‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 29 sur 179 · OMACHT · texte numérisé non relu

OMACHT

mac h t, qui a passé une grande partie de sa vie à Strasbourg et

considérait cette ville comme sa patrie, est originaire d'une famille de la Forèt-Noire. Son père, bon paysan chargé d’une nombreuse famille,' faisait peu de cas du petit garçon qu’il regardait comme un paresseux, et disait à tous ceux qui voulaient l’entendre que cet enfant-là était venu en expiation de ses péchés et était destiné à devenir le fléau de la famille.

Un jour, son père lui confia des bêtes à garder dans un pâturage; l’enfant, qui s’était amusé à tailler dans le bois des petits animaux, laissa échapper des vaches qui allèrent fourrager le champ du voisin. Le père entra dans une fureur facile à comprendre, et prenant les petits morceaux de bois sculptés, comme pièces de conviction, il alla chez le vieux Gassner, alors bourgmestre de la ville impériale de Rothwell, et lui déclara que son maudit enfant causerait la ruine de la lamille par sa paresse et sa bêtise ; étant bien décidé à ne plus le garder à la maison, il demanda au bourgmestre comment il devait s y prendre pour s’en débarrasser, ajoutant que tous ses autres enfants lui donnaient

de la satisfaction, mais que ce petit drôle les gâterait un jour s’il restait parmi eux, et qu’il ne voulait plus lui voir remettre les pieds chez lui.

Gassner laissa le bonhomme exhaler sa bile, puis se mit à examiner les petits objets sculptés que le père avait apportés dans sa poche, et décida que la meilleure chose qu’il y eût à faire était de placer l’enfant comme apprenti chez un sculpteur en bois du voisinage.

Omacht, qui était né en 1760, entra donc à douze ans chez un de ces menuisiers en petit qui, dans la Forêt-Noire comme dans les Alpes, taillent dans le bois des chalets et autres menus objets qui sont une des industries du pays. Il ne tarda pas à s’apercevoir qu’il en savait plus long que son maître, et obtint d’aller finir son apprentissage à Fribourg en Brisgau.

Il fut bientôt en état de gagner sa vie, comme ouvrier sculpteur, mais, l’ambition s’éveillant avec l’âge, il vécut de privations, et dès qu’il eut réalisé de petites économies, il alla se perfectionner chez Melchior, statuaire en réputation qui habitait Frakenthal. Le vieux Gassner, qui n’avait pas oublié son petit protégé, lui commanda pour l’église de Rothwell quelques travaux qui commencèrent la réputation de l’artiste.

Omacht commença alors à faire des bustes, mais comme il fallait gagner le pain de chaque jour, il parcourait le pays, faisant des petites statuettes en albâtre qu’il débitait assez facilement. Ce fut dans un de ses voyages en Suisse qu'il fit la connaissance de Lavater avec lequel il se lia de la plus étroite amitié.

En 1790, Omacht partit pour l’Italie et resta deux ans chez Canova qui faisait le plus grand cas de son talent. Il parcourut ensuite l’Allemagne, travailla, successivement à Munich , à Vienne, à Dresde et à Hambourg, où il exécuta un mausolée qui eut un éclatant succès.

Il revint dans son pays en 1 796 avec une réputation faite et épousa la fille de Gassner. En 1801, il fut chargé d’exécuter le monument du général Desaix à Strasbourg et vint habiter cette ville où il demeura jusqu’à sa mort en i83q.

Les ouvrages d’ Omacht sont assez nombreux ; les principaux sont : un Jugement de Pâris, dans le jardin du palais royal de Munich; — un buste d’Holbein et un buste d’Erwin de Steinbach, au musée de Munich; — une statue de Neptune destinée à un parc des environs de Strasbourg ; ■ — une Vénus et une Flore qui étaient au musée de Strasbourg; — le monument funéraire du publiciste Koch, à Stras-

LE XVIII» SIECLE

bourg; c'est un groupe important où l’on voit un génie ailé et la ville de Strasbourg personnifiée, près de l’autel où est placé le buste; — un buste colossal du préfet dû Bas-Rhin, Marnesia, placé au Casino littéraire de Strasbourg; — un Christ, une statue de la Foi et une de la Charité, dans l’église de Carlsruhe; — une Hébé, dont nous donnons la gravure; — un buste de Raphaël ; — un monument érigé à l’empe¬

reur Rodolphe, à Spire ; — un Martin Luther, à Wissembourg; — les monuments de Hausmann, Oberlin, Emmerich, Blessig, Turckheim; — les Muses, qui décoraient le théâtre de Strasbourg. Ces Muses, au nombre de six, étaient considérées comme le chef-d’œuvre d’Omacht. Elles ont été mutilées par les Allemands en 1870.

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