GUÉRIN
hristophe Guérin ( 1 758- 1 83o) et Jean Guérin (1760-1836) sont
deux frères natifs de Strasbourg. Christophe Guérin fut un graveur distingué. Ses principaux ouvrages sont : l’ Amour désarmé, d’après le Corrége; l'Ange et Tobie, d’après Raphaël; la Danse des muses, d’après Jules Romain, etc. On a un portrait de lui par Drolling père, et lui-même a fait un très- grand nombre de portraits dessinés. Il était conservateur du musée de la ville et y avait réuni de précieux dessins de maîtres et des estampes rares qui furent détruits par les Allemands
en 1870.
Jean Guérin, son frère, est un des plus habiles miniaturistes de l'école française. 11 était venu à Paris dans les années qui précédèrent la révolution. Il se fit connaître assez promptement et fut appelé à la cour pour y peindre le portrait de Louis XVI et celui de Marie- Antoinette.
En 178g, Jean Guérin entreprit, d’après les députés de l’Assemblée nationale, une suite de portraits de forme ovale dont quelques-uns furent gravés à la manière noire. Cette suite fgt interrompue par les événements qui survinrent.
Guérin était très-attaché à la famille royale et paya de sa personne pour la défendre. Poursuivi après le 10 aocit, il se réfugia à Obernai, dans une famille dont il était l’ami. Mais craignant de compromettre ses hôtes, il les quitta furtivement et alla à Strasbourg se livrer au général Desaix, lui déclarant qu’il était poursuivi. Desaix ne voulut pas le livrer au tribunal révolutionnaire, mais lui donna un uniforme et l’enrôla dans son armée.
En 1798, Jean Guérin reparut au Salon avec le portrait de Kléber, son compatriote et son ami. C’est une superbe miniature, maintenant au Louvre.
Guérin a fait successivement plusieurs des généraux de la République, Gouvion- Saint -Cyr, Desaix, Bernadotte, Bonaparte. Ce dernier portrait fait en 1799, montre le général avec les yeux très-
LE XVI I Ie SIECLE.
enfoncés, le visage maigre et les cheveux longs; il a été popularisé par la gravure.
David, qui avait pour Guérin une estime particulière, le chargea de faire le portrait d’une de ses filles au moment où elle allait se marier. Ce portrait et celui de l’empereur, exécuté en 1812, comptent parmi les ouvrages les plus célèbres de l’artiste, qui vécut fort vieux et s’en alla mourir à Obernai, chez les amis qui lui avaient autrefois donné asile.
Gabriel Guérin, fils de Christophe, est né en 1790 et a été élève de Régnault. Il a fait plusieurs tableaux d'histoire, entre autres une Mort de Polynice et un Servius Tullius. Mais il a eu surtout une grande renommée comme professeur, et c’est chez lui que se sont formés la plupart des artistes alsaciens qui ont aujourd’hui de la célébrité.
KARPFF
Je an- Jacques Karpff, dit Casimir, est né à Colmar en 1770. Il vint à Paris en 1790 et fut un des premiers élèves de David; ses camarades lui donnèrent le nom de Casimir, à cause de l’impossibilité où ils étaient de prononcer son véritable nom. Casimir a fait un assez grand nombre de compositions dont le sujet était toujours emprunté a l’antiquité. Ne se sentant pas de grandes dispositions pour la couleur, il se livra exclusivement au dessin ou à la peinture monochrome et devint dans ce genre un excellent portraitiste. Il fut chargé du portrait de l’impératrice Joséphine, et acquit bientôt une très-grande vogue. Après le Salon de 1809, où il avait obtenu parmi les artistes un véritable succès, David lui écrivit : « Je vous le répète et je 1 assurerai à qui ■seut l’entendre, que l’on ne peut pousser plus loin 1 art du dessin. » Cette phrase du grand maître a été gravée sur le tombeau de Casimii, qui mourut en 1829 1.
I. Pour les décails sur cet artiste, on peut consulter la Revue d'Alsace, juillet 1856.