‹ L'art du XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 38 sur 72 · Entretiens sur les tableaux exposés an Salon de · texte numérisé non relu

Entretiens sur les tableaux exposés an Salon de

çais qui refait des Téniers à la mode du xviii" siècle n'est pas tout à fait français. Quelque chose encore là , dans les tableaux de Debucourt, sent rAnglcterrc, et quand on les regarde, il vous revient peu à peu involontairement un souvenir de Wilkie.

11 est bien entendu qu'ici nous ne jugeons pas Debucourt sur ses grandes mauvaises toiles de l'Empire, sur ses grossissements lâchés de ses premières kermesses, toiles vides et plates qu'on dirait délavées des tons de la peinture à la colle et maigrement relevées çà et là comme par des piqûres de traits de plume. Pour le goûter, l'apprécier, il faut le voir dans son bon temps, dans son vrai cadre, dans ces petits morceaux, assemblées de villages, danses, scènes de charlatans, àpeine grands souvent comme un dessus de tabatière. Il faut aller le retrouver dans un petit bijou entrevu par nous, sous le marteau du commissaire-priseur à une vente près du Châteaud'Eau, et que nous avons été heureux de revoir chez M. Jazet. Dans un porcelainage gras, doux et large, sous un ciel d'une limpidité émaillée, rosé de petits nuages volant sur des pâleurs de bleu, une noce de village joue, chante, danse et boit. Une goutte de lumière semble tomber du verre d'eau de Rembrandt dans le fond du cabaret sur les buveurs ; une ombre molle glisse d'une tente sur le ménétrier, sur les groupes attablés; et du fond plein de foule se lève un petit coup de jour argenté qui rappelle, en écho mourant, cette clarté d'un lis dont la délicieuse pe-

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titc femmi^ du premier i)lan ;i s;i i()l)e loiite pleine. Une petite perle, — voih\ ce tableau.

Debucourt était né en 1755 * d'une honnête famille bourgeoise. Sa mère avait ses parents dans le commerce. Son père était huissier à cheval au Ghâtelet. En 1789, il se trouvait procureur fiscal à la Chapclle- Saint-Denis. L'on a de lui, datée du lendemain de la prise de la Bastille, le 15 juillet, à huit heures du matin, une demande, comme commandant en chef do la milice bourgeoise, à messieurs les électeurs de Paris, de deux cents fusils pour armer ses hommes et assurer l'approvisionnement de la capitale. Poussé par le goût de la peinture, son fils Philibert était entré dans Tatelier de Vien; mais une certaine indépendance de caractère, une vivacité d'originalité, un précoce entraînement vers les petits maîtres flamands, faisaient vite abandonner au jeune homme les leçons et l'atelier du précurseur de David.

11 épousait à vingt-six ans une fille du sculpteur

1. >< Paroisse Saint-Nicolas-des-Champs. Le 13 février 1755, a été '• baptisé Philibert-Louis, né d'aujourd'hui, fils de Jean-Louis Debucourt, huissier à cheval au Ghâtelet de Paris, et de Marie-Luce Dieu, >. son épouse, demeurant rue Saint-Martin, le parrain Philibert Petit, « marchand galonnier, demeurant rue Saint-Denis, de cette paroisse; « la marraine Marie-Edmée Dieu, épouse de Judocus Couvent, marchand « fabricant d"ét0ifes, demeurant rue Saint-Sébastien, paroisse Sainte- « Marguerite, cousine de l'enfant, lesquels ont signé. » (Communiqué par M. E. Bellier de la Chavignerie.)

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