AUX SALONS DU LOUVRE
Le Gentilhomme bienfaisant. Un seigneur ouvre sa bourse pour soulager une famille dont le père expire dans l'instant que l'on vient, pour dettes, enlever les meubles de la maison (20 pouces de large sur 17 de haut).
L'Instruction villageois© (15 pouces de large sur 12 de haut).
Le Juge de village (même grandeur).
La Consultation redoutée (de 13 pouces sur 11).
Plusieurs petits tableaux sous le même numéro.
Vue de la Halle, prise à l'instant des réjouissances publiques données par la ville, le 21 janvier 1782, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Dauphin (3 pieds et 8 pouces de large, sur 2 pieds 9 pouces de haut).
Un Charlatan (6 pouces de large, sur 6 de haut).
Deux Petites Fêtes (même grandeur).
Plusieurs petits tableaux sous le même numéro.
(Il exposait la même année au salon de la Correspondance de la Blancherie : Intérieur d'un ménage flamand, du cabinet de M. le comte de Cossé).
La feinte caresse. Un vieillard sourit en regardant le portrait de sa jeune épouse qu'il fait peindre, tirant le sien en médaillon, tandis qu'appuyée sur son épaule, elle lui caresse la joue Pi profite de sa folle confiance pour glisser un billet au jeune
artiste qui lui baise la main (15 pouces de large, sur 12 de haut) .
Autres tal)leaux sous le même numéro.
Dehucourt, tout entier à la gravure en couleur, n'expose pas les années suivantes. Il ne reparait au salon qu'en l'an XII (1804), avec une gravure : le Chasseur au tir, d'après Carie Vernet, Dans les Salons qui suivent, outre ses gravures et un essai de lithographie (1819), voici les tableaux qu'il expose :
La Consultation, les Voyageurs, le Colin-Maillard, un Ermite distribuant des chapelets à des jeunes filles.
Un Médecin consulté par une jeune fille, une Fête de village, un Charlatan (dessin).
Une Procession dans un village aux environs de Paris, dessin.
Le Lendemain d'une noce de village ou la Présence de la mariée, intérieur d'une ferme : danse de paysans ^
1. Kn 1829, il expose à la salle Lebruu le Trait d'humanité de Louis XYI, peint eu 1785,
OIÎUVRE GRAVE
Eaux-Fortes de la main du maître.
Le Juge ou la Ciiuche cassée -. De cette gravure terminée par Leveau, l'eau-forte, qui ue porte ni nom de dessinateur ni nom de graveur, est attribuée par la tradition à Debucourt. Du reste cette libre et légère estampe a tous les caractères d'une eau-forte de peintre et de peintre qui est en communication avec les petits flamands.
Je serais tenté de donner à Debucourt une seconde eau-forte, une eau-forte, un souffle, représentant une marchande de marrons au milieu d'un groupe d'enfants, pendant que, dans le lointain, un charlatan fait un boniment devant des paysans. Il
1. Nous ne faisons chez Debucourt que le catalogue du graveur d'après ses œuvres personnelles. Disons seulement qu'indépendamment du nombre immense de planches gravées d'après Carie Vernet, il a gravé d'après Droling, Charlet, Hippolyte Lecomte, Doval le Camus, W'ebster, Burnett, Wilkie, etc.
2. Voici l'annonce de cette estampe dans le Journal de Paris du 31 mars 1782 :
« Le Juge ou la Cruclie cassée, estampe gravée par J.-J. le Veau, de l'A'" Roy, des scioices, belles-lettres et arts de Rouen, d'après Philib. Debucourt, peintre du Roi, dédiée à M. Pigalle, Chev. de l'ordre du Roi, sculpteur, et prix 4 liv. 16 s. A Paris, chez l'auteur, maison de M. Moreau, maître charpentier, place de Fourcy, à l'Estrapade.
Cette estampe est la gravure du tableau exposé au dernier salon, sous le titre de Juge du village; elle nous a paru d'un bon effet, d'une touche spirituelle qui rend bien le tableau et nous ne doutons point qu'elle ne fasse plaisir au public. »
226 L'ART DU XVIIP îSIÈCLK.
y a, daas cette eau-forte bien française du xviiic siècle, un dos à la Ostade, que seul Delmcourt met dans ses compositions, et cette estampe, dont je ne connais que mon épreuve, me semV)le gravée par le peintre d'après une de ses compositions.
Portraits.
Henri IV (représenté à cheval) dessiné et gravé par Del)Ucourt, peintre du Roi, chez l'auteur. — Louis seize (représenté en manteau fleurdelysé, la main de justice appuyée sur un tabouret oii repose la couronne), peint et gravé par Debucourt, peintre du Roi. — Monseigneur le duc d'Orléans, dessiné et gravé par Debucourt, peintre du Roi. A Paris, chez l'auteur, cour du Louvre. Dans la marge d'en bas, la légende : la Bienfaisance sous la figure de Minerve tend une main secourable ù l'Itidigence et la couvre d'une égide aux armes d'Orléans... — M. le marquis de Lafayette, commandant de la garde nationale. Dédié aux citoyens soldats (grand portrait en pied). Peint et dessiné par Debucourt, peintre du Roi, 1790. — Napoléon 1er. J)essiné et gravé par D. B. 1807. Estampe en couleur. — Charles X. Dessiné et gravé par Debucourt ^
Dans la vente du 3 avril 1876, passait une planche avant la lettre, désignée sous ce titre : « Isabey et sa famille se promenant en bateau sur le lac d'Enghien. » Est-ce la promenade siir l'eau, la pièce en manière de lavis de la vente Lavalette ?
Caricatures.
L'Orange, ou le Nouveau Jugement de Paris. Dessiné et gravé par Debucourt, en manière de lavis. — Les Visites le i^^ jour de l'an du xix^ siècle. Dessiné et gravé par Debucourt. — Les Courses du matin, ou la Porte d'un riche, Dessiné et gravé par Debucourt. — La Femme et le Mari, ou les Epoux d la mode. Dessiné et gravé par Debucourt. — Le Canal, gravé en 1810,
1. Debucourt a été le graveur de trois portraits de Louis XVIII, d'après Bra, Isabey, Horace, Vernet, d'une duchesse d'Angoulême au tombeau de ses parents d'après Mallet, d'un duc d'Angoulême daprès Gosse. Il a également gravé René-Juste Ilauy, d'après Vangorp. Et même un portrait de Madame de Maintenon est indiqué, gravé par lui dans la vente du 5 juin 1867.
