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BATAILLE DE NANCY

( Musée de Nancy )

Fig. 275. — En vue de Rome, par Luminais (miisie de Nancy).

nouveau. On nous fait espérer que le musée va rouvrir prochainement ses salles au public et aux travailleurs.

Les antiquités forment une partie importante du Musée lorrain. Les objets préhistoriques, tels que haches, silex, etc., ouvrent naturel-

F:g. 177. — Entrée du Musée lorrain (porte du palais ducal à Nancy).

lement la série, mais n’offrent rien qui soit précisément spécial à la localité. Une statue fort grossière mérite néanmoins de fixer l’attention des antiquaires, bien qu’elle se rapporte à une époque relativement

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moins ancienne. Elle représente un guerrier monté sur un cheval lancé au galop et s’apprêtant à frapper un ennemi dont les jambes sont terminées en serpent. Un groupe analogue se voit au musée d’Épinal, et on en a retrouvé de pareils dans diverses parties de la Lorraine.

Le caractère anguipède du personnage terrassé est celui que les anciens avaient adopté pour représenter les géants, fils de la terre, et on en a conclu que les statues trouvées dans les Vosges représentaient Hercule dans la fameuse guerre des géants. Mais dans les monuments antiques de la Grèce et de l’Italie, Hercule n’est jamais représenté à cheval.

Les héros cavaliers sont Castor et Pollux, et ils n’ont pas com¬

battu les géants. Les traditions qui font d’Hercule un cavalier sont donc particulières aux Vosges, et comme les monuments qui le représentent sous cet aspect sont de la plus extrême grossièreté, on peut en conclure qu’elles sont absolument locales.

Les statuettes de Mercure sont fort nombreuses au musée lorrain, et nous avons déjà dit que les images de ce dieu sont extrêmement communes dans les contrées vosgiennes. Les collections particulières, aussi bien que les collections publiques, en sont amplement pourvues : quelques-unes sont très-remarquables au point de

vue de l’art. C’est à ce titre que nous avons fait graver, bien qu’il ne fasse pas partie du musée lorrain, un Petit Mercure en bronze, assis et dans un état bien rare de conservation. Il a été trouvé, il y a peu d’années, à Fraisne-sous-Vaudémont, en Lorraine, et appartient à un amateur de Nancy, M. Laprévote.

Dans un grand nombre d'images trouvées dans la contrée, Mercure est dépourvu d’ailes, ce qui semblerait indiquer qu’il avait perdu son caractère de messager des dieux et était honoré seulement

Fig. 279. — Mercure, statuette eu bronze.

comme la divinité qui préside aux transactions et assure la sécurité des routes.

Les fouilles faites, il y a peu d’années, aux environs de Liverdun ont amené la découverte d’un très-grand nombre d’objets de toilette qui étaient placés dans les sépultures. Comme les Gaulois ne brûlaient pas les morts, l’habitude de les enterrer a toujours prévalu chez eux, même sous la domination romaine. L’usage était de couvrir le défunt des vêtements et des bijoux qu’il avait eus en mourant et de placer près de lui les objets dont il s’était servi

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pendant sa vie. C’est ainsi qu’on a retrouvé dans les tombeaux, des peignes, des colliers, des agrafes.

On a également retrouvé dans divers endroits des vases de terre et même de verre, qui prouvent que l’industrie de la céramique et de la verrerie était pratiquée sous la domination romaine dans la contrée qui est devenue la Lorraine. Le musée renferme un grand nombre d’objets de ce genre, ainsi que des urnes, des monuments funéraires, des fragments d’autel, etc.

Le moyen âge et la Renaissance sont représentés par des pièces intéressantes, entre autres la tombe d’un comte et d’une comtesse de Salm, dont on voit l’effigie sur un cercueil de style ogival décoré de statuettes. Le monument de René de Beauveau et de sa femme, Claude de Baudoche, attribué à Ligier Richier, est un superbe morceau de sculpture. Les ouvrages de la Renaissance sont assez nombreux au musée lorrain qui possède aussi un grand nombre de sculptures en pierre et en bois, de terres cuites et d’objets divers, d’après lesquels on peut suivre la marche de l’art pendant les xvne et xvme siècles. Les ouvrages de Bagard, Guibal, Cyfflé, Adam et autres constituent pour la Lorraine une histoire artistique non interrompue, et il n’est guère de province en France qui possède une collection analogue.

Nous avons réservé pour la fin le morceau capital du musée lorrain : c’est la fameuse tapisserie prise dans la tente de Charles le Téméraire, après la bataille de Nancy. C’est une tapisserie de haute lice, composée de sept pièces d’œuvre, en laine et en soie, et, suivant le catalogue, la plus grande tapisserie à personnages qui existe en France. L’ensemble de la décoration constitue ce qu’on appelait une moralité.

