ANIMAUX COMIQUES. — L'ANE, LE FOU, LE MOINE ET LA FEMME
Un voile d'épaisse nuit sépare le moyen âge de la fin des temps antiques. Dans l'histoire de la pensée et de l'art, il y a de sombres lacunes. La destruction a passé par là. Dans ces temps laborieux et troublés, on ne distingue, d'ici, qu'un murmure confus, fait d'armes qui se choquent et de prières qu'on marmotte. Du rire ou des œuvres du rire il ne subsiste rien ; et nous en sommes réduits aux conjectures. De rares documents, plutôt littéraires, nous montrent, au milieu des tragiques secousses, quelques raffinements d'esprit, quelques subtilités de scholastique. Entre la bataille et la prière s'il est resté de la place pour le sourire, de ce sourire même les traces sont presque complètement effacées.
Les épaves gallo-romaines montrent quelques figurines grossièrement modelées, qu'à défaut de meilleur nom on a appelées images du dieu Risus. Un rire épanouit ces naïves effigies. Ce peuple de batailleurs et de beaux parleurs devait bien, en efiet, avoir le culte de la gaieté. Mais qu'est-ce que c'est que cette vague indication?
De même, eu Italie, on voit dans la basilique romane de Saint-Fidèle, à Côme, un rudimentaire bas-relief représentant un ange qui tient un enfant par les cheveux et appelle son attention sur un agneau assis. Faute d'un sens plus clair, "^Yright a rangé cela dans les monuments primitifs de la caricature au moyen âge. Il paraît difficile de considérer cette œuvre comme un spécimen de la caricature au "\^ siècle. C'est quelque conception naïve, quelque commentaire ingénu d'un article de catéchisme.
Nous avons du moins quelque indication sur le rire des Anglo-Saxons. Ce sont d'intrépides buveurs, aimant, après l'orgie, à se lancer entre eux des défis de formidable hâblerie. Us ont un boufi'on préféré, un animal comique, un compagnon de joie, et c'est l'ours. Us s'égayent de sa lourdeur titubante, de ses grâces épaisses et mal léchées.
Peu à peu, cependant, une force se dessine et se dégage, formidable. Elle s'empare de tout, domine tout. Elle est le principe de la pensée, de la politique, de la vie. Elle fait les guerres et décide la paix ; elle détruit et construit. A sa voix, des