‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 150 sur 179 · SELLIER · texte numérisé non relu

SELLIER

Charles Sellier, né à Nancy en i83o, vint de bonne heure à Paris et devint élève de Léon Cognet. Il suivit assidûment les cours de l’École des Beaux-Arts et obtint le grand prix de Rome en 1857. Il se fit remarquer au Salon par un grand tableau qui est aujourd’hui au musée de Nancy, le Lévite d’Êphraïm. La composition était bien comprise : cheminant sur un étroit sentier, à travers les montagnes abruptes, le lévite conduit son mulet qui porte le corps mutilé de sa femme. Son geste exprime les imprécations qu’il lance contre la ville coupable ; le caractère grandiose et sévère du paysage contribue puissamment à l’impression de la scène.

Sellier a adopté depuis ce temps un genre réaliste et représente plus volontiers des scènes de la vie intime qu’il éclaire presque toujours par un effet de lumière artificielle. Très-populaire en Lorraine, cet artiste paraît un peu effacé à nos expositions de Paris et on attend de lui une œuvre importante pour réaliser les espérances brillantes que son début avait fait concevoir.

STUREL

Sturel (Mme), née Marie-Octavie Paigné, née à Metz en 1819, est élève de notre grand pastelliste, Maréchal. Elle avait commencé par faire de la figure, mais ensuite elle s’adonna complètement à la peinture de fleurs, genre dans lequel elle a acquis de la célébrité. Ses roses trémières, ses branches d’églantier, ses pivoines, ont un éclat surprenant qu’on est étonné de trouver dans un pastel.

Delécluze écrivait en 1 853, dans le Journal des Débats : « Les honneurs du Salon, cette année, reviennent à deux femmes, Mlle Rosa Bonheur et Mme Sturel-Paigné. » Le brillant succès qu’elle avait à Metz venait de recevoir la consécration officielle du Salon et l’artiste avait conquis déjà une place éminente parmi nos peintres de fleurs, lorsqu’elle s’est éteinte en 1854. La ville de Metz ne possédant aucun ouvrage d’elle, la commission du musée chargea le maire de communiquer à son mari l’intention où elle était de faire l’acquisition d’une de ses œuvres. M. Sturel s’empressa de céder le tableau qu’on lui demandait, mais il ne voulut pas toucher la somme convenue, qui fut consacrée par lui à fonder un prix pour l’école de dessin.

SWEBACH

Jacques Swebach, né à Metz en 1769, est un peu oublié aujourd’hui, mais il a eu, sous le premier Empire et la Restauration, une très-grande réputation pour ses cavalcades et ses petites scènes militaires. Il a visité la Russie et a même été quelque temps directeur de la fabrique impériale de porcelaine dans ce pays. Swebach est un dessinateur spirituel, mais sa peinture, sèche et lisse, manque, en général, de chaleur et d’accent. Le musée de Montpellier possède le tableau le plus important qu’il ait fait. Il représente l’impératrice Joséphine, montée sur un cheval blanc, dans une promenade sillonnée de calèches et de cavaliers. Le site paraît pris au pied du coteau de Marly, dans le voisinage de la Malmaison. C’est en effet pour cette résidence que le tableau avait été commandé en 1800.

Voici ce qu’écrivait M. Thiers, alors critique d’art au Constitutionnel \ à propos d’un tableau de Swebach exposé en 1822 : « Arrêtons-nous sur ces charmants voyageurs de M. Swebach; on n’est ni plus spirituel, ni plus sec de touche, ni plus léger, ni plus gris dans les fonds. Que le pinceau de M. Swebach devienne plus moelleux, ses fonds moins gris, et personne ne sera au-dessus de lui dans le genre qu’il a choisi, car personne n’anime de tant de vivacité des figures plus variées. » Swebach est mort en 1823.

TRAYER

Jean-Baptiste Trayer1, né en 1824, appartient à une famille lorraine. Son père, paysagiste établi à Metz, lui donna les premières notions de dessin et de peinture. Il vint ensuite à Paris, mais

Fig. 260. — La Famille, tableau de Trayer.

ne voulut pas suivre l’enseignement de l’École des Beaux-Arts. Il fréquenta quelques écoles libres, notamment l’Académie de Suisse. Trayer n’eut donc pas, dans sa jeunesse, les succès dont les

1. SeS principaux ouvrages sont: — 1846. Scène d'intérieur. — 1847. La Dernière Grappe; le Panier vide. — 1848. Le Dernier Regard. — 1850 Shakespeare dans la taverne de la Couronne. — 1852. Léonard de Vinci au milieu de ses élèves. — 1853. Jeunes Pilles cousant ; la Liseuse ; la Leçon de broderie. — 1855. Atelier de couture ; une Mère; le Bain de pieds; Excès de travail. — 1857. Les Deux Parts; la Retenue; Intérieur d'un marché aux grains. — 1859. La Famille; Sérénité. — 1861. Un Examen; le Point de tapisserie;

écoliers sont souvent si vains. Décidé, dès l’origine, à faire des tableaux de petite dimension, il n’aspira jamais au titre de peintre d’histoire.