Trois joyeux compagnons : Dîner , Souper et Banquet, désirant se divertir, proposèrent à des voisins de venir festoyer chez chacun d’eux à tour de rôle. Ces voisins étaient : Bonne Compagnie, Passetemps, Accoutumance, Gourmandise, Je boy à vous, Friandise, etc. Bonne Compagnie accepta cette offre obligeante pour elle et les siens, et décida qu’on se réunirait d’abord chez Dîner ; la fois suivante, on devait se rendre à l’hôtel de Souper, et en dernier lieu à celui de Banquet. Il parait que ces deux derniers furent passablement froissés de ce que l’invitation de Dîner avait été acceptée la première, car leur dépit forme le nœud de toute l’intrigue. On les voit sur la tapisserie

Fig. 280. — Poterie gallo-romaine en terre poreuse.

Fig. 281. — Poterie gallo-romaine en terre poreuse.

Fig. 282. — Vase antique en verre.

Fig 283. — Peigne antique.

Fig. 284,. — Chaîne avec des monnaies de Maguence.

Fig. 285. — Bijoux antiques en or et en bronze.

Fig. 28 6.

Boucles d’oreilles.

qui observent par une fenêtre ce qui se passe dans la salle du festin (Fig. 288 ), et une légende placée sur l’estrade des musiciens explique la trahison qu’ils méditent :

Souper et Banquet caultement Vindrent l’assemblée adviser Dont par envie prestement Comprindrent de vengeance user.

Les choses semblent s’être passées convenablement chez Dîner , mais il n’en fut pas du tout de même chez Souper. Le traître avait accueilli fort joyeusement Bonne Compagnie et les autres, mais voilà que pendant le repas il s’échappe sournoisement, et dès qu’il a disparu de la table, des gens envoyés par lui viennent bâtonner ses invités,

Fig. 287. — Tombeau de René de Beauveau attribué à Ligier Richier (musée lorrain).

qui prennent aussitôt la fuite. Cette partie de la tapisserie a malheureusement disparu, et il faut, pour comprendre l’intrigue de cette moralité , se reporter aux descriptions du temps.

Après avoir été rossés chez Souper, les invités arrivèrent chez Banquet, ne se doutant pas de ce qui les attendait. Le misérable avait placé dans un coin de la salle les Maladies, qui sont : Gravelle, Goutte, Colique, etc. Cependant, debout devant la table, en face de Je boy à vous. Banquet semble causer avec Bonne Compagnie, qui est placée entre Accoutumance et Passe-temps. Mais voilà qu’un peu plus loin, on le voit, portant la main à son épée, qui fait le signal convenu aux Maladies, dont quelques-unes sont déjà complètement armées. Au-dessus d’elles on lit :

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Chiere ilz firent joyeusement Y estant Banquet et la route Qui s’armèrent et là proprement Occirent l’assemblée toute.

Malgré la légende, les convives ne furent pas tous occis, puisque quelques-uns reparaissent plus loin, mais il y eut du moins un furieux

Fig. 288. — Tapisserie de Charles le Téméraire (inusée lorrain).

combat. On y voit Banquet, qui tient son épée à deux mains, tandis que Passe-temps cherche à fuir. En même temps, Gourmandise est égorgée par Pleurésie, Je m’étonne est saisi par une Maladie dont le nom est illisible, Friandise est vigoureusement attaquée par Apoplexie , un pauvre jeune homme paraît accablé sous l’étreinte de Fièvre, un autre, qui sans doute personnifie l’ivrognerie, est étendu par terre

sans mouvement. Quant au fou, reconnaissable à son bonnet et à ses longues oreilles, il semble tirer intérieurement ses conclusions de tout cela.

Bonne Compagnie , Accoutumance et Passe-temps , qui par bonheur ont pu échapper au massacre, arrivent, dans un piteux état d’ailleurs, demander justice à Dame Expérience. Celle-ci, assise sur son trône est environnée de ses gens qui sont Secours, Pilule, Remède, Diette, Sobresse (sobriété) et Clistère. Aussitôt qu’elle a entendu la plainte, elle leur ordonne de courir arrêter les coupables; Remède et Pilule s’empressent d’exécuter ses ordres. On voit alors Souper et Banquet comparaître devant le tribunal, demandant merci et miséricorde. Mais Dame Expérience, avec l’impassibilité de la loi, ne veut rien faire sans l’avis de ses conseillers ordinaires placés près d’elle et qui sont Gallien, Ypocras, Arcène et Averroès. Ces savants docteurs décident à l’unanimité que Banquet a mérité d’être pendu, mais ils ne sont pas d’accord sur le châtiment qui doit être infligé à Souper : les uns veulent lui appliquer le même supplice qu’à Banquet, tandis que les autres, alléguant que son crime n’a pas entraîné la mort de ses invités, demandent simplement qu’il ait le poing coupé. Cependant Bonne Compagnie, Passe-temps et Accoutumance invoquent l’indulgence des juges, et Dîner, craignant sans doute d’être insuffisant si on supprime Souper, obtient pour lui « grâce de vie et de membres ».

Mais le tribunal décide que Souper ne pourra désormais approcher de Dîner qu’à une distance d’au moins six heures, et pour l’empêcher de se porter encore à des excès, Sobriété est chargée de lui sceller aux poings de grosses manchettes de plomb, qui, en lui fatiguant les bras, l’empêcheront d’abuser.

