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SAINT-NICOLAS-DU-PORT

a ville de Saint-Nicolas-du-Port doit son origine à une relique. En

JL/ 1087, un seigneur fit don à une petite chapelle qui se trouvait en ce lieu d’un doigt de saint Nicolas, et la pieuse relique n’a cessé, depuis ce temps, d’attirer des pèlerins.

Pendant la croisade, un chevalier, prisonnier en Palestine et gémissant au fond d’un cachot infect, fit un vœu à saint Nicolas, et se trouva aussitôt transporté miraculeusement en Lorraine devant la chapelle du saint. Il n’est pas étonnant qu’une pareille chapelle, transformée bien vite en une vaste église, ait attiré une grande quantité de pèlerins, et l’an 1602, pendant le jubilé ordonné par Innocent IX, il en vint jusqu’à deux cent mille.

NANCY

L’église de Saint-Nicolas-du-Port, terminée en 1544, appartient au style ogival flamboyant. Les statues, qui décoraient le portail, ont été enlevées pendant la Révolution, mais l’église a subi une perte plus regrettable encore par la destruction de la pièce d’orfèvrerie qui renfermait la relique. Cette pièce était enrichie de camées célèbres. Grâce à un dessin fait avant la destruction du reliquaire, la Société d’archéologie lorraine a pu en publier une gravure.

Fig. 294.. — Reliquaire de Saint-Nicolas-du-Port (camée de Vénus).

La relique était contenue dans un bras supporté par un socle en or de forme ovale et décoré de pierres gravées antiques et d’écussons. Les pierres gravées représentaient des sujets mythologiques ou allégoriques ; on en ignorait complètement la signification à l’époque où le reliquaire était exposé à la vénération des fidèles.

Sur une des faces, on voit une Vénus debout, qui est maintenant à la bibliothèque de Paris. Le catalogue des pierres gravées de la Bibliothèque nationale décrit ainsi cette Vénus : « Vénus se regardant dans un miroir. Cette déesse est représentée debout et nue, à l’exception d’une écharpe ou plutôt de sa célèbre ceinture; à ses pieds, un vase sur les bords duquel sont posées deux colombes. Derrière Vénus, une petite colonne sur laquelle la déesse s’appuie. La matière dans ce camée est admirable, elle a de la transparence. La figure et tout le basrelief se détachent en blanc laiteux sur un fond brun foncé, surtout à la gauche du spectateur. Le nez de la Vénus est mutilé, circonstance fâcheuse, parce qu’elle ajoute à la lourdeur de la composition l’aspect d’une figure vulgaire ; une main moderne a enchâssé un rubis dans le miroir. »

L’historien de la Lorraine, Dom Calmet, dit, en parlant du reliquaire de Saint-Nicolas : « Entre les pierres précieuses, dont le bras était orné, on voyait une Vénus fort bien faite, gravée sur une agate que le peuple baisait avec respect, croyant baiser la figure de la sainte Vierge; on la détacha il y a quelques années, et on mit en sa place un saint Nicolas en émail ; la Vénus fut envoyée au roi Louis XIV. »

Ce camée a été enlevé du reliquaire dès qu’on en a compris la signification, mais les autres pierres gravées, mêlées aux armoiries des ducs de Lorraine, ne sont pas moins curieuses par le mélange de christianisme et de mythologie. On voit, sur la même face que la Vénus et directement au-dessus, un buste de Jésus -Christ bénissant, il est placé entre deux petites pierres gravées, dont l’une représente une tète de Bacchus et l’autre l’Amour galopant sur un cheval. Une Bacchante tenant le thyrse, une figure qui paraît être Minerve et d’autres pierres dont le sujet est indéterminé ornent la même face.

Le milieu de l’autre côté était occupé par l’admirable camée d’Hadrien, aujourd’hui à la bibliothèque de Nancy; l’empereur porte les attributs de Jupiter. Hadrien assis, couronné de lauriers, couvert d’un manteau jeté négligemment sur l’épaule gauche, tient dans la main droite une Victoire qui lui présente une couronne, et, dans la main gauche, une corne d’abondance. A ses pieds, un aigle aux ailes déployées tient la foudre et masque tout le bas de la figure. L’aigle et ses attributs sont brunis, ainsi que la chevelure, la couronne et le

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vêtement des figures, dont les carnations sont d’un blanc bleuâtre. La pierre est une superbe agate onyx. Ce beau camée a été gravé dans Y Iconographie de Visconti. Du côté de l’apothéose d’Hadrien, d’autre camées montrent une tête d’Hercule, un cheval ailé, une tête de femme de profil, une centauresse allaitant son enfant, etc. La science des monuments figurés de la mythologie était tout à fait inconnue à nos

Tig. 295. — Reliquaire de Saint-Nicolas-du-Port (camée d'Hadrien).

pères, qui, sans cela, ne les auraient pas employés dans leurs reliquaires; mais il ne faut pas trop se plaindre de cette ignorance à laquelle nous devons la conservation d’œuvres d’art qui auraient été certainement détruites si on en avait compris la signification1.

1. On peut consulter sur le reliquaire de Saint-Nicolas une intéressante étude de M. Bretagne dans les Alémoires de la Société d archéologie lorraine (1873).

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