ROLLAND
Auguste Rolland est né à Metz en 1797. Il fit ses études à Paris au lycée Napoléon, et en 1814 il quitta le collège pour concourir à la défense du pays. Pendant longtemps Rolland se contenta de faire de la peinture en amateur; les pastels de Maréchal lui
révélèrent sa vocation et il avait trente-huit ans quand son nom figura pour la première fois sur un livret d’exposition.
Malgré les succès qu’il avait obtenus dans ses rares apparitions aux Salons de Paris, cet artiste, ami de la retraite et de la vie méditative, semble s’être assez peu soucié du bruit qui aurait pu se faire autour de son nom, s’il avait eu un tempérament plus militant. Vivant dans sa province qu’il n’aurait quittée qu’à contre-cœur. Rolland aimait la peinture pour elle-même; ceux qui ont vécu dans le pays messin ont seuls pu apprécier la sincérité de ses recherches et la valeur
Fig. 258. — Paysage, par Rolland.
de ses efforts. Ses amis ont réuni, après sa mort, un recueil de lithographies d’après ses œuvres qui ont eu pour interprètes Français, J. Laurens, E. Leroux, Mouilleron et Bodmer : cet album n’a jamais été mis en vente.
Pour apprécier comme il convient les œuvres de Rolland, nous laisserons parler Maréchal de Metz, qui, dans un remarquable discours1 sur les œuvres de Rolland, caractérise ainsi le talent de l’artiste
1. Ce discours a été reproduit dans les Alémoires de l’Académie impériale de Afetj.
messin : « Ses tableaux attirent d’abord par leur signification et leur aspect; qu’ils aient pour sujets de grandes masses ou de simples détails, des accidents de terrain, des forêts, des troupeaux, ou seulement un arbre, une flaque d’eau, un animal isolé, c’est par l’effet qu’ils s’imposent, par l’ensemble qu’ils se font admirer. Les forêts ont bien leur nature et leur état, les troupeaux, leur physionomie et leur
Fig. 259. — Les Roseaux de Bouligny, tableau de Rolland.
action; l’arbre a son port, la bête a son allure, tout est distinct, expressif et saillant. Ce qui ne manque jamais dans les ouvrages de Rolland, c’est l’accord harmonieux des analogues, l’entente des convenances locales, qui donne à chaque animal son entourage naturel : aux lourds et placides bestiaux, les champs ouverts, les clairières paisibles, les marécages plantureux; aux sangliers abrupts, la ramure anguleuse
des chênes, la fange des bauges, la trame épineuse des fourrés ; aux hérons élégants et soupçonneux, les rives silencieuses, les eaux immobiles des étangs, les tiges élancées et les feuilles tremblantes des roseaux. »