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CARAN D'ACHE

— Une PAtiE D-ALiu'.M du r//.ir .yo/av

simplement écoutant nos personnelles préférences, nous savons d'avance qu'on

nous reprochera beaucoup d'omissions.

Le i:tropre de l'art humoristique, à Paris, en ces dernières années, a été de se montrer beaucoup moins l'esclave de la stricte actualité de mode ou de petits événements mais de rechercher davantacre les généralités de fantaisie et de rêve. Cela semble lui assurer plus de chances de durée. Car s'il garde une saveur très accentuée de nos goûts, de nos travers, de nos ridicules ou de nos crédulités, il est encore plus philosophique qu'anecdotique, et par cela même se prépare une clientèle pour l'avenir. En même temps, par leur grande préoccupation de présenter leurs plus joyeuses inventions sous une forme très artiste, les humoristes d'aujourd'hui forcent dès maintenant le portefeuille des collectionneurs.

Les deux recueils qui ont apporté la

note la plus neuve en ce sens et qui ont

exercé la j)lus incontestable influence sur

l'imagerie, en ces dernières années, sont

le Chat noir, le premier en date, puis le Courrier français. Tous deux ont leur

genre très tranché.

Le Chat noir a ses annalistes. Il n'y a donc pas lieu de lui consacrer ici une histoire en règle. A un moment oti l'on aurait certainement fini par s'ennuyer faute de neuf et de mordant, il fit entendre, au milieu du fatras de la politique, un tintement de gaieté et un bariolage d'effrénée fantaisie. Ce fut, comme dans les drames au passage le plus noir, l'entrée de bohémiens qui vient empêcher les spectateurs de succomber à une morne dépression. En 1882, le sire Rodolphe Salis, gentilhomme cabaretier, seigneur de Chatnoirville eu Vexiu, fondait sur le boulevard Rochechouart son cabaret et son journ-il. Il recueillait, à vrai dire, les éléments un peu dispersés du petit groui)e d(>s Ilydropathes. Mais ces très joyeux artistes ou poètes ne s'étaient fait connaître qu'en petit comité, dans un sous-sol.

Caran d'Ache. — Croquis de Fantasia.

Car AN d'Acuk. — M. Sarccy et M. Maubant.

LA FIN DU SIECLE

Il fallut que désormais ils fassent présentés au grand jour, et que Montmartre fût proclamé capitale de Paris, et peu importait pour cela que les hérauts de cette proclamation fassent, eu nombre, des transfuges de la rive ganche.

Le Chat noir devint rapidement le prototype du « cabaret artistique ». On y disait des vers et des cliansous i)lciues d'insouciance et d'imprévu; on y vendait des numéros du nouveau journal dont Henri Pille avait dessiné le titre, ne varietur : le chat couleur de ténèbres, faisant le gros dos et érigeant sa queue eu panache, au pied

Caran d'Ache. — Guillaume Tell. (Extrait de Fantasia.)

du Moulin de la Galette. Willette publiait dans la feuille naissante quelques-uns de ses exquis poèmes de la vie de Pierrot : Pierrot chez le bon Dieu, le Roman de la Rose, Bonheur passe richesse, etc. ; i)uis de grandes fantaisies qui lui conquéraient d'emblée la sympathie de tous les raffinés par leur invention à la fois si tendre et si amère, et l'attention du reste du public par la nouveauté et l'originalité de leur forme : V'id r choléra! — Les Oiseaux meurent les pattes en l'air; — Entrée d'Henri V dans sa bonne ville de Paris.

Caran d'Ache faisait ses débuts, et ses curieuses études militaires, à la fois réelles et drolatiques, rénovaient le genre, le débarrassant un peu du chauvinisme obligatoire.

On accordait de l'attention aux études d'animaux de Steinlen, et plus tard à sa curieuse série des « attaques nocturnes », où il commençait ;\ enregistrer les études de boulevards extérieurs dont il a donné l'expression la plus réussie avec le volume typique des amères et pittoresques chansons de Bruant : Dans la rue.

Il est à propos de citer aussi, dans ce genre, ses dessins du Mirliton, le journal de Bruant et de la taverne que ce curieux poète et chanteur fonda dans le local même du Chat noir, alors que celui-ci se transporta en l'hostel de la rue de Laval.

