonnes dans leur extrême violence de conception et leur sécheresse de pince-sans-rire. Il inventa des déformations de visages, de nez, de corps qui ont dû faire rire les originaux tous les premiers, pourvu qu'ils fussent gens d'esprit. Mais en quoi cela leur nuisit-il? On regardait aux kiosques, on souriait ou on s'indignait, suivant son goût, et on passait.
Autre exemple plus décisif encore : la longue période du boulangisme a donné l'essor à des milliers de charges. En est-il une seule qui puisse être citée comme une œuvre d'art, ou même simplement comme une véritable et efficace satire? Cela ne donue qu'un immense et fastidieux dossier. Aussi jugera-t-on ici inutile le soin d'étudier par le menu les divers caricaturistes politiques, productifs comme M. Alfred Le Petit, corrects et ingénieux comme M. Gilbert Martin.
La caricature politique ne vaut que par l'émotion sincère qui donne au plus vilain barbouillage une éloquence parfois brillante et qui décnj^le l'effet de l'œuvre d'art. C'est cette émotion vibrante que nous avons étudiée avec la foule d'imagiers, si peu soucieux d'art, de la première révolution, ou avec la pléiade, au contraire si artiste, de la monarchie de Juillet. Il y a même plus; nous trouverions certainement une force satirique dans les estampes de la guerre et de la Commune, que nous nous sommes refusés à analyser, supérieure à toute la moyenne des caricatures publiées depuis plus de quinze ans.