DKHUCOURT. 227
11» oOo de la vente du :i8 janvier 1867. — La Manie «k i,a DANSE. Dossific H (]vnvé par Debucoiirt, 1809. — Lk Carnaval. Dessiné et fp-avc par Debucoiirt, 1810. — Le Baiser a propos UE BOTTES. Dessi/ic et gravé par Debucourt. — Le Coeffeur. Dessiné et gravé par Debucourt. — Le Tailleur. Dessiné et gravé j)ar Debucourt. — Les Gastronomes affamés. Dessiné et gravé par Debucourt. — La Fin des gastronomes. Dessiné et gravé par Debucourt. — Un gourmand en manière noire. Enseigne de Corcelet. — L'Usurier. Dessiné et gravé par Debucourt. — L'Etrenne uu bonnet, la Faction d'hiver, le Départ POUR LA GARDE, LE Retour DE LA GARDE. Quatre pièces, grand in-4, rares, j)ubliées chez Sazerac, Passage de l'Opéra. Escalier A. — M. Renouvier cite encore de lui quelques pièces dessinées et gravées par Debucourt sous l'Empire ; ce sont : l'Hiver, ou le Mari; le Printemps, ou les Amants; la Coquette ET SES FILLES I LES PETITS MESSIEURS, OU LES ADO- LESCENTS A LA MODE ; LES GrALANTS SURANNÉS et LE MARCHAND DE GALETTE, 1821.
Debucourt a fourni aussi, pendant le Directoire et l'Empire, un certain nombre de dessins caricaturaux gravés, sans nom de dessinateur et de graveur. Je citerai parmi ceux-ci la gouache qui fait partie de ma collection, ayant pour titre les Goûts différents, et qui représente une tabagie, dans laquelle une jeune femme coiffée d'une' calèche ridicule, et qu'un homme cherche à retenir par la taille, se bouche le nez avec la serviette d'un garçon, porteur d'un plat de poisson dont la sauce se répand à terre. (H. 18 c, L. 26 c.)
A la vente Solar, 17 dessins satiriques de Dubucourt, lavés à l'aquarelle, se vendaient 170 francs.
Sujets religieux.
Sainte Madeleine. Dessiné et gravé par Debucourt. Chez Leclerc. — Sainte Geneviève. Dessiné et gravé par Debucourt. Chez Leclerc.
Allégories.
L'Adoration. Debucourt del. et sculp. — L'Invocation. Debucourt del. et sciilp. — L'Etoile du matin, l'Etoile du soir, l'Eclipse, la Comète, la Déesse des mers^ l'Astp^e nouveau,
gravées par Debucourt. Ces six détestables tètes de femmes, à l'aquatinte, quoique signées du nom de Debucourt seulement comme graveur, présentent tous les caractères du dessin de l'artiste dans sa vieillesse.
Sujets de genre.
Le Menuet de la mariée. Peiiit et fjrnvé par P.-L. De Bucourt^ peintre du Roi, 1786. Dédié à M. le comte de Cossé. Estampe en couleur'. — Les Deux Baisers. Peint et gravé par De Bucourt, peintre du Roi, 178G. Estampe en couleur. La gravure est exécutée d'après le tableau de « la Feinte Caresse », exposé par l'artiste au Salon de 1785. Ce tableau, ou une esquisse dont les fonds et les accessoires sont seulement frottés (H. 29 c. ; L. 36 1/2), est la propriété de M. Auguste Sichel.
— Heur et Malheur, ou la Cruche cassée. Peint et gravé par Debucourt, peintre du Roi, 1787. Estampe en couleur. — L'Escalade, ou fes Adieux du matin. Peint et gravé par Debucourt, 1787. Estampe en couleur. — Annette et Lubin. Peint et gravé })ar Debucourt, jjeintre du Roi. Estampe en couleur. — L'Oiseau ranimé. Peiiit et gravé par De Bucouri, peintre du Roi. Estampe en couleur. — L'Oiseau privé, pièce en couleur. — Le Compliment, ou la Matinée du Jour de l'an. Peint et gravé par De Bucourt, peintre du Roi, 1787. Estampe en couleur. — Les Bouquets, ou la Fête de la Grand'Maman. Peint et gravé par Debucourt, peintre du Roi, 1788. p]stampe en couleur. Une première idée de cette gravure, une esquisse peinte avec la touche gaie, libre, fouettée de Fragonard, a été sauvée, par M. Jazet fils, d"un feu de châssis et de vieilles toiles brûlées par un domestique après la mort de Debucourt. Cette esquisse apparaissait à la vente du 1 1 janvier 1877 oii elle était achetée 1,000 francs par Jaccpiinot (H. 29 c. ; L. 25 c. ovale). La peinture a malheureusement souffert. — La Main. P.-L. De Bucourt jt>m.r. et sculp. 1788. Estampe en couleur. — La Rose. P. L. Debucourt fecit 1788. Estampe en couleur. — La Noce AU CHATEAU. Pcn'nf ct gvttvé par De Bucourt, peintre du Roi, 1780.
— L'Heureuse Famille. Debucourt pinxit et sculpsit. Chez De-
1. On retrouve presque de toutes les estampes en couleur des premiers états en noir.
DKBUCOl'UT. •2->9
peuille, rue des Matliurins. Estampe en noir et ea couleur, — Jouis, tendrk mkrk ! Dessijié et (jvavé par Debucourt. Chez Depeuille. — Les Plaisirs paternels, peint et gravé par D. agréé de la ci-devant académie de peinture; planche dédiée aux Bons Papas. — La Bénédiction paternelle, ou le Départ DE LA MARIÉE, 1795. Estampe dont je n'ai jamais vu que des exemplaires en aquatinte. — « Minet aux aguets », pièce en couleur. — Pauvre Annette^ que vas-tu faire? Qu'as-tu fait, pauvre Annette? Deux pièces ovales eu couleur. — Il est pris, Elle est prise. Deux pièces en couleur en largeur. — La Rose MAL DÉFENDUE. Dcssiné et (jravé par P.-L. Debucourt, peintre graveur. Pièce en couleur de sa seconde manière. — La Croisée. Dessiné et gravé par P.-L. Debucourt. Pièce en couleur, même procédé que la Rose mal défendue.