Ou sait que Bruaut, pour ue pas marcher daus les empreintes de son prédécesseur, rompit avec le ton Louis XIII et en croc : alors que le sire de Chatuoirville prodiguait à ses visiteurs les titres honorifiques, il accueillait les siens sur

un ton plus que familier dont ils ne s'ofifensaient pas, au contraire.

Tout cela est de l'histoire, mais maintenant de l'histoire un peu connue ; aussi ne nous y appesantirons - nous pas

\W' ^' ^ ^ ' ^'/\y^^^ M'^y 'W*^ ^'^^*/''^''" davantage. Jii- -P •» %f¥K.^^' . Cependant le Chat

noir jieu à peu devenait musée et théâtre. Le musée, c'étaient les compositions murales de Willette, sa verrière du Veau d'or, puis d'autres peintures encore, et les dessins originaux du journal, qui en formaient le principal noyau. Pour exprimer que l'art honoré en ce folâtre sanctuaire n'était pas précisément le même que celui qu'on révère au bout d'un pont bien connu, les garçons qui apportent les bocks étaient revêtus de l'habit à inilmes vertes.

Quant au théâtre, il a eu ce mérite de révéler un remanpiable artiste, qui ue rentre qu'indirectement dans l'art que nous étudions ici, mais que nous ue saurions omettre : Henri Rivière. Guidé par un rare instinct de bon ouvrier et de metteur en scène, ainsi que par une imagination très vive. Rivière fit de Yowbrc chinoise une œuvre d'art véritable.

Par remi)loi des découpures caractéristicpu^s, des transparents aux tons délicats ou ])uissants, judicieusement combinés, il jtut i)ri)duire les effets les phis intenses et les ])lus hallucinants. Sur le châssis exigu de ce petit théâtre aiiparuront des horizons vraiment grandioses de ciel, de mers et de plaines. Les arbres

H. J'iiil. K. — Los Puritiiiiis. (Exti'iiit (lu Courrier /'murais.)

DU RIliE ET DE LA CAllICATUKE.

furent agités par le veut; les maisous s'arrangèrent eu perspectives profondes; les déserts s'endormirent sous les nuits étoilées ; et de la Tentation de saint Antoine, à la Marche à V Étoile, de Flirync à Ailleurs, ce fut une série de grands succès'

jusqu'à ce que la réinitatiou artistique de Rivière fût définitivement consacrée par l'exposition de ses gravures sur bois eu couleur, où il avait pu rivaliser avec les maîtres de l'estampe au Japon.

C'est Rivière qui avait aussi mis en scène une des œuvres qui eurent le plus de retentissement au théâtre du Chat noir : V Epopée de Caran d'Aclie. Xous avons nommé déjà tout à l'heure ce dessinateur favori du public parisien : ses compositions ont dû leur succès à leur exécution ijrécise et propre et à leur comique piuce-sansrire. C'est un mélange de raideur mondaine et de cabriole d'atelier ; ce sont de larges boulFonneries racontées avec le plus graud sérieux : toujours le saut de carpe par le clown en gants blancs.

Une jmreuté évidente sera constatée entre Oberlander et Caran d'Ache. Certainement celui-ci n'a pas dû ignorer, entre autres, les scènes d'animaux féroces de celui-là; mais il a su apporter néanmoins beaucouj) d'invention personnelle et donner à ses dessins un accent très français.

Caran d'Aciie s'est surtout adonné aux scènes de la vie militaire, aux études des dernières modes et aux liistoires de lions, de crocodiles et autres hôtes du désert ou du

Steinlex. — A la Glacière. (Bruant.)

Steinlen. — La marche des « Dos ». (Bruant.)

LA FIX DU SIÈCLE

Steinlen. — A BatignoUes. (Bruant.)

Jardin des Plantes. Dans ses peintures de la vie élé<çante,on ne sait pas trop où commence la charge ou la prise au sérieux. De tonte façon, c'est fort amusant. Parmi les séries qui sont demeurées les plus célèbres, il faut rappeler : les Peintres chez eux, sortes de plaisants pastiches en action; les Soldats du sircle; les Petites, Physioloyies parisiennes d'Albert Millaud ; les Gaietés de l'année de Grosclaude, l'inépuisable chroniqueur qui, si nous avions à étudier ici l'art du rire dans la littérature contemporaine, occuperait certainement ime des plus grandes places pour son étonnant à propos dans le renversant jeu de mots, son flegme

dans l'analyse comiquement scientifique, et son appréciation toujours imprévue des événements de la semaine. (Le Gil Blas, la « Semaine comique » de V Éclair, illustrée par Steinlen, etc.)

