‹ L'art du XVIIIme siecleChapitre 46 sur 62 · Le Salon de 1769, par Diderot · texte numérisé non relu

Le Salon de 1769, par Diderot

LA TOUR

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voit se succéder les ouvrages qu’il se propose de rendre, et qui semblent passer de son âme sur son front, et de son front sur la terre ou sur la toile. Il n’imite point les gestes du furieux ; il n’a point le sourcil relevé de l’homme qui dédaigne, le regard de la femme qui s’attendrit, il ne s’extasie point, il ne sourit pas à son travail, il reste froid1. »

Diderot écrit cela en 1767, c’est-à-dire à cette heure même du refroidissement de La Tour. Le peintre qu’il nous montre, c’est le sexagénaire au soir de son talent. L’apogée de force et de puissance de La Tour est autour de cette année 1742, l’année du pastel de l’abbé Hubert. Depuis longtemps, le coloriste s’alourdit. On lui reproche des tons briquetés qu’il n’avait pas à ses premières expositions2, et un travail d’estompage qui fatigue ses pastels. Le portrait de madame de Pompadour n’a pas répondu à tout ce qu’on en attendait. Et en effet ce morceau capital et populaire de La Tour est loin de valoir, comme exécution, ses premières productions : la figure delà favorite est plate, sèche, découpée; son teint ne vit pas; tout le pastel est pâteux, farineux, pelucheux, écorché, relevé de lumières dures et criardes comme dans les ors de la console. L’harmonie aimée de La Tour, et dont il fait presque toujours le fond de ses portraits et de ses préparations même, l’harmonie bleuâtre, rappelée partout dans ce grand tableau, y prend je ne sais quel affadisse-

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