Voici maintenant quelques pièces noires, bistres ou en couleur de la plus grande rareté, dessinées et gravées par Debucourt, dont je donne la description du plus grand nombre d'après des catalogues de vente : « La Porte enfoncée, ou les Amants poursuivis. » Pièce en couleur, de la vente du 5 juin 1867. — « Suzelte mal cachée, ou les Amants découverts.» Pièce en couleur, de la vente du 5 juin 1867. — « La Fille enlevée ». Pièce en couleur, de la vente Raifé en 1864. — L'Enfant au chat. Pièce en couleur de la vente du 5 juin 1867. — « La Calèche volée ». Pièce en couleur, de la vente du 27 janvier 1867. — u Le Songe réalisé. » Pièce en couleur, de la vente du o juin 1867. — « La Promenade sur l'eau.» Pièce en manière de lavis, de la vente Lavalette en 1861. — « Le Bouquet d'une maman, 1806. » Pièce en manière de lavis, de la vente Lavalette en 1861. — « Ils sont heureux », peint et gravé par Debucourt, grande pièce in-folio au bistre. — (c La comète. » Pièce en couleur in-4, de la vente du 22 mai 1875. — u La servante congédiée. » Petite pièce in-8, de la quatrième vente Hourlier, en 1872.
Le catalogue de la vente du 13 décembre 1857 mentionne une pièce rare. « La visite à la pension. »
Les compositions de genre de Delnicourt, gravées par d'autres graveurs que lui, sont : Les Voisines laborieuses, par Moitte ; LE Juge ou la Cruche cassée, par Leveau ; l'InstPv,uction villageoise, par Clairon; la Main chaude, par Remhild. Parmi les peintures de genre non gravées :
A la vente du 15 janvier 1783, le n» 51, deux paysages : l'un représente des paysans occup.és à boire et à jouer aux cartes sur des tables près d'une masure; l'autre, des joueurs de boide, compositions de plus de douze figures chacune (H. 8 p.; L. 9 p.). No 52, un tableau représentant une jeune tille vêtue d'un déshabillé blanc, tenant un livre, paraît méditer sur sa lecture (H. 4 p.; L. 3 p.). N» 53, un peintre dessinant le portrait d'une dame. N» 54, deux autres tableaux : l'un représentant une marchande hollandaise ; l'autre, l'intérieur d'une chambre ornée de figures (H. 5 p.; L. 4 p.) *. A la vente du 15 juillet 1783, une jeune personne surprise par son ami dans le moment où elle s'occupe de lui, en regardant son portrait. Bois (H. 4 p.; L. 3 p.). A la vente de 1783 de M. T. (de Montullé) passaient sous le no 90 deux jolis tableaux faisant pendant : l'un représentant une fête villageoise et l'autre un charlatan à l'entrée d'un village oii l'on voit différents groupes de spectateurs (H. U p.; L. 9 p.). A la vente du 14 avril 1784 se vendait, sous le n» 82, \m intérieur, oii des paysans se faisaient verser de l'eau et buvaient. A la vente Saint-JuUien, en 1785, passait, sous le n° 111, une fête de village, où un joueur de vielle fait danser des hommes et des femmes, devant un groupe s'amusant de la chute des danseuses (H. 18 p.; L. 22 p.). A la vente Saint-Maurice, en 1786, l'intérieur d'un laboureur, où l'on voit une jeune fille occupée à lire, pendant qu'une femme appuyée sur le berceau d'un enfant, et tenant, de la main droite, un petit garçon, semble l'écouter (H. 12 p. 3 1.; L. 15 p.). Bois. A la vente Polonceau, en 1787, sous le n» 25, « un intérieur de grange, avec gens prosternés devant un bienfaiteur », se vendait 560 livres; sous le n» 2G, «une Campagne avec tente et mendiants », 130 livres ; sous le n» 27, « Vue d'une place publique et charlatan », 120 livres. A la vente du 20 mars 1787 passait « une Femme donnant la bouillie à son enfant. A la vente du 11 pluviôse an XIll, sous le n» 36, « un Sujet du bénédicité se vendait 152 livres. A la vente Preuil, en 1812, passait sous le n® 171, « un jeune homme renversé, retenant par ses jupons une fillette, pendant que des enfants s'amusent à se brouetter » (H. 52 c; L. 17 c). Bois. A la vente Didot, en 1814^ « une jeune femme assise en
1. Toutes ces compositions, ainsi que la plupart des tableaux de Debucourt sont peints s-ur bois.
déshabillé sur \in sopha dans une chambre où entre un garçon jardinier qu'une tille de chambre pousse par derrière ». A la vente Périer, en 181;), « Des villageois groupés devant un amateur-charlatan, qui montre une dent qu'il vient d'arracher. » Bois. En 1822, à la vente Saint- Victor, sous le n» 557, « un homme taisant danser une jeune fille» se vendait 550 francs; sous le n» 558, « un ménage occupé», 56 francs; sous le n" 550, « Dame lisant dans son appartement », 10 francs; sous le numéro 550 /)is, « le Médecin anx urines » fixé 128 francs. A la vente de Didot de 1825, passaient, sous le n» 117, « Fermière lisant un livre sur ses genoux ». et sous le n° 118, «Ménagère occupée à coudre près de ses enfants». A la vente du 18 mai 1829 « une Taverne avec un ivrogne endormi sur la table ». A ime vente tle tableau du 30 mars 1830, passait sous le n» 82, une composition représentant « Une jeune fille et un militaire exécutant un menuet au son d'une trompette et d'un tambour, tandis qu'un militaire glisse le propos guilleret à une femme plus âgée qui rit. (Bois, H. 8 p. 1/2, L. 10.) A la vente de feu Camus, en 1831, sous le n" 50, u Procession du Saint-Sacrenâent »; sous le n» 51, «la Consultation des urines» ; sous le n» 52, « Dame regardant des villageois danser » ; sous le no 53, « la Suite du repas de noces»; sous le n" 54, « le Lendemain du repas de noces » ; sous le n° 55, « Fête de village » ; sous le n» 56, «Assemblée de gens autour d'une table»; sous le n» 57, a Convoi de chariots » ; sous le n» 58, « Charlatan à la porte d'une ville fortifiée » ; sous le n» 59, « Charlatan dans un village ». Dans la vente du 28 mars 1860, passait une « Fête villageoise sous Louis XVI à Franchart » (H. 1 m. 10 c; L. 1 m. 40 c). Dans la vente du baron Vincent, en 1872, se vendaient deux tableaux n» 12, «le Concert après le repas», bois (H. 18 c; L. 14 c), et «les Cabarets ambulants. Bois (H. 20 c; L, 16 c).