Les autres dessinateurs du Chat noir sont nomhrenx : Doës, Fernand Fan, E. Le

Mouël, Saint-Maurice, Radiguet, Bombled, Godefroy, etc., etc., qui à tour de rôle inventent des « histoires sans paroles » qui ne le cèdent pas en fantaisie à la moyenne des plus divertissaates des Fliegende Blatter. Mais peut-on quitter le Chat noir en ayant l'air d'ignorer les écrivains et les poètes qui, par le ton si imperturbablement ironique de leur esprit, parleur façon de raconter à froid les plus déconcertantes énormités, d'imaginer les situations les plus invraisemblables, ont puissamment contribué à donner au journal sa physionomie particulière? Il faut au m ius dire que M. Alphonse Allais a été l'inventeur d'un genre d'histoires invraisemblablement sérieuses , qui font de lui, à notre gré, en observation dissimulée sous la fantaisie la plus imprévue, l'égal du célèbre humoriste américain Mark Twain. Quelques-uns de ses types semblent des personnages de Monnior, adaptés pour une pantomime de Hanlon.

Georges Auriol, qui est en même temj)S un artiste délicat, amoureux avant tout de la fleur, de la belle flenr élancée, déchiquetée capricieusement, et éclatante au regard, a raconté aussi de bien divertissantes

Steinlen. — Amoureux.

(Bruant.)

aventures, où il fait défiler des exotiques baragouinant de la façon la x^lus drôle et des ingénues à toute épreuve.

Enfin, au risque de faire de ceci une trop longue digression à l'image, peut-on, en parlant du Chat noir, passer sous silence les chansons de Jules Jouv, macabres

Dessiu (le Louis Leguan». {Courrier f'r<uii;ai.<.)

OU satiriques qui, avec un contraste plus accusé encore que la fiimeuse « sérénade » de JJo/i Juan, sont une plainte sous un accompagnement sautillant ; l'élégance supérieurement insolente de Maurice Donnay ; la critique artistique, courageuse et sagace de Félix Fénéon ; celle de Willy, pour les choses musicales, très juste sous les énormes calembours ; enfin quelques fantaisies très réussies de Jacques Ferry, Frauc- Nohain, Kapliaël Shoomard, etc. ?

LA FIN DU SIECLF

Si nous voulions une transition du Cliat noir au Courrier français, c'est encore à ]a littérature que nous la demanderions, car si l'un possède Alphonse Allais, Jouy,

Louis Le GRAND. — Sceptique et mystique. {Conrrh-r francn'ia.)

Auriol et Donnay, l'autre public les vers de Raoul Ponclion, et jamais, dans le lyrisme bouffon, pareille verve et comparable rondeur ne sauraient être citées. Une gazette rimée de Eaoul Ponclion, c'est d'abord la trantiuille audace -lu bon sens qui ne recule point devant une courageuse vérité à lanc(n" à la tête des prétentieux et des

DU mm: et de la c.-\ iiicatuhe.

encombrants. Puis c'est le plus surprenant choc de mots, de vers et de rimes qu'ait osé la poésie funambulesque, tout en conservant un tour aisé, libre et naturel.

Mais on va trouver avec raison que la digression sur les écrivains gais de ce temps est ou trop longue, ou trop incomplète, et il faut revenir aux dessinateurs.

Ce que nous avons dit de Willette nous dispense de revenir ici sur tout ce qu'il prodigua au Courrier français, d'images gracieuses et fines, de pensées ingénieuses et courageuses. De même. Forain a été suffisamment étudié à part.

D'autres auraient mérité de longs chapitres aussi, mais comment le tenter sans

Heidbrinck. — Les Rapins. {Coiirri v /'ranrui.t.)

faire craquer le cadre déjà si étroit que nous nous sommes imposé? Il est certain, par exemple, que l'on cataloguera les beaux dessins d'Henri Pille, qui sont de plantureuses et joj^euses évocations delà vie de jadis, parmi de belles architectures fouillées et refouillées, en des scènes de beuveries, de kermesses et de cortèges. Cela ressort sans contredit de « l'Art dn rire », im rire paisible et savant de bon docteur es oripeaux.

