YVON
dolphe Yvon1 est né à Eschwiller (Moselle) en 1817. Après
A. avoir fini ses classes, il entra dans l’administration des eaux et forêts, qu’il quitta bientôt, contrairement au vœu de ses parents, pour venir à Paris se mettre sous la direction de Paul Delaroche, qui lui conseilla de ne pas concourir pour Rome. En 1843, il fit un voyage en Russie et en rapporta une série de dessins qui figurèrent au Salon pendant les années 1847 et 1848, et furent remarqués par leur allure franchement pittoresque.
La Bataille de Koulikojvo, exposée en i85o, posa l’artiste comme peintre d’histoire; en 1 855, il établit définitivement sa réputation avec son Maréchal Ney à la retraite de Russie, qui est à notre avis son plus beau tableau. L’action est très-nettement exprimée, et il y a un
1. Ses principaux ouvrages sont : 1842. Portrait. — 1844. Portrait d’un général. — 1846. Le Remords de Judas. — 1850. La Bataille de Koulikowo. — 1852. Un Ange déchu. — 1853. Le Premier Consul descendant les Alpes. — 1855. Le Maréchal Ney soutenant V arri'ere-garde en Russie; Dessins du Dante. — 1 857. La Prise de la tour Malakoff. — 1859. La Gorge de Malakoff ; la Courtine de Malakoff. — 1861. Bataille de Solferino. — 1863. Magenta; Evacuation des blessés après Solferino. — 1864. Portraits.
véritable sentiment dramatique dans l’ensemble. La neige couvre la plaine, où la colonne française ondoie comme un serpent. Des cosaques, montés sur leurs petits chevaux, harcèlent nos soldats, qui, vêtus de guenilles et dans un effroyable état de délabrement, gardent au milieu d’eux leur drapeau comme une relique. Le maréchal Ney, qui les commande, a pris en main un fusil et fait lui-même le coup de feu. La route est jonchée de cadavres et encombrée de voitures brisées. Un village qui brûle au fond et les teintes rouges qui éclairent le ciel ajoutent encore à la sinistre impression de l’aspect.
La même année, Yvon exposait les dessins de V Enfer du Dante , qui sont maintenant au musée du Havre. « Nous aimons beaucoup, écrivait Théophile Gautier en 1 85 5, les dessins au fusain de M. Yvon, représentant les Sept Péchés capitaux punis par les supplices de l’enfer dantesque ; c’est une suite de beaux motifs pour l’artiste épris des tournures grandioses et des musculatures de Michel- Ange, que ces damnés, tordus dans toutes les postures, avec leurs raccourcis et leurs détails anatomiques. M. Yvon en a tiré parti en maître. » Ces dessins ont été popularisés par les belles lithographies de M. Jacott.
Yvon a été, en quelque sorte, le peintre officiel des batailles du second Empire. Le musée de Versailles renferme des toiles d’une dimension immense, qui retracent les principaux événements des guerres de Crimée et d’Italie. Outre ses grandes batailles, Yvon a souvent peint des scènes pittoresques tirées des épisodes militaires : ses Blessés de Solferino, que ramène un chariot traîné par des bœufs, est une composition charmante et pleine d’animation.
M. Yvon figurait souvent parmi les invités de Compiègne. Un jour qu’il faisait une pluie battante, le peintre étant resté dans sa chambre, fit une aquarelle de circonstance. Elle représentait le prince impérial remplissant les fonctions de caporal des grenadiers de la garde qui venaient de lui être conférées. Le petit prince, car il -était alors fort jeune, était placé dans les bras d’un grand et solide caporal et relevait un soldat en faction. L’enfant penchait la tête pour savoir si la consigne était bien observée. Cette composition a été depuis reproduite par la gravure, mais on peut juger du succès qu’elle a dû obtenir à Compiègne au moment où elle venait d’être improvisée par l’artiste.
M. Yvon a complètement échoué, il faut le dire, avec son grand tableau des Etats-Unis d’Amérique. La peinture allégorique repose sur