‹ L'art du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 19 sur 72 · III · texte numérisé non relu

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rations de la vente sans intermédiaire, exploiter luimême son talent, et s'en faire les gros revenus d'une grande entreprise.

A en croire les notices écrites sous l'inspiration de sa fille, point d'homme moins capable que lui de pareilles idées d'intérêt. On y lit : « Il s'en faut beaucoup que M. Moreau se soit occupé de sa fortune autant qu'on pourrait le croire d'après ses immenses travaux. Jamais peut-être on ne porta plus loin le désintéressement personnel, même Tincurie et surtout l'éloignement pour tout ce qui ressemblait à des entreprises dans un genre où il faut cependant en faire ou du moins y prendre part si l'on veut s'assurer quelque portion des bénéfices. Sous ce rapport il fut encore artiste dans toute l'étendue du terme. II. semblait trouver tout simple que, puisque les plaisirs et l'honneur du travail étaient pour lui, les profits fussent pour les autres. » Malheureusement, un document manuscrit du temps vient durement contredire ici l'éloge de la piété filiale. C'est à propos de Le Bas, du maître si paternel pour Moreau, de Le Bas qu'avaient ruiné les iïgures de V Histoire de Fî'cmce de son ancien élève, et ses lenteurs interminables. Le Bas, aux derniers ours de sa vie, avait jeté dans l'affaire la garde-robe de sa femme, son argenterie, ses meubles. Le pauvre homme mort, arrive sa vente en décembre 1783, cette vente qu'attendait depuis longtemps Moreau pour rattraper et exploiter les figures dont il avait fourni les dessins, cl fait traîner la livraison, camp-

tant bien que l'âge de Le Bas ne lui permettrait pas de pousser l'ouvrage fi sa fin. A l'annonce de la vente, Moreau de crier partout et de faire crier qu'il ne continuera les dessins de V Histoire de France à aucun prix. A toutes les vacations môme serment. Lo matin môme de la vente des planches, il va trouver le libraire Lamy et le prévient que, sachant son projet d'enchérir, il ne veut pas lui laisser ignorer qu'il ne fera plus un dessin. Lamy lui demande s'il a le projet de surenchérir. Moreau lui répond que non ; qu'il est trop surchargé ; qu'il n'achètera qu'autant que la chose se vendra à bas prix. On met l'ouvrage sur table. Les libraires et les marchands sont SOUS' le coup de la menace faite par Moreau de ne plus livrer de dessins. Lamy seul couvre les enchères d'un inconnu, mais il se laisse gagner au découragement et à la crainte de ses confrères. Et le nom de Moreau est jeté par cet inconnu à l'huissier priseur comme adjudicataire. Moreau devenait propriétaire pour 8,960 livres de 154 planches dont 5 n'avaient pas encore servi; de 5,598 épreuves dont 2,352 avant la lettre, et de 959 épreuves d'eau-forte. Et précisément à cette vente, la conduite de Cochin faisait contraste avec celle de Moreau. Gochin avait gravé les ports de mer en société avec Le Bas. Aux termes de l'acte de société, Gochin pouvait prendre la moitié des planches appartenant à Le Bas d'après l'estimation d'académiciens. Sa délicatesse se refusa à l'usage de son droit. Cochin ne voulut pas qu'on soupçonnât ses confrères de

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l'avoir favorisé. Il doubla la première enchère de prisée ^

Les années 1787 et 1789 demandaient à Moreau les deux grands dessins de leurs grands événements : l'Assemblée des notables et l'Ouverture des États Généraux. Et dans le commencement de la dernière année, l'artiste était nommé académicien après avoir été agréé en 1781 '^ 11 lui avait fallu attendre neuf années ce titre; et ce n'était pas sans débats et sans contestations que se faisait son élection. Le dessin qu'il avait présenté dans la séance du 10 janvier ne satisfaisait pas les académiciens qui s'ajournaient pour prononcer. Il apportait alors le 19 avril un autre dessin : Tullie faisant passer son char sur LE CORPS DE SON PÈRE, quc tous s'accordaicut à regarder comme très supérieur au premier; et il était reçu le 25 avril sur la présentation de son parrain

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