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Berquin, Bouilly et Grécourt, n'a point eu en effet d'interprète plus inspiré que Moreau : il en est le vrai maître et le poétique imagier.
Rien de plus accompli dans son CEuvre que cette série de scènes gracieuses dessinées et gravées par lui en 1772 et en 1773 : petits tableaux rustiques, bergeries dans un décor do De Marne, pastourelles virginales. Colins et Luciles , horizons blancs de troupeaux de moutons, défilés de bestiaux, chevauchements de laitière dans une aube de Joseph Yernet; fêtes de seigneurs sous un Mai, foires de Gonesse, jeux de quatre coins, mélancolies d'un ïircis au bord d'un ruisseau, danses de village autour d'un feu de Saint-Jean, maison de Collette à la treille de vieille vigne, soupirs d'ingénuité, brises de désir, peur d'orage favorable à Tamour; — l'éternel sujet des paroliers du temps, toute cette volupté aux champs chantée par la musique et les vers d'alors comme le renouveau du siècle, Moreau l'exprime avec une fraîcheur, un lumineux qui ne sont qu'à lui. La sentimentalité de son époque revit, comme à son matin, dans ces planches où les Amours ne sont plus des Amours de mythologie, mais des enfants de Greuze avec des ailes.
Et déjà s'annonce la nouveauté, l'originalité de la vignette de Moreau. Môme avant son voyage d'Italie \ il la dégage légèrement de la tradition du siè-
1. Moreiiu lit eu Italie un voyage que Feuillet, dans sa notice du Moniteur, place en 1781, que M""^ Veniet, l'once, Lemonnier, mettent à la date de 1783, et qui dut, eu tout cas, se continuer au-delà, de ces
cle; il l'affranchit des leçons de Walteau, de l'imitation de Boucher, dont descendent jusqu'à lui presque tous les vignettistes. Entraîné peut-être presque inconsciemment par le mouvement de l'art de Louis XYI, une Renaissance dans la rocaille, il cherche dans sa ligne une sorte de gracilité antique. On rencontre parfois dans ses allégories une académie d'homme qui vise à la statue grecque, et qui, sous l'esprit de ses doigts, devient un Apollon en biscuit de Sèvres. Mais surtout étudiez ces corps de femmes qu'il sait si bien jeter volantes, planantes, balayées d'écharpes, chatouillées sur les cuisses de lambeaux de nuages de gaze, dans ces pièces de la Fable, dans ces entourages de portraits royaux, dans ces encadrements magnifiques des spectacles de Louis XV et de Louis XVI ^ ; Vertus et Muses vous feront penser à des Grâces dessinées par Saint-Non à Pompéi. Avec leur sveltesse, l'allongement de
années ; car on lit au bas de la gravure d'une scène de Soj^honlsbe : J.-M. Moreau fecit in Homo, 1786. Il y alla avec un Dumont, sans doute Tami dont il fit le portrait en 1767 : Gabriel -Martin Dumont, professeur d'architecture, membre des Académies de Rome, do Bologne, de Florence.
1. Ce sont trois merveilles que les trois encadrements pour les affichages des spectacles dans les châteaux royaux, le Répertoire des spectacles de la cour comme le temps les appelait. Le premier dans un cadre oblong, surmonté de la tête de Louis XV, coupant de longs corps de femmes et enjambé par des jeux d'amours qui y suspendent des guirlandes de fleurs. Le second, carré et arrondi en coquille dans la partie supérieure, surmonté de l'effigie de Louis XVI, entre un satyre et un génie féminin qui tient une palette, avec une chute d'amours musiciens. Enfin un troisième, le plus rare, gravé par Ponce en 1770, surmonté de la tête du tout à fait vieux roi Louis XV, avec la Tragédie et la Comédie accoudées à la tablette, deux figures qu'on prendrait pour des Muses de Prudhon.
leur torse, leur gorge attachée haut, petite et drue, leur jeunesse virginale, presque cphébique, leur poitrine de Psyché, et leur élancement de nymphes, toutes ces figures vous paraîtront comme la fin du xYiii^ siècle se renouvelant, allant d'Eisen à Girodet, annonçant la mode de corps des femmes du Directoire et de l'Empire, la Française déjà toute prête, avec ses seins remontés, à porter la ceinture sous la taille, au retour prochain des modes grecques et romaines.