Il s’est fait connaître par des sujets anecdotiques ; son Shakespeare dans la taverne de la Couronne et son Léonard de Vinci au milieu de ses élèves furent fort remarqués au Salon. Néanmoins l’artiste n’avait pas encore trouvé la voie qu’il devait suivre avec tant de succès. L’ Atelier de couture, du Salon de 1 85 5 , fut particulièrement remarqué; toutes ces jeunes filles travaillant en silence formaient un ensemble charmant. L’artiste a reproduit plusieurs fois, et toujours avec le même bonheur, des scènes du même genre.

Esprit observateur plutôt qu’homme d’imagination, Trayer traduit ce qu’il a vu, plus volontiers qu’il n’invente ; mais il voit juste, et sans aucun parti pris d’école. La nature des sujets qu’il traite habituellement pourrait le faire ranger parmi les réalistes, mais l’extrême distinction de son goût, son horreur de ce qui est laid ou trivial, lui assignent une place à part parmi les artistes contemporains.

VALÉRIO

Théodore Valério, né à Herserange (Meurthe-et-Moselle), bien connu par ses belles aquarelles ethnographiques, a eu le rare mérite de nous révéler une contrée inconnue et étrangement pittoresque. 11 ne s’est pas adressé pour cela au nouveau monde ou à l’Asie centrale, mais il s’est enfoncé dans les monts Carpathes et dans les plaines marécageuses du Danube. Là habitent des races dont l’origine est ignorée et dont le type, à la fois élégant et sauvage, est bien fait pour passionner un artiste. La Hongrie, la Transylvanie, la Moldo-

Anxiété; la. Prière. — 1863. Jardin public ; Premiers Sourires ; la Becquée. — 1864. Les Cueilleuses de moules du Pollet , à Dieppe. — 1865. Intérieur dans la Haute-Savoie ; les Jumeaux. — 1866. Marchande de crêpes; Gardeuse d’enfants. — 1867. Molière fait la lecture du Misanthrope. — 1868. L’ Alphabet . — 1869. École de filles de Ravenoville ; les Deux Sœurs. — 1870. Une Sœur de Bon-Secours de Troyes ; le Livre d’images. — 1 873 . Le Ruban neuf ; Un peu de soleil. — 1874. Couturières.

Valachie et la Bohême ont été explorées par Valério, qui en a reproduit les mœurs et la physionomie avec l’exactitude d’un naturaliste. Chaque personnage est un portrait et on devine en quelque sorte le caractère et les habitudes de l’individu représenté.

Les belles aquarelles que Valério a rapportées des différentes

Fijj. 261. — Musiciens tsiganes, tableau de Valério,

parties de la monarchie autrichienne ont figuré à l’Exposition universelle de 1 85 5 . « Sans négliger les races sédentaires, disait alors Théophile Gautier, M. Valério a étudié avec amour les populations tsiganes des Carpathes et de la plaine. En effet, rien ne peut séduire

davantage un peintre que cette race bizarre et mystérieuse apparue en Europe vers le commencement du xvc siècle et ne se rattachant à aucune souche. Faut-il y voir la descendance de quelque tribu paria de l’Inde, poussée loin de sa patrie par cet irrésistible instinct de migration qui saisit les peuples comme les oiseaux à certaines époques climatériques, ou peut-être fuyant le mé.pris et l’oppression des castes supérieures ? Viendrait-elle d’Égypte, comme on le croyait vulgaire-

Fig. 262. — Tsiganes valaques de la Transylvanie.

ment au moyen âge? C’est ce que la science n’a pu encore décider, quoique des hypothèses plus ou moins ingénieuses aient été soutenues en divers sens. — Aucune civilisation n’a pu résorber ces hordes nomades qui flottent sur l’Europe comme une écume. — Comme les

Bédouins, les Tsiganes de tout pays ont horreur des villes et semblent étouffer dans les maisons de pierre. Ils campent sous les toiles de leurs chariots ou se terrent dans les trous, sous quelque touffe de broussaille, toujours à l’extrémité du village, au bout de quelque faubourg désert. M. Valério a reproduit à merveille ces visages de bistre au nez busqué, que trouent comme des jets de flamme, des regards d’une clarté et d’une fixité inquiétantes, et autour desquels se tordent en fines annelures d’étroites mèches d’un noir de jais, rebelles au peigne et au fer; ces cols et ces poitrines d’un brun violâtre, qui semblent avoir été brûlés par le soleil caustique de l’Inde et en garder l’empreinte indélébile. Quels tons fauves, rances, déteints et rompus il a su trouver pour ces squalides défroques, où pointe cependant à travers la misère une velléité de coquetterie sauvage ! »

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