Le Courrier fj'ançaiSy fondé et dirigé par M. Jules Roques, a fait également connaître des artistes au talent très original et qui nécessiteront plus tard des études plus développées, quand leur œuvre commencée se sera encore accrue.

Louis Legrand est \\n des plus marqués. Malgré leur curieuse philosophie, à la fois sensuelle et humanitaire, ses premiers dessins avaient paru d'une raideur un peu classique. Mais on put voir, lorsqu'ils furent exposés ensemble, que cela même leur constituait une écriture ])lus i)ersonnellc et moins guindée qu'on aurait pu croire. Elève et ami de Félicien Rops, Louis Legrand aime comme lui à aller pêcher les lies au fond des voluptés. 11 montre l'envers de la fête et le lendemain des nuits de noce (ce qui

LA FIN DU SIECLE

ne vent pas dire des nuits nuptiales). Il rit à sa façon correcte et sardoniqne des vieux éreintés et des jeunes gardes ; dans la pucelle du ruisseau il devine et prédit la future dame du trottoir.

Parfois il tentera une escapade aux champs, et cette escapade ou bien n'ira pas plus loin que les fortifications dont elle se contentera, disant, comme Gervaise dans V Assommoir : « On est bien ici, on se croirait à la campagne » ; ou bien, cherchant dans la nature l'idylle, n'y trouvera que la bestialité.

Il aura été également l'illustrateur de la « danse fin de siècle », dont le sagace auteur du grand catalogue de Rops a été le spirituel historiographe. Il y a un art incontestable dans ces dessins où Louis Legrand a étudié tous les exercices d'assouplissement et de dislocation auxquels il faut se livrer avant de figurer convenablement (façon de parler) dans un quadrille du Moulin-Rouge.

Enfin, ce qui achèvera de signaler M. Louis Legrand à l'attention des artistes,

c'est qu'il est aussi excellent graveur, et une de ses planches : une jeune mère qui porte un enfant dans ses bras, est uue des bonnes estampes de ces dernières années.

Plus amère encore est la pliilosophie de M. Heidbrinck, car si M. Louis Legrand aime parfois à chanter la vie plantureuse, lui demeure presque toujours triste et inquiet. Ses compositions sont souvent d'un poète inspiré, mais c'est encore dans le creusé de certains types de rue et de misère, vendeurs de journaux, chan-

Heidbrinck. — Les Bohèmes

{Courtier J'ranqais.)

teurs de cours, rôdeuses de boulevards extérieurs, qu'il a lai-même affirmé sa personnalité qui au début oscilla un peu, influencée tantôt par "Willette, tantôt par Rafiaëlli.

FiciiNAM) F AU. — La leçou (le flageolet. {Clial noir.)

Ou dira peut-être que tout cela n'est point précisément gai et l'on se demandera on quoi cela se rapporte à l'art du rire. A ci'la il est aisé de répondre qne cluiiiue éi)oque rit à sa façon et que la nôtre a trouvé dans le macabre et le déshérité qu('l(]uos-unes de ses gaietés préférées ; puis on se rappellera que notre but était de

LA FIN DU SIÈCLE

passer en revue tous les genres de rire, depuis le bruyant éclat des optimistes et des rabelaisiens, jusqu'au rire aux dents serrées des mécontents de la vie.

Eu ces derniers temps, M. Heidbrinck s'est consacré plus spécialement

au

F. LuNEL. — Dessin du Courrier /'raiirnis.

portrait de contemporains, et il a affirmé en ce genre ses réelles qualités de précision et d'exactitude.

Enfin rénumération des dessinateurs du Courrier /ruf/caid ne serait pas complète si nous omettions de signaler Luuel, un preste croqueur des paysages de

DU llIRE ET DE LA CARICATURE.

Paris et de la banlieue ; Uzès, qui eut des idées de vrai satirique; Faverot, qui a composé des scénarios bien bouffons pour les clowns et les Augustes; Rœdel, chez qui on pourrait spécialement étudier l'humour de la Butte ; et enfin un des derniers venus, G. de Feure, qui, frappé par le caractère de masculinifeation dans l'allure et le

Faverot. — Auguste et le clown. {Courrier J'nuujais.)

costume de certaines Montmartraises, a trouvé, pour exprimer leur rosserie énervée, une écriture particulièrement élégante.

