Mémoires de Marmontel , vol. II
3. Donnons, sur la médecine de La Tour, cette. curieuse lettre, communiquée par M. J. Boilly aux Archives de Vart français , vol. II :
« Mon cher monsieur ,
« Je suis fort sensible à l'honneur de votre soievenir et de la charmante galanterie que vous me voulez faire de votre nouvelle édition de Londres. J3 ai offert à monsieur votre cousin de lui fournir ce que vous souhaiterez de
plein de manies, ne faisant rien comme tout le monde, voulant toujours se distinguer de tous, donnant à deviner comment il venait de Paris à Passy chez M. de la Popelinière, ^ans monter en voiture, ni en barque, ni à cheval, ni sur un âne, sans marcher, sans nager : — en s’accrochant à un bateau qui le remorquait \ — voilà l’original.
Soyons juste pourtant pour cette originalité de La Tour. Elle se sauve, s’excuse et s’ennoblit chez lui par l’élévation de l’âme, la personnalité du caractère, la hauteur des aspirations de l’homme et du pèintre, le sentiment qu’il a de la dignité de l’art, les prix qu’il fonde, les charités qu’il répand 2, le grand
chocolat; il me fait grand plaisir d’ apprendre qu’il vous fait du bien; je voudrais qu'il vous fit appeler à présent la jeune mine , quoiqu’on soit jeune tant que Von se porte bien. Je crois que de Veau à jeun est un bon préservatif contre les maladies : elle nettoye l’estomac , lave les reins et prépare une bonne digestion , en s’y accoutumant peu à peu on peut parvenir à deux pintes par jour. Ceux qui suivent mon régime m’appeJJ ' ! leur sauveur. L'intérêt que je prens à votre santé me fait jouer icy le rôle de médecin d'eau douce; on n'est jamais aussi sûr des autres remèdes que de celuy-là : c’étoit l’axiome de M. Cocchi de Florence.
« J’ay l'honneur d’être , mon cher monsieur , avec la franchise et la cordialité d’un Picard ,
Votre très humble et trè^ obéissant serviteur ,
« De La Tour.
« Aux galeries du Louvre , le 24 avril 1774. «