Dans les tableaux de paysage et d'intérieur de ses contemporains, Debucourt a quelquefois peint les personnages ; aussi nous trouvons dans la vente du 14 avril 1784, sous les n» 83 et 84 H Deux intérieurs d'église par Fontaine, personnages de Debucourt ».
Parmi les dessins non gravés :
A la vente du 2 avril 1787, sous le n» 107, passait un dessin représentant «un Intérieur de chambre, où trois personnes boi-
232 i;art du xyiii^- :sieclk.
vent à une table». A la vente du 4 décembre 1826, «le Charlatan»; dessin colorié, exposé au Salon de 1814, se vendait 80 fr. 50 c. A la vente du 9 janvier 1865, sous le n» 469, passait « les Visites » (costumes du commencement de ce siècle), dessin lavé et colorié à plusieurs tons. A la vente Tondu, en 1865, passait « une Jeune Fille près d'une fontaine», aquarelle signée et datée 1771.
Dans le catalogue de Paignon Dijonval, sous le n» 3832, est indicjué ce dessin : une Femme assise près d'un poêle dont elle ouvre la porte, la fumée en sort et lui fait fermer les yeux ; pondant ce temps un jeune homme embrasse la fille de cette femme. Gouache (H. 10 p.; L. 8 p.). M. de Chennevières possède la première idée au lavis.
Représentations de lieux de plaisir, Promenades publiques,
Fêtes.
Promenade dk laGalleriedu Palais Royal 1787. « A Paris, Cour du vieux Louvre, la 5^ porte à gauche en entrant par la colonade*au premier, imprimé par Chapuy. » Cette planche porie aussi le titre anglais : The Palais Royal gallery's Walk. — Promenade du Jardin du Palais Royal 1787. A Paris, rue St- Jacques N» 55. Elle porte, à l'imitation de la première, un titre anglais : Tue Palais Royal Garden Walk. Estampe un peu caricaturale. La Promenade Publique, dessiné et gravé par Debucourt peintre et graveur. Sur le terrain à droite D. B. 92. « A Paris, chez M. Depeuille, rue Saint-Denis N» 52, Section du Bon Conseil. Imprimé par Blin jeune. » Cette planche en couleur représente, non les Tuileries, comme l'annoncent les marchands d'estampes, mais bien le Jardin du Palais-Royal, ainsi que l'atteste, dans le fond, la vue du Cirque nouvellement construit. — Montgolfière lancée à Tivoli, le 13 thermidor, N» 56 de la vente du 28 janvier 1867. — Café du Jardin des Tuileries, N° 562 de la même vente. — Frascati, dessiné d'après un croquis pris sur le lieu et gravé par Debucourt. Estampe à l'aquatinte, u Intérieur d'un café avec joueurs de dominos. » Pièce très rare avant la lettre figurant, sous le n*» 322, à la vente du 2 avril 1868. — Feu d'Artifice de l'Arc de Triomphe de l'Etoile, dessiné et gravé par Debucourt aquatinte. — Ii.lu-
MIN.VTION DE LA GRANDK CaSCADK DI-: SaINT-ClOUD, deSSÏlK' et
f/ravé par Debucoiirt aquatinte.
Dans une vente du 27 février 1858, faite par Rouillard, on trouve sous le nom de Debucourt, une grande composition représentant : « la Foire aux jambons en 1787 ».
Compositions patriotiques, républicaines, révolutionnaires.
Humanité kt Biknfaisanck du Roi, gravé par Guyot. L'esquisse est en la possession du comte de Beraudière. — Allégorie à la mémoire de feu de M. de Vergennes, ministre d'État 1787. Pièce citée par M. Renouvier et que je n'ai jamais vue ^
— RÉCIT u'UN INVALIDK CHEZ UN FERMIER DE HaUTE NORMANDIE,
on leur montrant une image représentant le portrait du Roy, accompagnée d'une légende sur la journée du 17 juillet, gravé par Legrand. Dans un second état, en l'an II, le portrait du Roi est remplacé par le décret du 18 floréal; dans un troisième état, en l'an IV, au décret de floréal, est substitué le traité de Paix avec l'Empire du 28 germinal. — La Liberté, l'Égalité, l'Unité, la Fraternité, P.-L. Debucourt del et sculp. Quatre pièces in-quarto, publié en messidor an 11. — Jos. Barra, dédié aux jeunes Fra7ieais. — L'Héroïne de Saint-Milher. Pièce rare de la vente du 5 juin 1867.
