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FRANÇAIS

Louis-François Français est né à Plombières en 1814. Il s’était d’abord destiné aux mathématiques, mais ayant été obligé d’interrompre ses études, il vint à Paris et y trouva une place de commis libraire.. Au bout de plusieurs années, il parvint à vivre avec ses dessins, en illustrant des livres pour les éditions de luxe et se fit bientôt un nom dans la lithographie.

Elève de Corot et Gigoux pour la peinture , il ne commença pourtant à faire des tableaux qu’après avoir déjà fait sa réputation comme lithographe et dessinateur d’illustrations. En 1847, ^ exposa son premier paysage, une Chanson sous les saules , et dès lors il commença cette série de tableaux sur les environs de Paris qui eurent tant de succès. Son ami Baron avait placé des figures dans la Chanson sous

Dante. — 1861. La Jeunesse de V Arétin (fête vénitienne). — 1863. La Aluse de Béranger (au musée de Toulon); Episode des premières guerres ; Danse antique. — 1864. La Leçon d’anatomie ; la Grève. — 1865. L'Elégie ; Charles le Téméraire (ce tableau est maintenant au musée de Nancy). — 1866. Femmes de Pile de Bat attendant la barque de passage.

- 1867. La V anneuse; le Nid. — 1868. Un Naufrage 5 le Poison. — 1869. Vanneuse de Cancale; la Jroie lactée. — 1870. Mélancolie ; l'Enfance du marin. — 1872. Le Printemps.

1873. Cancalaise à la source; Retour du marché. — 1874. Les Pêcheurs d’huîtres ; Dans la rosée. — 1 87 5 . Général Billot ; Demoiselles JV , , . ; AI. de Ponsleroy.

Fig. 234. — Environs de Cannes, dessin de Français

les saules ; Meissonier voulut animer le tableau du Parc de Saint-Cloud et y plaça des personnages microscopiques qui étaient ravissants de tournure et dans une harmonie parfaite avec le paysage.

Toutes les parties de la France ont été explorées par Français : nous sommes tour à tour dans le Jura et toutes les splendeurs de la montagne se déroulent devant nous, ou bien en Bretagne devant un vieux moulin. Puis nous revenons aux riants coteaux de Bougival,

Fig. 235. — Les Laveuses, par Français.

ou sur les rives de ce petit ruisseau de Cernay, dont les roseaux se courbent si gracieusement sous l’effort de l’eau courante. Devant les motifs si simples et si charmants que l’artiste trouve aux environs de Paris, on sent que la beauté de la campagne est multiple dans ses manifestations et que lcvéritable artiste sait traduire devant la nature les impressions les plus diverses.

A ous pouvez suivre l’artiste en Normandie, en Bretagne, il vous promènera le long des ruisseaux ombreux, des prairies verdoyantes

Fig. 2 3C. — Etude de plantes par Français.

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ou des grèves battues par la vague. Préférez-vous le Midi, il va traduire pour vous les vieux pins de la Provence et les rives pittoresques de la Méditerranée.

Le talent de M. Français est élégant, correct, exact et surtout parfaitement pondéré. Si la réputation du peintre a grandi sans tapage, sans luttes passionnées autour d’elle, en revanche elle s’est toujours tenue au-dessus des caprices de la mode et a été acceptée sans conteste par les doctrines les plus opposées. Il y a des artistes qui joignent à des qualités réelles des défauts tellement choquants que leur nom seul provoque des luttes bruyantes, et par cela même qu’ils ont des détracteurs violents, ils ont aussi des défenseurs fanatiques. Ces succès à grand orchestre ont à nos yeux de graves inconvénients : dans le

temps présent, on ne sait jamais au juste si le bruit qu’ils font est de bien bon aloi, et si en dehors des énormités qui blessent le bon sens, on y trouverait une valeur suffisante pour justifier ces acclamations. Lorsqu’on étudie l’histoire de l’art dans le passé, on est frappé de

Fig- 237- — Souvenir des environs de Home, dessin de Français.

voir combien le silence se fait vite autour d’œuvres dont l’apparition avait été saluée avec fracas et qui, bien qu’absolument oubliées depuis,

Fig. 238. — Souvenir d’Italie, dessin de Français.

n’étaient pas dépourvues de valeur. Au contraire, quand nous parcourons nos musées, nous constatons que les œuvres des maîtres présentent rarement ces inégalités et ces bizarreries que la génération militante accepte avec tant d’indulgence.

Quoique ses tableaux soient toujours harmonieux, Français est plus préoccupé de la forme que de la couleur. On voit, d’après les études consciencieuses qu’il a faites d’après des plantes, avec quelle

Fig. 23p. — Dessin d’après nature, par Français.

sincérité il poursuit un contour, avec quel amour il traduit la physionomie particulière des feuillages.

C’est aux environs de Paris qu’il a puisé ses premières impres-

sions de jeunesse, et les coteaux de Bougival ont été pendant longtemps l’unique but de ses excursions. On racontait en plaisantant comment l’idée lui était venue d’aller en Italie. 11 avait fait une vue du plateau

Fig. 240. — Dessin d’après nature, par Français.

de Marly, où l’on voyait les dernières lueurs du couchant apparaître derrière les arcades cintrées de l’aqueduc. Un amateur lit 1 acquisition de ce tableau qu’il prit pour un site d’Italie, et demanda à l’artiste un

pendant, parce qu'il était le seul peintre, disait-il, qui ait su jusqu’à ce jour rendre la campagne de Rome. C’est alors que Français serait parti. L’anecdote est sans doute apocryphe, mais elle n’a rien d’impossible. En tout cas, la nature italienne plut singulièrement à notre peintre.