L'année 1775 allait donner à Moreau l'occasion de faire paraître toute la science, toute la force, toute la délicatesse, toute la pleine maturité de son talent dans la grande représentation de la plus majestueuse cérémonie de l'ancienne France et de l'ancienne Monarchie, étudiée, exprimée, figurée avec une fidélité et tout à la fois un charme qu'aucune représentation de fête chez aucun peuple, dans aucun temps, n'avait atteints. Ce sujet populaire, où se déploie le génie le plus heureux du dessinateur, c'est le Sacre dans la basilique de Reims, le Sacre antique mêlant dans ses rites, son décor, ses ordonnances, ses costumes et ses pompes, le moyen âge au xYin*^ siècle.
Voici le chœur, et sous le dais pendu à la voûte, voici le roi Louis, seizième du nom. Sur l'autel l'attendent la couronne de Charlemagno, l'épée,
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le sceptre, la main de justice, les éperons, la tunique, la dalmatique, les bottines et le manteau royal de velours violet semé de fleurs de lis d'or, doublé d'hermine; assis dans le premier de ses trois habillements, coiifé de la toque de velours à plumes blanches, à aigrette de plumes noires de héron, il n'a encore que la grande robe de toile d'argent en forme de soutane. A sa droite, i\ sa gauche, les pairs laïques du royaume, avec leurs couronnes de duc ou de comte sur la tête, dans leur manteau long de drap violet doublé et bordé d'hermine, l'épitoge toute d'hermine sous le manteau, en robe longue de drap d'or; à sa'droite plus près de lui le grand écuyer de France. Derrière lui, le grand maître de la maison du Roi, debout, tenant le bâton bleu semé de fleurs de lis d'or et sommé de la couronne royale ; et par derrière encore, un peu sur la gauche, le connétable assis, portant, la pointe haute, l'épée de Charlemagne, entre deux huissiers de la Chambre, la masse à l'épaule ; et le chancelier après le connétable, entre le grand chambellan, le premier gentilhomme de la Chambre et le grand maître de la garde-robe.
Ici, sur les quatre stalles hautes du côté de l'Évangile, sont les quatre seigneurs otages, qui le matin ont été à l'abbaye et à l'archimonastère de Saint- Remy, se portant cautions solidaires, en présence du procureur fiscal de la sainte Ampoule, dont tout à l'heure l'archevêque de Reims va prendre une goutte avec une aiguille d'or pour faire les neuf onctions au m. 7.
Roi : ils s'appellent le vicomte de la Rochefoucauld, le comte de ïalleyrand, le marquis de Rochechouart et le comte de la Rochc-Aymon; tous quatre vêtus d'habit, veste, culotte, manteau de brocart d'or légèrement rayé de noir, les bas blancs à fleurs brodés d'or, les souliers ornés de rosettes couleur de feu avec réseaux d'or. Sous eux, les écuyers ont en main leurs guidons blancs chargés des armes de France et de Navarre d'un côté, des armes de leurs maîtres de l'autre.
Près des piliers du chœur, dans leurs habits de chevalerie, pourpoints et chausses retroussés de satin blanc, manteaux de satin noir, la croix de la sainte Ampoule brodée en or et en argent sur le côté gauche du pourpoint et du manteau, se tiennent les trois chevaliers barons de la sainte Ampoule, à cause de leurs seigneuries de Terrier, Bellestre, Neuvizy, Souastre, mouvantes et relevantes en plein fief de l'abbaye de Saint-Rcmy.
