LEBERT
ebert, un des premiers artistes qui apportèrent dans l'industrie
JL des toiles peintes en Alsace un talent mûri par de fortes études, se destinait d’abord à la gravure en taille-douce. En 1784, il fut appelé par Pierre Dolfus pour être attaché à sa maison en qualité de dessinateur et de graveur d’impression sur étoffes.
L’industrie de toiles peintes était encore très-récente en Alsace,
et on cherchait surtout à imiter les étoffes des Indes par l’impression sur toiles de coton. L’Angleterre était beaucoup plus avancée que nous pour cette fabrication, et trouvait dans ses relations maritimes avec l’Orient de nombreux modèles qui manquaient à notre pays. Un artiste lyonnais, Jean Pillement, fit pour l’industrie des dessins à la mine de plomb rehaussés de pastels, dans un style pseudochinois fortement arrangé au goût de l’époque. Ses modèles, toujours très-habiles d’exécution, souvent gracieux, quelquefois baroques, étaient fort en vogue à l’époque où Lebert arriva en Alsace.
Lebert fit aussi quelques imitations francisées du style chinois, mais, nourri à l’école de Watteau et Boucher, il créa un genre de décor où le paysage et la figure dominaient. L’extrême fécondité de cet artiste et sa facilité à saisir tous les genres lui permirent de faire à la fois des chinoiseries se détachant sur fond blanc et des camées antiques en grisailles, des vases de fleurs, des groupes de fruits, des bosquets, des parcs où l’architecture jouait un rôle important, des petits sujets tirés des Métamorphoses d’Ovide ou des Fables de La Fon-
LE XVIIIe SIÈCLE.
taine, etc. Ces tissus de coton, ainsi décorés et imprimés, étaient employés pour des meubles, pour des tentures, pour des robes, et on vit, au milieu du goût sévère imposé par l’école de David, l’industrie alsacienne conserver le style gracieux et maniéré de l’école précédente. De pareilles oppositions ne sont pas rares dans l’histoire de l’art, mais la rapidité des communications les rend bien difficiles aujourd’hui, et on doit s’attendre à voir un goût uniforme régner désormais sur la plus grande partie de l’Europe.
Lebert a une grande importance dans l’art alsacien ; son fils a été à son tour, pendant près d’un demi-siècle, un des dessinateurs les plus en renom de l’industrie des toiles peintes. Malaine, Gros-Jean, Hirn ont acquis de la réputation dans le même genre de travail. Hirn fit aussi des tableaux de fruits fort estimés et obtint une médaille d’or au Salon de 1812.