M. Français a fait de nombreuses études en Italie et surtout dans

la campagne de Rome. Cette contrée, qui forme une partie de l’ancien Latium, a toujours été le pays de prédilection des artistes. C’est une plaine ondulée, entrecoupée de ravins profonds et de collines abruptes, inculte et sillonnée de flaques d’eau. Les montagnes lointaines de la Sabine, les coteaux rocheux ou boisés qui environnent le lac d’Albano, les silhouettes nettement découpées de villages admirablement placés, et les souvenirs toujours vivants du passé, donnent au pays une physionomie grandiose que Français a parfois rendue avec un rare bonheur; il aime à représenter, au milieu de l’immensité nue de la campagne romaine, ces gigantesques aqueducs que le vieux monde avait élevés comme un défi aux âges futurs et qui profilent sur le ciel leur contour si simple et si pittoresque à la fois. Les grands bœufs qui parcourent silencieusement la plaine animent la campagne sans rien lui ôter de son aspect grandiose et solitaire.

Il y a près d’Albano un lieu cher aux peintres par ses arbres séculaires et ses ombrages frais et profonds : c’est le parc de l’Ariccia, qui, par suite d’une disposition testamentaire, n’est pas entretenu et présente une végétation libre et luxuriante. Les chênes verts de l’Ariccia, les bosquets verdoyants du parc, et jusqu’à l’escalier dégradé qui y conduit, ont fourni à M. Français de ravissants motifs. Souvent aussi il a peint les villas de Frascati; ici, au contraire, tout est entretenu, et le mouvement des chutes d’eau dans leurs bassins encadrés de grands arbres rappelle notre parc de Saint-Cloud, dont la disposition est imitée des jardins italiens de la Renaissance.

M. Français travaillait dans les villas de Frascati, à côté d’un artiste bien connu par sa rigidité comme dessinateur, M. Benouville. Les deux amis se faisaient entre eux des paris, s’engageant à payer une amende à la communauté si l’un d’eux trouvait l’autre en défaut devant la nature; on comprend si l’exactitude des dessins était vérifiée minutieusement par chacun des adversaires ! C’est cette exactitude qui fait le charme des dessins de M. Français, et chaque silhouette, chaque

le bois sacré, tableau de français,

branche, chaque détail est rendu avec la sincérité et l’accent personnel d’un portrait.

Les environs du lac Némi, qui tantôt apparaît encaissé dans ses coteaux pittoresques, tantôt s’efface en partie derrière la végétation qui le borde, la fontaine de Grotta-Ferrata, qu’ombragent des arbres séculaires, les aspects grandioses des marais Pontins, les chênes verts de Capri et les beaux bouquets de pins en parasol bien connus des touristes, montrent tour à tour les aspects si variés de l’Italie centrale et méridionale.

Français a’ un avantage sur la plupart de ses confrères paysa-

l'ig. 2^1. — Souvenir d’Algérie, par Français

gistes. Il dessine la figure et très-bien. Ses petits Italiens au crayon ont une tournure ravissante, et on sent que, s’il ne donne pas plus d’importance aux personnages qui animent ses tableaux, ce n’est pas par impuissance, mais c’est seulement à cause de la fascination que la campagne exerce sur lui.

Français n’a pas seulement exploré la France et bltalie. Il a été en Suisse et en a rapporté des toiles d’un caractère vraiment grandiose ; en Algérie, où il a trouvé des maisons blanchies à la chaux et per-

dues dans une gorge dénudée. Partout il a travaillé d’après nature et partout il a su y puiser des accents de sincérité et des notes vivantes et pittoresques.

Ce qui caractérise les ouvrages de Français, c’est l’équilibre des qualités qui constituent son talent et dont aucune ne se trouve en lutte avec le défaut contraire. Dans ses études faites d’après nature, on est avant tout frappé de la conscience avec laquelle l’artiste a cherché à traduire les impressions diverses qu’il a reçues dans des contrées différentes. La campagne de Rome, ou les environs de Paris, les côtes de la Bretagne, ou les cascades de la Suisse sont tour à tour analysés et rendus avec l’exactitude rigoureuse d’un portrait : chaque localité garde son allure personnelle, et l’artiste semble s’ètre effacé lui-même pour mieux s’identifier avec la nature qu’il s’efforcait de représenter.

La mythologie tourmente quelquefois notre artiste, et il faut convenir que peu de peintres sont doués comme lui du sentiment antique. Son Bois sacré est une toile ravissante d’élégance et de distinction. Théocrite n’a rien rêvé de plus poétique et de plus vrai en même temps. Si nous voyons ici les dernières lueurs du soleil couchant, le croissant de la lune va se montrer derrière Orphée, tandis qu’au loin le chœur des jeunes filles viennent déposer des fleurs sur la tombe d'Eurydice.

C’est aussi une charmante toile que le Daphnis et Chloé du Salon de 1872. Daphnis vient de lancer sa ligne sans lâcher Chloé, qu’il tient embrassée. Tout autour, une masse profonde et ombreuse de chênes, une prairie verdoyante d’où s’échappent les liserons et les digitales, et de l’eau qui clapote doucement pour égayer ce printemps déjà si frais et si riant.

Enfin, Français aborde en ce moment la peinture religieuse, et nous verrons bientôt comment il entend le paysage biblique.

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