Compositions révolutionnaires servant aux usages de la vie j ournalière :
Almanach National, Dédié aux amis de la Constitution, dessi7ié et gravé par P.-L. Debucourt de l'Académie Royale de Peinture. L'Almanah porte imprimé au milieu de son soubassement : Année 1791, 3® de la Liberté. Une des plus charmantes pièces en couleur de l'artiste. — Les Droits de l'Homme et DU Citoyen. Placard dessiné et gravé par Debucourt. — Calendrier Républicain, an ÎII. PJstampe en imitation de bistre. — Almanacït national année 1799. Pièce rare de la vente du 5 juin 1867. — Cadran républicain de la nouvelle division du jour décrétée par la Convention Nationale. Petite pièce rare,
1. On attribue également à Debucourt, mais sans preuve bien positive, l'estampe ne portant ni nom de dessinateur ni nom de graveur, une petite gravure en couleur qui a pour titre : Sarcophage qui a transporte' les mânes de Voltaire au Panthéon le \\ juillet 1791.
en imitation de lavis d'encre de Chine portant : Debucourt fecit an 2. Voici la légende gravée : Instruction. Le cercle du dedans qui entoure le Camée présente l'ancien cadran de 12 heures gravé en chiffres romains avec des points pour les demies et pour les quarts. Les 2 autres cercles qui envelopjjent ce cadran renferment les 10 nouvelles heures répondantes aux 24 anciennes, de minuit à minuit, et forment une espèce de spirale, dont la partie intérieiwe marquée matin contient les cinq premières heures républicaines coi^respondantes aux 12 anciennes de minuit à midi et la partie extérieure ou cercle du dehors marquée après midi et soir les 5 dernières coi^respondantes aux i2 de midi à minuit... chez l'auteur. Cour du vieux Louvre, la porte rouge, au 2^.
Sous l'Empire Debucourt pub lie :
La Paix à Buonaparte pacificateur 18 brumaire, dessiné et gravé par Déb. Je crois que la peinture de cette composition passait, sous le titre, « La paix générale » à la vente de Tardieu en 1841.
Parmi les tableaux et dessins non gravés, je connais chez M. Raffet une petite esquisse à l'huile des « Travaux de la Fédération » et une grande aquarelle non terminée de la même fête, chez M. Delbergue-Cormont.
Sujets divers, Effets de nuit, Effets de neige. Scènes militaires.
Le berceau de Paul et Virginie. — Les premiers pas de Paul et Virginie. — Bienfaisance de Paul et Virginie. Trois pièces ovales in-folio en imitation de bistre, 1796. — L'Incendie, dessiné et gravé par Debucourt, aquatinte. — La Sh:paration pendant une nuit d'hiver, dessiné et gravé par Debucourt. — Une vue de la mer, avec sur le rivage un feu où se chauffent des gens. Debucourt r/e/. et sculp. Estampe en couleur. — Dans un paysage couvert de neige, une femme entraînée par une troupe de brigands, dessiné et gra,vé par Debucourt. Estampe en couleur. — Dans un paysage couvert de neige, une chaise de poste embourbée, et les voyageurs se chauffant auprès d'un feu de broussailles, dessiné et gravé par Debucourt. Estampe en couleur. — Une vue de chaumière couverte de neige, dessiné et gravé par Debucourt. — Deux cabanes couvertes de neige,
I) K 13 Lî COURT. 235
ffessinées et gravép.^ par Debucourt. Deux planches à l'aquatinte au ciel légèrement ])louté. — Un militaire blessé sur un Champ de bataille, une pioche à la main, dessiné et gravé par Debucourt, aquatinte. — La Croix d'honneur, dessiné et gravé par Debucourt. — Le Soldat Français, dessiné et gravé par Debucourt. — La Vivandikre, dessiné et gravé par Debucourt.
Parmi les compositions diverses en 1787, à la vente du 20 mars passait un petit tableau représentant la scène d'Henri IV, chez Michaud.
Illustrations de livres.
Hkro et Léandre, poème noiiveau par le chevalier de Querelles, Paris de l'Imprimerie de Pierre Didot l'aîné 1801.
Frontispice en noir et 8 estampes en couleur dessinées et gravées par P.-L. Debucourt, de la ci-devant académie et qui sont : Le Couronnement, la Course, l'Invocation a l'Amour, l'Entrée de la Grotte, les Colombes, le Matin, la Tempp;te, la Mort d'Héro.
Modes et Costumes.
Modes et Manières du Jour à Paris à la fin du xviii^ siècle et au commencement du xix°. Au bureau du Journal des Dames.
Collection de 52 gravures :
1 Le Prétexte; 2 Turcaret du Jour preiiant une leçon de tournure; 3 La Promenade; 4 Chaise vacante; 5 C'est en vain; 6 La petite Coquette] 7 La Reiicontre; 8 Les Cerises; 9 L'Escarpoléte; 10 A ce soir; 11 UAggression; 12 La Correspondance furtive; 13 II va l'apaiser; 14 La Phrase changée; 15 N'allez pas vous peindre; 16 Ah quel vent; 17 Le Messager fidèle; 18 La Robe déchirée; 19 L'Écolière craintive; 20 La Chute; 21 Elle le suit; 22 Le Billet doux; 23 Réponse au billet; 24 Prends vite; 25 Retour de Longchamps; 26 Le lilas; 27 II va fleurir; 28 Elle est prête à cueillir; 29 Que lui coûte-t-il? ; 30 Ne laissai-je rien; 31 Venez vous reposer ; 32 La Lecture; 33 Le Voilà; 34 // a plu; 35 // ne vient pas; 36 Ah qu'il fait saud; 37 Les deux amies; 38 Adieu; 39 La Réflexion; 40 Tenez vous droit ; 41 Elle y pense; 42 Baisez maman; 43 M. N. et il/***; 44 Les apprêts du Bal; 45 La Signature; 46 Elle le boude; il II ne m'a pas vu; 48 Plus
posément; 49 La Solitude; 50 La Conversation inystévieuse ; 51 Lui a-t-il tout rendu; 52 Me trompe-t-il?
Le dessin origiiial à l'aquarelle gravé sous le titre : Le Prétexte et portant le N" 1 fait partie de ma collection. Un autre dessin de cette suite gravée à l'aquarelle, et gravé sous le N» 4, se vendait à la vente du 11 janvier 1877.
Debucourt a fourni aussi de nombreux costumes aux « Costumes Parisiens de la tin du xviiie siècle et au commencement du xixc ». Ouvrage commencé le l^^"" juin 1797.
Dauvin a eu, il y a quelques années, une planche gravée à l'aquatinte et qu'il attribuait à Debucourt. C'était un patron de modes pour poupée : une composition représentant une femme assise sur une chaise, une seconde assise sur un fauteuil curule, et quatre autres debout dont l'une promenait un enfant. Toutes ces femmes sans tête, avec chapeau et objets de toilette épars à droite et à gauche sur la feuille de papier '.
Études, Principes de dessins, Paysages.