Quant à Banquet, il est très-réellement pendu et personne ne songe à intercéder pour lui :

Or Banquet est exécuté,

Les gourmands plus n’en jouiront,

Dîner et Souper fourniront A l’humaine nécessité.

Une autre partie de la tapisserie représente l’histoire d’Esther et Assuérus ; moins curieuse sous le rapport du sujet, elle se recommande néanmoins par son exécution.

Fig. 289. — Tapisserie de Charles le Téméraire (musée lorrain).

Ces tapisseries, qui depuis quatre siècles avaient beaucoup souffert, sont désormais préservées de la destruction et occupent la place d’honneur dans le musée.

L’église des Cordeliers, qui est en quelque sorte une annexe du musée lorrain, a été bâtie à la fin du xve siècle. René II, duc de Lorraine, l’éleva en souvenir d’un vœu qu’il avait fait avant la grande victoire qu’il remporta sur Charles le Téméraire, sous les murs de

lig. 290. — Tombeau de Callot.

Nancy. Avant la Révolution, l’église était richement décorée; mais ses vitraux, ses peintures et une grande partie de ses monuments ont disparu. Bien que sous la Restauration on y ait replacé quelques tombeaux, l’église des Cordeliers, qui a longtemps servi de magasin, présente un aspect triste et nu, mais elle renferme des monuments du plus grand intérêt.

Tombeau de Philippe de Gueldres, par Ligier Richier.

Le tombeau de Jacques Callot est une reproduction très-amoindrie de celui qui existait autrefois dans le cloître et qui fut détruit en 1751 par l’écroulement des bâtiments. Il est aujourd’hui composé d’une pyramide sur lequel un médaillon en demi-relief figure l’image de l’artiste dont on a fait l’éloge en ces termes :

Sur les louanges de Callot,

En vain tu ferais des volumes,

Pour moi, je n’en dirai qu’un mot,

Son burin vaut mieux que nos plumes.

A côté se trouve un monument dû au fameux sculpteur Ligier

Fig. 292. — Monument du duc Léopold.

Richier. C’est le tombeau de Philippe de Gueldres, femme de René II, qui mourut à quatre-vingt-quatre ans, dans le couvent où elle s’était retirée; l’artiste n’a pas reculé devant la décrépitude et les rides de son visage. Elle est couchée sur son tombeau, dans le costume des

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religieuses de son ordre, et à ses pieds, une autre religieuse agenouillée, beaucoup plus petite que la figure principale, porte dans ses mains la couronne ducale. Le sculpteur a suivi le goût de son temps en employant des pierres blanches pour les chairs et des pierres noires pour le vêtement, en sorte que la tête et les mains tranchent sur la couleur sombre de son manteau. Ce contraste n’a rien de choquant et l’ennemi le plus acharné de la sculpture polychrome serait désarmé devant cette grave statue.

Les tombeaux de Henri III, comte de Vaudémont, et d’Isabelle de Lorraine n’ont rien de particulièrement remarquable. Il n’en est pas

Fig. 293. — Autel de la Chapelle ducale à Nancy

de même de celui de René II, dont nous avons donné plus haut la description accompagnée d’une gravure. Le mausolée du cardinal de Vaudémont est une œuvre du sculpteur Drouin, qui l’a représenté agenouillé et dans son costume de prince de l’Église. Ce monument était autrefois accompagné des statues en marbre blanc des quatre grands docteurs de l’Église: saint Augustin, saint Grégoire, saint Léon et saint Jérôme, qui décorent aujourd’hui les chapelles de la cathédrale.

Au pied d’une pyramide en marbre des Vosges, s’élève le buste du duc Léopold (fig. 292). Des deux côtés sont les statues de la Foi et de l’Espérance, par César Bagard. Ce monument a été élevé sous la

Restauration. Charles X donna le marbre, et la ville de Nancy a cédé les deux statues de Bagard, qui étaient autrefois dans l’église Saint-Roch, aujourd’hui détruite.

Au fond de l’église des Cordeliers se trouve la chapelle ducale qui fut commencée en 1608 et terminée en 161 1. Pour y pénétrer, il faut traverser un vestibule où on a placé un monument d’un style très-archaïque. C’est le tombeau de Gérard Ier d’Alsace et de sa femme Hadwige de Habsbourg. Leurs images, curieux échantillon de la sculpture du xne siècle, sont d’une grande barbarie dans l’exécution, mais d’une expression naïve qui n’est pas dépourvue de grandeur. Gérard d’Alsace est le premier duc héréditaire de Lorraine.

La chapelle ducale forme un octogone, percé de cinq fenêtres décorées de vitraux violets. Dans les vides que laissent entre elles seize colonnes de marbre noir avec chapiteaux blancs de l’ordre composite sont rangés les tombeaux de sept ducs de Lorraine. Au milieu de la chapelle s’élève un autel en marbre surmonté d’une statue de la Vierge, placée entre deux anges en adoration. Le devant de l’autel est décoré d’un bas-relief remarquable représentant le Christ mort et qu’on attribue au sculpteur lorrain Chassel.

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