Et les manteaux de Saint-Esprit, toutes les marques d'ordres, toutes les hiérarchies et toutes les dignités, et la Cour, et l'Église, et les chanoines procédants et assistants, et les tambours, et les trompettes et les hautbois placés entre les escaliers ^
Le moment choisi par le dessinateur est le moment d'émotion du Sacre, le moment du « serment du royaume », la minute qui suit celle où, après
1. Le Sacre et Couronnement de Louis XVI. Paris, chez Vente. 1775. — Mémoires de la République des lettres, 177.'j.
avoir soulevé le Hoi de son fauteuil, les deux évoques de Laon et de Beauvais demandent, suivant l'ancienne formule , aux seigneurs assistants et au peuple s'ils acceptent Louis XVI pour Hoi. Le Hoi vient de se rasseoir, la Lôte couverte, dans la majesté presque papale de sa robe blanche ; et devant l'archevêque dressé debout devant lui comme le témoin de Dieu, sa main royale posée sur l'Évangile, il lit tout haut en latin sur le li^re que lui tiennent les deux évoques : « Je promets au nom de Jésus- Christ, au peuple chrétien qui m'est soumis, de faire conse?'ver en tout temps à V Église de Dieu...^ » serment que vont suivre le serment de chef et souverain du grand ordre du Saint-Esprit, le serment de grand maître de l'ordre militaire de Saint-Louis^ le serment de l'observation des édits contre les duels. Un chef-d'œuvre, ce chef-d'œuvre de Moreau\ ce grand dessin dessiné et gravé par lui, qui par l'ordonnance décorative, l'arrangement perspectif, l'animation des personnages, est le plus vivant et le plus spirituel tableau de la cérémonie officielle, la vision même du Sacre. Il faut voir, étudier, admirer chaque partie de la composition : ce côté droit, ces
1 . Les registres des Menus-Plaisirs du Roi année 1775 contiennent cet article : Dépenses imprévues : — « Au S'' Moreau graveur du Roi la somme de 5000 fr. à compte des ouvrages faits par lui relativement au Sacre; dessins, gravures, etc. Et voici la commande du cadre pour le dessin. « Au S"" Mazieres, peintre, la somme de cent dix livres pour une bordure pour encadrer le dessin du Sacre fait par Moreau en bois de doux pieds et demi de long sur autant de haut, très riche et des mieux riais, dorée du plus bel or, brunie, taillée et réparée avec le plus grand soin. »
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tabourets, ces banquettes, encombrés de seigneurs, cet habile désordre, cette variété d'attitudes, ces apartés et ces groupes qui se détachent de la masse, tout ce coin traversé et remué par l'impression de la cérémonie, — une cérémonie où pleurera l'envoyé de Tripoli; ce coudoiement de manteaux courts, d'habits brodés, de colliers, de croix en sautoir, d'étoffes à fleurs d'or, cette haie de perruques et de têtes surmontées parles pertuisanes des gardes écossais; en face toute cette belle et grande ligne assise de prélats, d'évêques , de pairs ecclésiastiques, les chasubles d'orfèvrerie, les chapes d'étoffe d'or, les chaperons et les orfrois brodés d'or, les mitres d'or, les camails d'hermine, les rochets de dentelles, d'où se lève l'imposante silhouette du grand maître des cérémonies appuyé sur son bâton de commandement.
Et derrière les prélats^ ces loges en retraite sous une voussure, où une pénombre d'avant-scène met sa douceur sur le visage des femmes, tandis qu'au-dessus, parmi le feu des lustres, des bougies, des torchères, allumant un jour de théâtre dans le sombre des vieux vitraux, s'étagent toutes les grâces féminines que Moreau a voulu faire planer sur le Sacre, toute cette coquetterie de grandes dames, toutes ces légères désinvoltures, toutes ces petites mines fouettées de lumière, toutes ces poses de caquetage et de curiosité émue, tous ces petits échafaudages de coiffures, de poufs et de plumes, tous ces petits décolletages à collier de
dentelle mouvant entre les deux seins nus, éventés l)ar les éventails que la chaleur fait jouer; — un escalier d'Opéra qui descend jusqu'au balcon, où la Reine trône, un bouquet au côté. Madame h sa droite, Mesdames Clotilde et Elisabeth à sa gauche*.
