‹ L'art du rire et de la caricatureChapitre 61 sur 63 · LE LIVRE ET L'AFFICHE. — L'ÉNIGME · texte numérisé non relu

LE LIVRE ET L'AFFICHE. — L'ÉNIGME

Ou a beau dire et beau croire, ou conuaît mal sou temps. A voir les choses et les geus tels qu'ils sout, ou éprouve de grandes difficultés, pour ne pas dire une imjjossibilité absolue.

Comment croire que ceux qui viendront après nous sanctionneront nos emballements, nos haines, ou partageront nos indifférences? Nous-mêmes nous ne sentons plus aujourd'hui comme nous sentions hier, et tel qui nous divertit il y a dix ans, à présent nous laisse froids.

Le rire prend des rides. Il se conserve mal, quand il n'est que rire d'actualité. D'une année à l'autre, les événements paraissent à un tout autre point qu'ils semblèrent lorsqu'ils occupèrent bruyamment la galerie. Il faut plaindre les faiseurs de revues : lorsqu'ils épinglent avec joie un fait dont Paris a parlé quatre jours, et qui a presque mis les cervelles à l'envers, rempli les colonnes des journaux, ils songent d'avance à en faire le clou de leur pièce de fin d'année. Au moment de mettre en scùne, ils s'aperçoivent que beaucoup de gens ne sauraient même plus ce que cela veut dire, et c'est déjà bien joli si cela fournit matière à un petit couplet.

Comment, dans ces chapitres finaux d'une revue qui embrasse tant d'époques et tant d'artistes divers, pourrions-nous tracer à coup sûr la place qui sera dévolue à tel ou tel qui obtient actuellement la plus grande faveur du public? Puis, de notre temps, le dessinateur humoriste compte tant de camarades que, même pour ceux qui viennent de disparaître, le jugement des morts

WiLLEïTK. — Page d'album du Chat noir.

est dangereux. Nous avons conscience que beaucoup de lecteurs trouveront notre appréciation de Cliam trop sévère, trop sommaire celle deGill, trop froide celle de Grévin. Et pourtant il nous semble aussi que plus tard on pourrait nous reproclier de les avoir trop vus avec des yeux de contemporain et d'avoir cédé à de grands entraînements d'indulgence.

Il n'y aucun danger à détailler élogieusement l'œuvre de certains artistes vivants quand ils s'appellent "\Yilhelm Busch, eu Allemagne, Willette, Forain en France.

Leur succès n'est pas, en effet, une pure affaire de vogue ; et même le public les respecte « de confiance » plus peut-être qu'il ne sent réellement leurs rares mérites de conception et d'expression, sur lesquels se trouvent d'accord les suffrages de tous les délicats, — lorsque ceux-ci n'ont pas de personnelles raisons pour faire grise mine. De plus, leur évidente parenté avec tels maîtres consacrés se trouve, sans infirmer en rien leur absolue spontanéité, un garant de plus qu'on ne se trompe point en leur réservant une place exceptionnelle. Beaucoup d'autres sans doute sont dignes de grandes sympathies et ont apporté dans l'immense production banale une note fraîche et neuve qui les a tout de suite mis on vue. Mais ce n'est point chose commode que de classer ceux-là mêmes dès à présent. Il fjxut laisser un peu les collections de journaux et les albums, tels que des vins, se clarifier et se filtrer, dans les bibliothèques. Quant au reste, on sera prié de ne considérer les brèves mentions qui vont suivre comme rien moins que des jugements définitifs, puisque beaucoup des artistes cités n'ont fait encore que de commencer leur œuvre, ef cpie, ne faisant i)as ici un travail de classement et d'inventaire, mais sim-

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