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UN FLAMAND, FÉLICIEN ROPS. - LA CARICATURE ET LE SATANISME

S'il est peu de iiersonnes qui connaissent l'œuvre de Félicien Rops, en revanche, il n'en est guère qui ne jjourraient citer le quatrain de Théodore de Banville où il est question de ce maître.

On nous dispensera de le citer, bien qu'il soit le début obligé de tout portrait de l'artiste qu'on s'est complu à considérer comme un satanique. Si M. Rops est bizarre, c'est surtout pour les gens qui ont l'étonnemeut facile. Si jamais il n'a remporté le Grand Prix de Rome, cela n'a rien de surprenant non plus, car il y en a bien d'autres qui lui tiennent compagnie ou n'en feront pas plus mauvaise figure dans l'histoire de l'art, de notre siècle. Enfin, sou talent est probablement haut comme la pyramide de Chéops ; mais pourquoi faire tort, peut-être, à ce talent, de quelques centimètres ?

M. Félicien Rops est-il un satanique?

Nous le tenons plutôt, nous, pour un satirique, ce qui est bien suffisant; pour un curieux artiste, très épris de son métier de dessinateur et de graveur, ayant l'esprit raffiné et la distinction hautaine. C'est un peu par littérature que l'on a trouvé en lui un élément diabolique. Nous aimons mieux nous représenter les choses et les hommes plus simplement. Les plaisirs que nons procure leur œuvre ne sont pas moindres.

Il y a d'abord tout une partie de son œuvre qui échappe à Satan. C'est celle où, à ses débuts, il a étudié attentivement la nature, s'est imprégné de fortes sensations rustiques et a rendu la paysanne avec une simplicité de moyens qui présentait j)lu3 d'une analogie avec le sentiment de Millet.

Il y a d'ailleurs dans sa paysanne, belle bête féminine, un peu d'inquiétude aux

r. ROFs. — PiUudie d'au tableau.

(Uyhnsplegel au salon.)

F. R 0 P s. — Parodie d'un tableau.

yeux ; elle est moins morne, plus troublante que celle de ]\Iillet, et, sans invraisemblance pourtant, elle nous achemine du Eops vériste au Eops satirique.

Dans son œuvre de satire, il a vigoureusement fouaillé Isbjille de ce temps, la fille osseuse au regard à la fois fixe et brouillé d'alcoolique, à la mâchoire saillante, dont la puissance, inexplicable aux candides et aux sains, est faite de rouerie, de maigreur vannée, de laideur, de sottise et d'odeur d'égout. Puis aussi son compagnon, l'esquinté, le noceur à la lèvre pendante, qui, brusquement dépouillé du correct déguisement dont l'afî'ubla le tailleur à la mode, apparaîtrait comme un reste d'homme, un squelette couvert de peau flasque, les membres grelottant et s'entre-choquant dans une fièvre de gâtisme.

Cela restera comme un document singulièrement révélateur de notre vie d'égoïsme et de basse jouissance, de l'affaiblissement des corps modernes et de la sûre atrophie des cerveaux. Mettez, si vous y teuez, que le tableau soit un peu poussé au noir, et que ce ne soit qu'une partie de notre contemporanéité. En tous les cas, cette partie-là n'est ni flattée, ni calomniée ; elle est portraiturée sans pitié, mais avec une admirable précision.

Reste le troisième peintre qui est en Félicien Rops : celui des luxures. Mais ce n'est que la conséquence logique des précédentes peintures ; c'est l'explication de ce que nous avons vu tout à l'heure ; ce sont les coulisses de cette débauche qui est reine ; c'est le poème de l'exaspération de la chair, qui se fait de plus en plus furieuse en devenant de moins en moins désirable; plus elle est meurtrie et faisandée, et plus elle se cherche. Cela M. Rops Fa rendu en vives, en audacieuses images, sans rien gazer, et parfois ami)lifiant, dans la forme d'un Rabelais plein d'amertume. M. Huysmans, caractérisant admirablement toute cette partie de sou œuvre, a dit

que M. Rops, « avec une âme de primitif h rebours, a accompli l'œuvre inverse de Memling : il a pénétré, résumé le satanique eu d'admirables planches qui sont comme inventions, comme symboles, comme art incisif et nerveux, vraiment uniques ».

F. Rops.

Parodie d'un tableau.

Fac-similé d'une Affiche annonçant une brochure parte a Bruxelles

(Collection de M. 0. Uziiunc).

DU RIllE ET DE LA CARICATUEE

Va donc pour le satanisme, puisque c'est décidément par ce mot d'apparence cabalistique qu'on désigne le Mal. On comprendra que, par sa nature même, l'œuvre de M. Rops soit peu répandue dans le public. D'abord, parce que cet artiste travaille

agr-ifi..

F. Rops. — Une scène de maernétisme animal.

pour lui-même, et pour quelques-uns, et encore ! Puis, parce qu'il n'a jamais été d'usage de mettre les parfums précieux, délicats, aux perverses senteurs, dans des gros litres de verre commun, ou de verser les vins rares dans des cruches.

Quelle partie de son œuvre a pourtant valu à Félicien Rops, cette épitliète de satanique, qui fait d'ailleurs fort bien et donne un cachet peu banal? C'est qu'il a très éuergiquement, et de ftiçon inoubliable buriné la dcmonc, cet espèce de symbole de la femme perverse, grande prêtresse de la sensualité, ce succube coquet qui déchi-

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