‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 104 sur 179 · ISRAËL SILVESTRE · texte numérisé non relu

ISRAËL SILVESTRE

Israël Silvestre j né à Nancy en 1621, était fils d’un; peintre qui lui donna les premières notions du dessin. Mais ayant perdu son père fort jeune, il fut envoyé à Paris chez son oncle Israël Henriet, qui était un ami de Callot. Ce fut en faisant des dessins à la plume d’après Callot, qu’il développa peu à peu son goût; mais, ne voulant pas être un simple copiste, il se mit bientôt à travailler d’après nature

aux environs de Paris. Ensuite il alla visiter l’Italie, où il resta assez longtemps , et parcourut également plusieurs provinces de France.

Partout où Israël Sylvestre a passé, il a fait des petits dessins d’une étonnante précision qu’il gravait ensuite quand il était rentré chez lui. Ses estampes, exécutées avec beaucoup de charme et d’esprit, forment dans leur ensemble le plus curieux album de voyage qu’on ait sur le xvne siècle. On peut, en quelque sorte, suivre l’artiste pas à pas dans les contrées qu’il a parcourues, et l’extrême fidélité de ses représentations permet de reconstituer une foule d’édiüces disparus ou transformés depuis cette époque.

En Italie, il a fait un assez grand nombre de vues de Rome,

Fig. 189. — Vue de Rome, d’après une gravure d’Israël Sylvestre.

entre autres une série célèbre qui contient douze pièces. Outre les vues d’ensemble, il a gravé des jardins, des fontaines, des ruines, des monuments de tout genre, non-seulement à Rome, mais encore à Naples et dans toutes les parties de l’Italie. On peut s’en faire une idée d’après la jolie église de Loreto que nous reproduisons.

« Le roi de France, dit Mariette, connaissant sa capacité, le choisit pour dessiner et graver les vues de toutes les maisons royales, celles des places conquises par Sa Majesté, et plusieurs autres ouvrages qui sont présentement dans son cabinet. Ces ouvrages considérables lui méritèrent l’honneur de montrer à dessiner à monseigneur le Dau-

phin, ce qui fut suivi de pensions considérables et d’un logement dans le Louvre. »

La transformation de nos campagnes, sous le rapport pittoresque, est très-curieuse à étudier dans les anciennes estampes et particulièrement dans celles d’Israël Sylvestre. Voici, par exemple, une vue de Saint-Cloud, prise du coteau de Bellevue qui était alors couvert de champs et de pâturages. Plus d’un promeneur du dimanche ne s’y reconnaîtrait pas.

Le changement est encore plus grand si nous nous transportons à Charenton. Le grand pont monumental qu’on voit du chemin de fer indique assurément les progrès de la civilisation, mais combien le

Fig. 191. — Gravure d’Israël Sylvestre.

vieux pont de Charenton était plus pittoresque, avec ses moulins délabrés dont les poutres vermoulues plongeaient dans l’eau. Le paysage accidenté comme l’ont compris les artistes du xvnc siècle ne se trouve plus guère aujourd’hui dans la nature, et c’est pour cela que les paysagistes modernes, n’étant plus frappés par les sites piquants et animés que les anciens aimaient tant, s’attachent davantage à la couleur et à l’effet.

« Israël Sylvestre, dit M. Duplessis1, a une pointe pittoresque qui rend, avec une exactitude agréable et nullement aride, nombre de châteaux royaux et de maisons particulières; le dessin de ses

Page 1