Si nous avions, au lieu de procéder par ordre d'originalité et de nouveauté des recueils, suivi la chronologie, nous aurions dû nous tenir tout d'abord à jour en ce qui concerne les journaux déjà étudiés et dont la fondation remonte avant 1870. Mais ils ne nous auraient guère appris d'inédit.

An Journal amusant, à part la collaboration de Forain, qui no remonte qu'à i)eu d'années, nous aurions retrouvé Stop, les marins de Paul Léonnec, les sporstmen de Crafty et les paysans de Baric. Puis les actualités de Draner et d'Henriot, les études de cavaliers de Josias ; enfin les provocantes élasticités des femmes de Mars, celui des dessinateurs de V Amusant qui a suscité le plus d'imitateurs à A'ienno.

Zr'J^

ALBERT GUILLAUME. — Une Boudée.

DU EIEE ET DE LA CAKICATUEE.

Kla Fz^/»am2ew?ze^oùledessinnefut pendant longtemps qu'un simple prétexte, l'accompagnement minimum des articles où l'illustration de la trouvaille excitante de la semaine, nous aurions signalé les spirituelles études de la vie maritime de Sahib, les modes de Gerbault et Valet ; puis noté l'entrée, également de fraîche date, de Forain. Enfin, à la Caricature, nous aurions signalé surtout, parmi des coUoborateurs tels que Bac, Godefroy, Le Mouël et Vogel qui ne manquent point d'invention, l'œuvre

ingénieuse de Robida. Celui-ci, qu'on pourrait considérer comme le meilleur dessinateur de transition entre le genre du second empire et celui que nous venons d'étudier, mérite mieux qu'une sèche mention.

Voyageur et boulevardier, fantaisiste et érudit, dessinateur et écrivain, A. Robida laissera malgré la forte part d'interprétation personnelle, de très curieux documents sur ce temps. Son dessin, tout papillotant, tout en parafes quasi-calligraphiques, peut ne pas plaire à chacun ; quand on y regarde de près, on devient j^lus sensible aux qualités d'imagination et d'entrain. Robida n'a pas borné son étude à la vie et aux mœurs de la « grande horizontale », où il excelle ; il a aussi tenté toutes sortes de reconstitutions et de prédictions. Ses fantaisies sur le Vmfftiâme sû'clc sont parfois des trouvailles d'une folie très vraisemblable et très amusante ; tandis que sou illustration de Rabelais nous donne un xvr siècle très amusant et très érudit, mais, à notre gré, un peu trop menu,' mince et tourmenté. En revanche, le Voyage de M. Dumollet est, comme pastiche de la Restauration, une fantaisie extrêmement réussie.

Comme ce n'est ni une histoire ni un catalogue détaillé que nous avons eu en vue, l'on n'attendra pas de nous les noms de tous les dessinateurs ni de tous les journaux pour rire, ni de longues réflexions sur ceux que nous pouvons avoir encore à citer.

EOBIDA. — Extrait du Journal d'un très vieux garron. (Librairie illustrée.)

A. ROBIDA. — Le Vinotième siècle.

La grande galerie du Louvre. ( Librairie illustrée. )

Après les recueils que nous avons étudiés, le Gil Blas illustré, avec les dessins

Louis Morin. — Mascarade {Les Amours Je G'dlé).

Louis Morin, — Le Bailli h cheval {Jeannik).

de mœurs de Steinlen et les fantaisies pleines de bonne humeur d'Albert Guillaume

Il Cl EN mfjp^^of^

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qui a également à son actif divers albums divertissants, entre autres le Law-tennis et le Repos à travers le âges; le Fin de siècle, avec les compositions décolletées de M. Paul Balluriau, qui semblent un j^eu inspirées à la fois de Willette et de Chéret,

sont parmi les plus caractéristiques. D'autre part, dans les suppléments du Figaro, de l'Écho de Paris, dans le Figaro illustré, la Revue illustrée, paraissent sans cesse des dessins humoristiques qui seront à classer plus tard dans l'œuvre des principaux artistes étudiés plus haut.