En ces années où Esnault et Rapilly, rue Saint- Jacques, A la ville de Coutances, commencent cette immense publication, par livraisons, de costumes et de coiffures, qui comptera plus de cinq cents planches in-folio et dont peut-être il n'existe plus aujourd'hui en Europe un exemplaire complet ; en ces années qui voient paraître ces images où tout se réunit, la grandeur, la fidélité, le coloriage soigné, l'enluminure gouachée, le talent des artistes, les noms de Leclerc, de Saint-Aubin, de Watteau de Lille, etc. , pour donner la plus prodigieuse et la plus complète reproduction des habillements d'un temps, il semble que le xvni"^ siècle soit pris d'un grand orgueil do lui-môme. Devant le spectacle des
i. Nous possédons le dessin de la première idée de cette composition, un dessiii fait largement et prestement lavé au bistre, avec une indication des personnages qui n'est pas sans analogie avec le spirituel pochage de Guardi. Pour la gravure, Moreau agrandissait très heureusement le dessin, allongeait et meublait de seigneurs le coin de droite. A la vente Tondu, on a vu passer ce second dessin, très terminé mais par malheur déplorablement piqué par l'humidité.
raffinements, des perfections, des jouissances et des parures de sa civilisation , le poli de sa société^ l'orné de toutes choses autour do lui, le suprême moment de ce goût galant qui fait de la France l'arbitre, le modèle et le maître du monde pour les élégances de la vie, il semble que le siècle ait eu le désir de laisser un souvenir exact, artistique et en môme temps rigoureusement historique de ses modes, de ses ameublements, de tous ses milieux. Les usages du bon ton, il veut les fixer dans des attitudes et des actions gravées sur le cuivre et dont l'estampe gardera la mémoire. 11 veut faire survivre, pour les historiens, les peintres, les comédiens même de l'avenir, tout ce qu'il a imaginé dans la grâce et dans la délicieuse corruption de la fin de toutes les recherches, de tous les luxes et de tous les arts.
C'est alors que l'ambition se lève dans quelques imaginations d'éditeurs de léguer à la postérité un livre qui manque aux sociétés anciennes, un livremonument qu'on puisse appeler le Code des Modes et des Manières de la France du xviii® siècle.
Et bientôt paraît le livre splendide, royal, de Prault, imprimeur du Roi, édité par Ebertz. Il s'annonce par un premier cahier, dessiné par Freudeberg, donnant comme la chronique intime et imagée de « l'extrêmement bonne compagnie» pendant les années 1773 et 1774. Mais l'éditeur n'est pas content de cette première suite, et il promet une nouvelle série pour Tannée 1775. C'est Moreau qu'il
a riiilelligence de charger de cette seconde suite, qui paraît seulement en 1777.
La première série offrait le tableau de la vie d'une jeune femme livrée aux amusements de la société jusqu'à l'époque de la maternité. La série de Moreau la prend à ce moment, et dans une série de douze planches, continuant l'histoire des Élégantes qui deviennent mères au milieu des occupations et dos dissipations de la mode, il la relève et la couronne par la maternité, nouvelle dans le siècle, de la femme « du bon ton ». Ces douze planches s'appellent : Les adieux ; l'Accord parfait ; La rencontre AU Bois de Boulogne ; La dame du palais de la Reine; Les rendez-vous pour Marly; La déclaration DE la grossesse; N'ayez pas peur, ma bonne amie; J'en accepte l'heureux présage; Les précautions; C'est un fils, Monsieur; Les petits parrains; Les délices de la maternité.
Les Adieux se passent à l'Opéra. « La majestueuse Présidente, » en grande toilette, la haute coiffure empanachée de plumes^ le bouquet au côté, le parfait contentement au corsage, des barrières de fleurs aux parements de la robe et aux volants de sa jupe, — se retourne sur le seuil de la loge n° 1 3, dont vient de lui ouvrir la porte l'ouvreuse Dumas, à moins que ce ne soit l'ouvreuse Pigoreau, avec son pauvre bonnet battant-l'œil et sa fanchon. Sa main droite, tenant mollement l'éventail entre le pouce et lïndex, pose sur le poing du Président déjà entré dans la loge ; et elle abandonne sa main gauche au
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baiser d'un joli homme qui, ce soir-là même, à minuit part pour son régiment. Planche coquette et magnifique , que remplit la splendeur de cette femme et l'opulence ballonnante de cette toilette.