Étude d'après Rembrandt. Tirée du Musée Napoléon, deasiné et gravé par P.-L. Debucourt. - Etude d'après Rembrandt. Tirée du cabinet de M. Guérin, dessiné et gravé par P.-L. Del)Ucourt 2. — Recueil de têtes et coiffures modernes à l'usage des jeunes personnes qui dessinent : 1° Jeune femme en buste tournée à droite coiffée d'une toque avec ])lumes. Dans le haut à droite, N» 1 ; — 2° Jeune fille tournée à gauche, portant sur la tête un mouchoir noué sous le menton, N» 5 dans le haut à droite ; — 3° Jeune fille tournée à gauche, coiff'ée d'un bonnet, N» 7 dans le haut à droite. Trois planches in-4o en hauteur d'une suite rarissime, qui a passé en 1861 à la vente de M. Lavalette et dont on ignore le nombre. Ces planches gravées dans la manière de François et de Demarteau sont signées D. B.
Vue de l'Intérieur d'une ferme en Picardie, Debucourt del.
1. Dans l'œuvre de Debucourt du Cabinet des estampes est intercalé un fac-similé de dessin d'un homme auquel on fait la barbe près d'une femme qui dort. Ce fac-similé d'un croquis à l'encre de Chine est signé D. B.
2. Il a également gravé d'exécrables têtes d'études ù l'aquatinte d'après Raphaël, Tintoret, Vandick, Rubens.
DEBU COURT. -237
et sciitf). Lithographie dont il existe un premier crayonnage à l'état de trait, et qui semble avoir fait partie d'un cahier de principes à l'usage des commençants. — Vue des Envuions d'Ecouen, Debucourt del. etsculp. Lithographie. — Le coup de VKXT, Debucourt deimeavit et sculp. Lithographie. — La ijarrière des Champs Elysées, La Barrière du Faubourg S' Martin, quatre j)lanches à l'aquatinte, sous lesquelles il y a Del)ucourt del. et aculp. — Vue du Château de Chantilly, dessiné d'après nature avant sa destruction. Debucourt del. et sculp.
Quelques paysages, peints à Thuile et qui n'ont pas été gravés, ont passé dans les ventes du xviiic siècle. En 1788, à la vente de la Douchetière, passait un paysage orné d'animaux et de figures par Debucourt (H. 5 p. G 1. L. 4 p.) ; et en 179."J, à la vente de Dumont le sculpteur, se vendaient deux paysages avec vovaireurs.
Les poètes manquent au siècle dernier. Je ne dis pas les rimeurs, les versificateurs; les aligneurs de mots ; je dis les poètes. La poésie, à prendre l'expression dans la vérité et la hauteur de son sens, la poésie qui est la création par l'image, une élévation ou un enchantement d'imagination, l'apport d'un idéal de rêverie ou de sourire à la pensée humaine, la poésie qui emporte et balance au-dessus de terre l'âme d'un temps et l'esprit d'un peuple, la France du xvui^ siècle ne l'a pas connue; et ses deux seuls poètes ont été deux peintres : Watteau et Fragonard.
Watteau, l'homme du Nord, l'enfant des Flandres, le grand poète de l'Amour! le maître des sérénités douces et des paradis tendres, dont l'œuvre ressemble aux Champs-Elysées de la Passion ! Watteau, le mélancolique enchanteur, qui met un si grand soupir de nature dans ses bois d'automne pleins de regrets, autour de la Volupté songeuse! Watteau, le Pen- III. 21
L'ART DU XVIII« iSIECLE.
sieroso de la Régence! — Fragonard, lui, est le petit poète de VA?'t d'aimer du temps.
Yoyez-vousdans «rEmbarquementdeGythère,))en haut du ciel, à demi perdus, tous ces petits culs nus d'Amour, effrontés, polissonnants? Où vont-ils? Ils vont jouer chez Fragonard, et mettre sur sa palette la poussière de leurs ailes de papillon.
Fragonard, c'est le conteur libre, l'^moro^o galant, païen, badin, de malice gauloise, de génie presque italien, d'esprit français ; l'homme des mythologies plafonnantes et des déshabillés fripons, des ciels rosés par la chair des déesses et des alcôves éclairées d'une nudité de femme ! Sur une table, à côté d'un bouquet de roses , laissez le vent d'un beau jour feuilleter son œuvre : des campagnes où se sauvent, dans une fuite coquette, les robes de satin, le regard saute à des champs gardés par des Annettes de quinze ans, à des granges où la culbute de l'Amour renverse le chevalet du peintre, à des prés où la laitière du pot au lait montre ses jambes nues, et pleure, comme une naïade sur son urne brisée, ses moutons, son troupeau, son rêve qui s'envole. A l'autre feuille, une amoureuse, par un soir d'été, écrit un nom chéri sur l'écorce d'un arbre. Le vent tourne toujours : un berger et une bergère s'embrassent devant le cadran des heures, dont de petits Gupidons font le cadran des plaisirs. Il tourne encore : et c'est le joli songe d'un pèlerin endormi à côté de son bâton et de sa gourde, et auquel apparaît un essaim de jeunes fées écumant une grosse marmite...
Ne semble-t-il pas qu'on ait l'œil à une optique d'une fête de Boucher, montrée par son élève dans les jardins du Tasse? Lanterne magique adorable! où Glorinde suit Fiammette, où des lueurs d'épopée se mêlent aux sourires des novelUeri! Contes de la fée Urgèle, petits badinages comiques, rayons de gaieté et de soleil qu'on dirait projetés sur le drap où Béroalde de Verville promène sa chercheuse de cerises, — voilà la pointure de Fragonard. Le Tasse, Cervantes, Boccace, l'Arioste, l'Arioste tel qu'il l'a dessiné, inspiré par l'Amour et la Folie, elle rappelle tous ces génies de bonheur. Elle rit avec les libertés de La Fontaine. Elle va de Properce à Grécourt, de Longus àFavart, de Gentil-Bernard à André Chénier. Elle a comme le cœur d'un amoureux et comme la main d'un charmant mauvais sujet. Le souffle d'un soupir y passe dans un baiser. Et elle est jeune d'une éternelle jeunesse : elle est le poème du Désir, poème divin ! 11 suffit de l'avoir écrit comme Fragonard, pour rester ce qu'il sera toujours : le Chérubin de la peinture erotique.
