‹ L'art du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 37 sur 72 · Panard au Salon · texte numérisé non relu

Panard au Salon

que ceux de Hue, ajoutaient : « Ses tableaux sont d'un ton qui lient aux grands maîtres qu'il a envie d'imiter, mais les ligures ressemblent un peu à la porcelaine et ne sont pas toujours correctement dessinées. Au reste, le public attend beaucoup de ce jeune artiste, qui n'a que vingt-six ans.» Le peintre, on le voit, si méconnu, si ignoré aujourd'hui, attirait l'attention dès sa première exposition, et à l'exposition suivante, au Salon de 1783, sa « Vue de la Halle à l'instant des réjouissances publiques données en 1782 à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin» obtenait des brochures et des critiques l'honneur d'une discussion accordée aux peintres les l)lus connus , aux morceaux les plus en vogue. Changez-moi cette tête ou Lustucru au Salon lui reconnaissait une grande facilité, une touche spirituelle, et ne blâmait qu'une infinité d'échos de lumière du môme ton sur tous les plans, un dessin mesquin dans les figures, et surtout dans les extrémités. Sansqua7'tierau Salon trouvait la scène pleine de détails intéressants, les figures lines et spirituelles. Mais il en critiquait la couleur généralement froide « quand on la consulte dans le miroir convexe». Il reprochait à Debucourt, après avoir fait une si grande étude de Téniers, a de ne rien rappeler de sa palette », de n'avoir que l'esprit de sa touche, et d'abuser de cet esprit. Du reste il reconnaissait le succès de la composition, de nature à amuser tout le monde et à donner au public l'illusion d'être à Yaugirard, ou dans une rue de la Gourtille.

Le Songe faisait une allusion moqueuse à Thabitude de l'artiste de peindre ses figures d'après des petites poupées en bois ; et interrogeant les personnages du tableau, il leur mettait dans la bouche cette satire : « Not' maître a été au chantier de la Boule-Rouge acheter une voie de bois noir; il en a fait de petits bonshommes, tant bien que mal, quelques-uns d'après un bon vivant qui est mort depuis longtemps qui s'appelait Te...Téniers; quelques autres d'après son imagination; il les a pris pour modèles, et nous v'ia. De cette affaire, j'avons des maisons de bois, des têtes de bois, des habits de bois, des voix de bois... » Enfin le critique de la hvochwvo, Messieurs, ami de tout le monde, écrivait : <( Ses petits tableaux sont toujours charmants ; effets de lumière piquants, touche hardie, fini du précieux le plus séduisant, tout se joint au faire le plus agréable et souvent très savant. La Halle renferme des vérités de détails sans nombre et sûrs de plaire ; mais toutes ses maisons ont l'air de tomber. Au reste, il serait cruel de traiter sévèrement un artiste estimable qui donne de si belles preuves de ses talents. Quel est celui qui eût fait d'aussi charmants tableaux , après avoir perdu une épouse aimable et chérie, qu'il a possédée si peu de temps? Je m'étonne môme que l'artiste ait pu être assez maître de sa douleur, pour donner encore à son art des moments si bien employés. »

Tel est l'ensemble des jugements sur la peinture de Debucourt. Sans doute il y a à rabattre des éloges donnés par le goût du temps à ces petits tableaux

(le cabinet qui ont la minceur des procédés de l'artiste, la petitesse des pinceaux microscopiques, des vessies minuscules que Dubucourt faisait préparer pour son usage particulier. Mais s'il est de l'école porcelainée des Boilly, des Wille, des Taunay, des Defrance, si le vernissé de sa peinture la fait comparer par une critique du temps h un panneau de carrosse', il est juste de reconnaître qu'il sait conserver là-dessous un peu de la blonde chaleur du coloris français, un fond de claire harmonie, sur lequel il fait agréablement tapager le bouquet de tons de l'éventailliste et le papillotage des fraîches couleurs. Dans presque tous les tableaux des petits peintre^s de son école, en dépit du luisant, de la recherche du brillant, la couleur est noirâtre; il y a une froideur et une sécheresse de lumière qui n'a jamais le jour ni la tiédeur du ciel : Debucourt, lui, est lumineux. Il est lumineux comme s'il y avait du lait dans sa pàtc. 11 cherche et trouve la blancheur, qui est sa note favorite, dans une sorte de rayonnement crémeux qu'il endort ou fait éclater toujours sur du blanc, sur le blanc d'une femme, d'une robe^ dont il aime à faire le milieu et comme le cœur de son tableau. Cet éclairage nacré avec des bleuissements si fins, est sa signature; c'est ce qui le fait reconnaître à première vue, et ce qui le distingue de ses camarades et de ses confrères en pastiche flamand. Un caractère encore le particularise : l'accent de ce Fran-

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