De la musique, voilà l'instrument le plus en vogue dans l'AccoRD parfait : la harpe qui gracieuse l'attitude, penche ou renverse voluptueusement, arrondit moelleusement le bras, relève la jupe, découvre le pied, fait ressortir la blancheur de la peau d'une main, sur la couleur puce de son bois. Aussi quelle attention de l'amateur assis, les jambes croisées, la main appuyée sur sa haute canne, le chapeau renversé sur le genou, devant la leçon de la femme qui a jeté sur sa gorge et sa robe ce peignoir de fine mousseline et de garniture si recherchée, que la mode vient de le mettre au nombre des déshabillés galants.
La Rencontre au Bois de Boulogne nous montre, sur un cheval caracolant, à la crinière tressée, la femme en feutre à plumes blanches, les cheveux noués en queue de flambeau d'amour battant à son dos, avec un habit et une grande jupe nouée à la ceinture par une écharpe.
Une autre de ces toilettes est dessinée, avec une exactitude de patron, dans les Rendez-vous pour Marly, où deux femmes, attendues par leur carrosse au Pont-Tournant, promènent aux Tuileries leur chapeau à la Henri IV et leur robe à la Polonaise, l'uniforme libre et large de la campagne.
Ici rayonne la femme à la cour, sous la figure de
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la Damk du l'ALAis DK LA Reini], traversant un vestibule de Versailles, deux pages devant elle, un Brissac et un d'Ayen derrière, dans une mise de (( Reine des cœurs », plumes et diamants aux cheveux, esclavage de diamants au cou, robe ruchée, talbalass«'e, bouillonnée de guirlandes et de petits bouquets de fleurs, contre laquelle glisse un éventail : un éblouissement de costume, un édilice de parure, le rêve extravagant et charmant des imaiiinations d'une demoiselle Bertin ou d'une demoiselle Roussaud.
Mais arrivons fi cette suite charmante oii Moreau déroule les joies maternelles. — « Croyez-vous, maman? — Oui, ma fille, ce que vous éprouvez est le symptôme le plus ordinaire. — Certainement, madame...» fait le vieux médecin ami de la maison, qui vient de prendre sa tasse de chocolat, et qui tient déjà, pour s'en aller, sa canne à bec-de-corbin. Et la jeune femme, en bonnet à la laitière, sans corset, la taille dénouée, une main dans la main de sa mère la regarde avec des yeux heureux, pudiques et souriants, tandis que, sur la porte du fond, une jeune sœur renvoyée fait signe qu'elle a deviné. Rien de plus délicat que cette composition : La déclaration de LA GROSSESSE, si douccmcnt émue du premier tressaillement de la mère.
N'ayez pas peur, ma bonne amie : cela est dit par
deux femmes dans un petit salon à alcôve, garni
d'un lit de repos sur lequel est allongée Céphise,
en robe lâche. Adossé au montant de l'alcôve, oii
un socle de bronze porte un vase de Sèvres plein de fleurs, un abbé, un merveilleux abbé sourit en taquinant d'une main son jabot. Et Tune des femmes répond : « Vous vous faites un fantôme de cela, et c'est la plus petite chose du monde. On souffre un peu, et quand tout est passé, on n'y pense plus. Comme vous, j'ai d'abord fait l'enfant, cela me tracassait, m'inquiétait, et jugez si avec la délicatesse dont je suis... — Lahbé. D'honneur, mesdames, vous êtes incroyables... Vous êtes l'objet de l'adoration de tous les mortels, et vous avez la noble et importante commission de fournir des hommes à la société... — Cépkise. A la société? Gela vous est bien aisé à dire, à vous autres... Vous en avez tous les bénéfices sans participer aux charges. — La marquise. Mais, en vérité, ces abbés sont admirables... Et de quoi cela se mêle-t-il? »
Passons dans la chambre à coucher. Devant le lit empanaché, la marchande de layettes a ouvert son joli coffre l'ose, garni de rubans, de gazes et de dentelles. — « C'est une layette de garçon, madame? a demandé le mari. — Oui, monsieur.» Et la marchande a présenté un bonnet que le mari a pris sur son poing et qu'il montre à Céphise, qui gaiement lui dit : J'en accepte l'heureux