Jean-Honoré Fragonard est né à Grasse en Provence (5 avril 1732)^ Riante patrie! un verger de
1. Voici l'acte de naissance de Fragonard, dont M. Sénequier veut bien nous envoyer la copie prise par lui sur les registres conservés à la mairie de Grasse :
« Année mille sept cent .trente-deux.
Le sixième avril, a été baptisé Jean-Honoré Fragonard, né le jour
lauriers, d'orangers, de citronniers, de grenadiers, d'amandiers, de cédratiers, d'arbousiers, de myrtes, de bergamotiers, d'arbres à parfum; un jardin de tulipes, d'oeillets éblouissants de couleurs inconnues du Nord, et poussant seulement dans le parterre des Alpes; une campagne embaumée des arômes du thym, du romarin, de la sauge, du nard, de la menthe, de la lavande, et toute murmurante du jet de ses innombrables fontaines ; une terre « entre-tissue de vignes » , — c'est le mot dont la peint le prêtre de Marseille, Salvien, — de vignes sous lesquelles passent et repassent les grands troupeaux promenés de la basse à la haute Provence ; une terre ayant cet horizon d'azur : la Méditerranée! Nature de joie, pays de plaisir, égayé de bruit, de rires, de musiques et de musettes, plein du bonheur gai, bavard, chantant et dansant, de ce peuple qu'on voit, au xyiii*^ siècle, mener la vie comme une fête de Pan, sous le ciel le plus pur et le plus doux de l'Europe ! Et quel berceau, dans ce jardin, que le berceau du peintre, sa ville nourricière : Grasse ! cette distillerie dans un paradis ; la Grasse des odeurs, des sucres et des essences, de la parfumerie et de la bonbonnerie; Grasse avec ses étages de jardins, les fruits d'or et les floraisons d'argent de ses hautes forêts d'orangers libres, et le serpentement de la Foux dans la verdure de ses
précédent, fils du sieur François, marchand, et de demoiselle Françoise Petit, son épouse; le parrain : sieur Jean-IIonoré Fragonard. son aïeul, et la marraine demoiselle Gabrielle Petit, sa tante, tous de cette paroisse.
« Signé qui a su ; Fragonard, Fragonard, Martin, curé. »
FRAGONARI). 245
immenses prairies, et sa vue au midi, dont le large embrassement touche Monans, laMougins, Chàteauneuf. la plaine de Laval, le sombre Esterel, et s'en va mourir au loin, dans cette infinie douceur de bleu, — qui est la mer où baigne l'Italie!
Fragonard naît là, et il naît de là. Il puise à cette terre, dont il sort, sa nature, son tempérament. Il grandit en s'imprcgnantde cotte atmosphère des pays chauds, de ce climat qui remplit le pauvre ot le nourrit presque de sa sérénité. Et l'on reconnaît dans tout son OKuvre le peintre qui a reçu tout jeune la bénédiction d'un ciel méridional, le coup de jour de la Provence. Il reflète la gaieté, le bonheur de la lumière, comme un homme qui y a trempé pendant toute son enfance. Rien qu'à voir une esquisse de lui, on sent une chaleur, presque un parfum, l'odeur du pays dont il vient. II a dans la main le reflet, dans l'esprit la flamme de son soleil. Sa palette ne joue que sur le blanc, le bleu, le brun rouge du Midi. L'éclair de ses tableaux, c'est l'éclair qui court sur les orangers; et qu'il ouvre une fenêtre dans un de ses intérieurs ou dans le fond d'un conte de La Fontaine, sa fenêtre semble toujours donner sur un paysage de Provence et s'ouvrir à l'Italie. Ses personnages rustiques ont le déshabillé de la vie en plein air, la demi-nudité des pays bénis où l'on foule le blé en plein champ. Ici et là; dans un coin de son OEuvre, passe le chapeau blanc provençal, le bonnet du marin de la Méditerranée. Ses scènes, il aime à les placer, aies grouper sous ces architectures cintrées, ces voûtes basses, m. ' 21. .
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ces cavées, ces antres romans où le Midi cherche Tombre et le frais. Ses fonds, il les meuble de la vaisselle de terre cuite que retrouvent ses souvenirs, et, le plus souvent, il y dresse les grandes jarres qui, là-bas, gardent le vin et l'huile. Peint-il une scène de nature, il y jette sa patrie, il y brouille, il y enlace la végétation vive, les broussailles folles et fortes; il y emmêle le fouillis vert et fleuri qui croît et se mouille aux fontaines de Traconnade, de la Foux, de Merveilles; et sa plante bien-aimée, la plante qui revient toujours dans ses compositions avec le caprice et le retour qu'elle a dans un album japonais, c'est la grande herbe frissonnante, légère, échevelée, d'élancement oriental, qui frappa ses yeux d'enfant aux bords des canaux de la Provence : le roseau. Il semble en avoir rapporté des brassées pour en encadrer son œuvre.
Tout ainsi chez lui, sa palette, son imagination, sa fleur d'idées, de sentiments, de couleurs, vient du Midi; et ne dirait-on pas que toute sa peinture a été improvisée, sous l'azur du ciel, sur un chevalet posé dans un jardin, entouré du bonheur de l'air, de la respiration de l'été, de musiques et d'échos oii s'éteignaient ensemble une chanson de troubadour, une canzone de Pétrarque, le dernier soupir des Cours d'amour et le bruit d'harmonie des eaux de Yaucluse?