Dans la caricature politique, l'accalmie des temps et l'indifférence du public ont fait que l'on ne citerait que difficilement beaucoup de pages vengeresses. On est quelque peu blasé sur les partis , et les luttes (dessinées tout au moins) semblent ne se continuer que pour la forme. Pépin, Moloch, Alfred Le Petit, des noms qui semblent déjà remonter très loin, signent encore des charges relatives à la politique intérieure et extérieure dans le Grrelot, la Cravache, la Diane; Gilbert Martin fournit une grande page chaque semaine au Don Quichotte, dans la manière de Gill. Enfin cette année est mort J. Blass, le principal illustrateur du Pilori, et Uzès a pris sa succession. J. Blass était un des derniers caricaturistes vraiment mordants ; mais son audace, s'attaquaut nolemmeut aux personnalités, se perdait un i)eu dans le vide, car c'est la répression seule qui donne à ce genre tout son tranchant. Nous croyons plus important de signaler dans quelle large mesure deux formes d'art, qui ont pris en ces dernières années une extension très grande et très spéciale, ont fait appel aux artistes du rire.

Affiche parisienne

LA FIN DU SIECLE

Nous parlons de la couverture ou de l'illustration du livre courant, puis de l'affiche.

Il nous faudrait faire aussi une étude spéciale de l'album et, en ce genre, d'un

maître exquis, sinon du rire, du moins du sourire en ce qu'il a de pur et d'enfantin.

A t-i-ai/t^'^ M. Ht^n^t/t^^ti/i^Zk^

R CE DEL. — Croquis inédit : Une réunion d'amis. (A gauche en haut le dessinateur De Feui. à droite au milieu, Adolphe Willette.)

C'est de Boutet de Monvel qu'il s'agit. Ses albums senties seuls, avec ceux de Rivière, que nous puissions opposer réellement aux grands sketchistes anglais Caldecott et W. Crâne. On a souvent rapproché Boutet de Monvel de Kate Greenaway, et ce rapprochement est à notre avis assez inexact. Les tempéraments sont différents autant que les procédés. Le dessin de Boutet de Monvel est plus sûr, plus précis, tout en demeurant non moins délicat. Le coloriage, moins accusé, ne s'obtient pas par les mêmes moyens matériels. Enfin le caractère de l'inspiration est aussi profondément

français que celui de Kate est britannique ; ce sont deux artistes charmants, mais qu'on ne saurait confondre.

Les Vieilles chansons et rondes, la Civilité puérile et honnête, Nos enfants, etc., sont d'excellentes œuvres d'art, pleines d'une gaieté et d'une grâce qui sentent la bonne compagnie.

Cela fait regretter vivement qu'à part très peu d'autres albums {les Travaux d' Hercule, de Coinchon ; Robert le Diable, de Louis Morin ; certains autres de Tincbant, de Pille, de Le Mouël et de Courboin), ce genre ne soit pas plus asité en France. Quelle exquise série, quelles collections délicates et gaies l'on pourrait faire en incitant nos meilleurs artistes à publier des albums I Ne croit-on pas qu'au bout de quelques années l'on en formerait des bibliothèques aussi curieuses et aussi significatives que celles que produisent depuis des siècles les Japonais, et depuis une quarantaine d'années la Grande-Bretagne?

Malheureusement les essais eu ce genre sont demeurés sans suite assidue. Faut-il en accuser la timidité des éditeurs ou l'indifférence du public? Probablement toutes les deux.

Il est fâcheux^ en tout cas, que de tels talents ne se manifestent que sous la forme restreinte de couvertures de livres, ou d'accomi^agnement d'un texte déveloi)pé.

Chéret fit des couvertures ravissantes de gaieté et de verve {Entrée de clowns, de Champsaur ; Paris qui rit, de George Duval ; Scaramoicche, de Maurice Lefèvre, etc). Willette se retrouve ici également, et l'enveloppe qu'il a imaginée pour le présent livre est une des plus exquises et des plus entraînantes qu'on puisse citer dans la collection déjà très nombreuse de ces commodes enseignes que le volume moderne porte avec lui.

Nous avons cité les principales illustrations de livres que donnèrent Félicien Pops, Willette, Forain, Carau d'Ache, Robida, etc., ce qui nous dispensera d'y revenir. Mais il ne serait pas juste d'oublier deux illustrateurs des plus remarquables dans le genre fantaisiste et rétrospectif.

L'un est Daniel Vierge, avec Don Pablo de Ségome.

Toutefois nous ne devrons pas oublier que ce livre si coloré eut pour grandpère, comme d'ailleurs beaucoup de livres illustrés de notre époque (bien qu'eu art, la recherche de la paternité soit un peu fastidieuse), le Gil Blas de Jeau Gigoux

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