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sa tOtc et les pieds pendus sur le montant, la peau d'un bœuF, l'animal cvanp;61ique de saint Luc, dans le cadre de laquelle le Bâtonnier invite ses confrères aux premières vêpres qui se disent en la chapelle Saint-Luc, de l'église des II. P. Jacobins, à quatre heures du soir, le 17 du mois d'octobre.
Après les illustrations de livres de toutes sortes, Eisen illustrait en 1770^ les Daisers de Dorât, ce livre typique de sa vignette, le petit volume débordant de gravures, où l'artiste jette et prodigue son double talent de dessinateur et d'ornemaniste. Et qui mieux que lui était fait pour enguirlander d'images cette poésie de Dorât, jetée naïvement par le petit poète comme le sursum corda de la galanterie et de l'amour au libertinage du siècle? Eisen y sème les médaillons et les allégories du Plaisir; les autels où les colombes se becquettent sous les colonnades de palmier; les petits temples aux colonnes torses, aux chapiteaux d'acanthe, au dôme diadème de fleurs, enieurc de coups d'ailes d'amours. L'érotisme des petits vers brûle et pétille dans ces en-tètes et ces culs-de-lampe qui montrent, du recto au verso des pages, des apothéoses de volupté, des couples sur des ottomanes, encensés par la
1, A cette date, il est nommé comme associe'; titulaire dans le tabloau des membres de l'Académie royale de Rouen.
l'iiméo des brûle-parfums, des Gupidons foulant aux pieds toutes les couronnes de la terre, des Aurores, de la petitesse et de la finesse d'une pierre gravée par Ouay, repoussant le voile d'une nuit heureuse au bas de la dernière rime d'un baiser. Et partout, dans cette sorte d'illumination et de pétillement de la gravure, dans le feu de joie des ciels et des paysages, brillent ces petites déesses mignardes, debout ou couchées, de petites Vénus qui pourraient se faire une conque d'une foliole de rose, ces figures microscopiques de femmes en forme de poire, qui tiennent à la fois de la pendeloque et de la perle baroque. Car Eisen est l'homme du nu féminin infiniment petit, du nu de rin-12. Il excelle à faire tenir sur un rien de papier la nudité de la Fable telle que la comprend la poésie de l'art du temps. Et il n'a point d'égal quand il enferme dans la grandeur d'un chaton de bague le déshabillé de la Mythologie du XYiii* siècle.
Là est son vrai petit talent, un talent qu'il faut, après tout, se garder d'exagérer, et qu'il serait injuste de mettre sur la même ligne que le talent de son rival et de son maître Gravelot. Ne confondons pas, ne comparons môme pas les deux artistes : l'un, avec son fond de Flamand, l'ouvrier mécanique et à la tâche, le pacotilleur de la vignette; l'autre, plus que Français, Parisien, plein de la conscience et de l'amour de son art, ne travaillant qu'à son heure, ne produisant qu'à sa satisfaction. Gravelot est un sérieux dessinateur. Sa vignette at-
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teint au style du galant. 11 donne en petit cette note absolue du charme de son temps, un rien de cet idéal de coquetterie que Watteau donne en grand. Eisen n'a presque toujours qu'une grâce inférieure. Son dessin mou, rond, sans étude, ne tient pas h côté de ce dessin de Gravelot serré, délicat, fmi et vivant jusqu'au bout des extrémités des doigts d'une main. Ses personnages sont marqués au signe d'une vulgarité courante. Ses seigneurs, ses amoureux auraient besoin de prendre des leçons du marquis de Polainville, de la comédie de Boissy, pour porter leur chapeau « comme on le porte à la cour de France » : ils ont une face de Jeannot, l'air de farauds et de garçons-marchands endimanchés, ou de laquais gênés dans les habits de leurs maîtres. La femme, chez Eisen, dans toutes les figures qu'il a improvisées d'elle, ne semble que le type banal, égrillard, souriant et inerte de quelque modèle de la rue sur laquelle il a jeté une robe de dame ; une sorte de poupée à grosse mouche à la tempe, décolletée et falbalassée, la jupe courte, le corsage à l'air, à laquelle le dessinateur ne fait prêter que la fadeur d'une monotone afïeterie. Car Eisen, — regardez ses Contes de La Fontaine, ses grandes vignettes de la vie familière, — Eisen est toujours inexpressif, presque inanimé. C'est vainement qu'on chercherait chez lui ce qu'exprime et ce que respire de la femme du temps le dessin de Gravelot, les délicates attaches de corps, les fins emmanchements de col, d'épaules, de bras, de poignets, l'air, la tour-
nure, le cosLiime même, l'envolement étoffé de ce petit être fragile, divin et jamais crotté, qui touche à peine terre dans telle des vignettes pour les Contes de Marmontel, ou la miss Jerm?j de M'"'^ Riccoboni. Le plus subtil, le plus aimable de la délicieuse créature du siècle, sa physionomie espiègle, mutine, ou tendre; le piquant honnête de sa volupté, l'aristocratie de toute sa personne, tous les raffinemenls que lui avait donnés , comme à l'objet d'art par excellence, une civilisation extrême, cela a toujours échappé à Eisen : l'exquis et le suprême lui ont manqué dans son genre.
La vignette est alors triomphante, elle règne. Eiscn est à l'apogée de son talent, dans ces années où il fait suivre les Baisers d'Anacréon du Tableau de la Volupté, de Phrosine et Mélidor, du Temple de Guide, de Tarsls et Zélle, des Fables et du Recueil de Poèmes de Dorât. 11 devient l'illustrateur patenté de la poésie, et ses dessins font passer jusqu'aux vers de M. de Pezay ^ A ce moment une réaction éclate, dans un grand parti de l'art, contre la vignette, et les attaques contre lesquelles Gochin lui-même
\. Grimm dit à ce propos : « Messieurs, vous vous faites trop imprimer. Si vous ne finissez, nous dirons incessamment que vous nous vendez les jolies images de M. Eisen pour faire passer vos vers, qui ne le sont point du tout. » (Correspondance littéraire, vol. IV.)
n'est pas protégé par sa position oflicielle, sa réputation consacrée, ses écrits, l'effort du grand style de ses derniers dessins; ces attaques se déchaînent, s'emportent à l'injure contre les vignettistes moins autorisés, contre les dessinateurs qui sont purement artistes, contre les talents de ces hommes qui ne sont rien, comme Gravelot, ou tout au plus obscurs professeurs de l'Académie de Saint-Luc, comme Eisen. Donnons ici des duretés, des injustices soudaines de l'opinion publique, la mesure et le ton, d'après ce singulier et curieux volume : Dialogues sur la Peinture^ Tartouillis^ 1773, qui met en scène le fameux marchand de tableaux Rémi, un mylord et Fabretti. Écoutez cette exécution :
« M. Rémi... — Notre gravure va un peu nous venger de la sculpture italienne.
Mylord. Ah! parbleu, Monsieur Rémi, vous vous y prenez mal dans ce moment-ci, et je deviens partie,
M. Rémi. — Comment , Mylord ! ce début est brusque.
Mylord. — Il ne l'est pas encore assez. Notre belle édition de VArioste de Baskerville^ eh bien, ils l'ont polluée par de maudites vignettes de ce pitoyable Eis... (en), j'avois défendu expressément qu'on l'employât; mais je me suis si fort fâché que pour les derniers chants il n'y aura rien de sa façon, il y a longtemps qu'il nous infecte de ses dessins, mais nous venons de le bannir honteusement de toutes nos presses.