Mais ce n'est pas seulement le peintre, c'est aussi l'homme que je veux retrouver dans son acte de naissance. Son pays, — la Provence, qu'on appelait
FKACtONAKD. 247
la Gueuse pni^fumée, — n'est-ce pas la fée qui le baptise? 11 me paraît tenir encore du sol natal autre chose que son talent : sa race, son humeur, la grâce de sa destinée, sa bienveillance', une nature heureuse de vivre, une gaieté qui Hotte sur le sérieux de la vie, un doux entêtement à faire son chemin, une activité sans hâte, une organisation paresseusement travailleuse, l'ambition de ne cueillir que le plaisir de l'art et de la vie, l'amour d'une existence coulante et sans effort, le sans-souci de l'avenir, — tout cela relevé, soutenu d'audace, et de cette gaie confiance dans la Providence qui lui faisait répondre plaisamment, quand on l'interrogeait sur ses débuts et la façon dont il s'était formé : « Tire-toi d'affaire comme tu pou7'ras, m'a dit la Nature en me poussant à la vie. »
Le père de Fragonard était négociant à Grasse. Il mit toute sa petite fortune dans la spéculation des frères Périer, l'établissement de la première pompe à feu à Paris. La spéculation ayant complètement échoué, il vint à Paris avec sa femme, pour tâcher
L II avait, à travers cette bienveillance, des boutades, des lubies, des originalités d'artiste. Un jour qu'il entrait dans le salon de Saint- Non, qui l'attendait au milieu dune nombreuse compagnie, Saint-Non, l'apercevant, lève les bras pour le serrer contre lui, en criant : « Voilà mon roi, mon prince! » Fragonard lui passe sous le bras, tourne derrière lui. gagne la porte et s'en va.
1;ART 1»U XV 111' .SIKCLK.
de rattraper quelque chose de ses fonds engagés dans la malheureuse affaire. Mais il eut, à cette poursuite, si peu de succès, qu'il se vit réduit à entrer comme commis chez un mercier. Son fils avait alors près de quinze ans. Ne sachant comment l'élever, il le plaça petit clerc chez un notaire. Mais le petit clerc, au lieu de grossoyer, ne faisait que des caricatures. A la fm le notaire engageait les parents à le placer chez un peintre. Sa mère, un beau matin, le menait chez Boucher; mais Boucher lui disait qu'il ne montrait pas l'A B 0, qu'il prendrait son fils quand il aurait appris les premiers éléments de la peinture. Sa mère alors allait le présenter à Chardin, qui le prenait pour charger sa palette, et ne lui donnait, tout Chardin qu'il était, que des estampes du temps à dessiner, seule éducation que l'élève trouvait alors dans les ateliers. Là, Fragonard, sans goût pour la peinture et les sujets de son maître, ne fit rien que paresser, et annonça si peu son talent, que Chardin déclara à ses parents qu'il n'y avait rien à en faire et qu'il ne réussirait jamais. Mais, tout en étudiant si mal chez Chardin , Fragonard passait une partie de son temps, qu'on croyait perdu, dans les églises de Paris, regardait les tableaux, les emportait dans sa mémoire, et chez lui les repeignait de souvenir. Un jour il se décida, muni de quelques esquisses ainsi peintes, à se présenter chez Boucher, qui, cette fois étonné, l'accepta et l'occupa à ses grandes peintures commandées par la manufacture des Gobelins, auxquelles il
faisait travaillor ses élèves. Tel fut le véritable apprentissage de Fragonard. Sa palette se forma i\ l'école de la peinture de tapisserie. Au bout de deux ou trois ans, Boucher lui dit : <( Concours pour le prix de Rome » ; et comme Fragonard lui objectait que, n'ayant pas suivi les cours de l'Académie, il no pouvait concourir : « Ça ne fait rien, tu es mon élève », répondait péremptoirement Boucher. Sur le mot de son maître, Fragonard concourait en 1752, et il remportait le prix à l'âge de vingt ans, sans avoir été admis aux cours de l'Académie, fait extraordinaire et sans doute unique dans l'histoire des prix de Rome, Il avait eu à lutter contre Gabriel de Saint- Aubin, qui n'eut que le second prix. Le sujet du concours était « Jéroboam sacrifiant aux idoles ». On voit ce tableau à l'École des Beaux-Arts. L'animation des groupes, la fougue des draperies, la pompe nuageuse des architectures, les blancs, les rouges, la couleur d'un de Troy plus vaporeux, plus gouacheux^ promettent déjà beaucoup du peintre que fera Fragonard.
Le voilà aussitôt en Italie; mais ce joli peintre de pratique, jeté à Rome en face du modèle, perd tout à coup la tête, et si bien, que Natoire, surpris de la faiblesse de ce qu'il fait d'après nature, en vient à l'accuser d'avoir trompé les académiciens, de n'être pas l'auteur du tableau qui l'a fait envoyer à Rome. Il le menace d'écrire à Paris, et Fragonard obtient à grand'peine de lui un délai, un sursis de trois mois. Ces trois mois, il les emploie à travailler jour
et nuit, d'après le modèle, d'après l'écorché. Natoire voit bientôt qu'il s'est trompé, lui accorde son amitié ; et c'est à lui que Fragonard devra la prolongation de son séjour à Rome^
Au fond, en ces commencements, l'élève de Boucher se trouvait dépaysé à Rome. Les grands maîtres lui parlaient une langue trop sévère et qu'il ne comprenait pas. Il l'avouait à son retour : les peintures les plus renommées lui parurent d'abord tristes et monotones, et le découragèrent entièrement. « Z'énergie de Michel- Ange m effrayait^ disait-il; j'éprouvais un sentiment que je ne pouvais 7'endre; en voyant les beautés de Rapliaël^ j'étais ému jusqu'aux larmes, et le crayon me tombait des mains; enfin je restai quelques mois dans un état d'indolence que je n'étais plus le maître de surmonter^ lorsque je m'attachai à l'étude des peintres qui me donnaient l'espérance de rivaliser un jour avec eux : c'est ainsi que Baroche^ Piétine de Cortone , SoUmène et Tiepolo fixèrent mon attention^. »
Une fois que Fragonard a trouvé ces décadents de grâce plus accessible, il vit avec eux. Il les étudie, les interroge. Il les copi(\ il les pénètre. Il entre dans leurs toiles, et les dépouille presque. Il prend à Tiepolo son esprit, son pétillement; à Solimène,
1. Nous devons ces détails sur l'enfance et la jeunesse d'Honoré Fragonard, ainsi que les autres renseignements intimes sur sa vie, à l'obligeance de son petit-fils, M. Théoi)hile Fragonard, le peintre sur porcelaine, attaché à la manufacture de Sèvres, et qui continua la tradition de grâce et l'honneur artistique du nom de Fragonard