‹ L'art en Alsace-LorraineChapitre 63 sur 179 · H Ü G ELI N · texte numérisé non relu

H Ü G ELI N

Voici un poêlier qui occupe dans l’art de notre époque une position bien plus élevée que celle de beaucoup de peintres d’histoire. La maison Hügelin existe à Strasbourg depuis le xvne siècle. De père en fils on y a fabriqué de la poterie, d’abord de la simple poterie en terre, puis de la faïence ou poterie émaillée en blanc, bleu, brun, puis enfin le poêle en émail plombifère, composé d’oxyde de plomb, d’étain, de sel, de potasse et de sable blanc.

Le grand-père de J. Hügelin, mort en 1792, avait déjà essayé de donner aux poêles en faïence des formes de meubles, comme bahut, commode, secrétaire , et surtout ces vieux meubles à larges tiroirs qu’affectionnaient tant nos grand’mères.

L’art de fabriquer de beaux poêles a été introduit en Alsace par son fils, qui rapporta d’Allemagne des procédés de fabrication inconnus en France, et les transmit à J. Hügelin, dernier représentant d’une longue lignée de céramistes. Théodore Deck et Joseph Hügelin ont travaillé côte à côte dans l’atelier du père, estampant des carreaux de poêle, modelant, dessinant et chantant.

Tandis que Th. Deck parcourait l’Europe et recherchait ensuite

Fig. 86. — Poêle par Hügelin.

avec passion les colorations de l’Orient, J. Hügelin, fidèle aux traditions de sa maison, s’efforcait d’améliorer plutôt que d’innover. Si Deck a trouvé pour ses faïences un bleu turquoise ravissant, Hügelin colore ses poêles avec un vert inimitable, et son coloris atteint le dernier degré de l’intensité fauve. La forme se rattache habituelle-

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ment à la Renaissance, et les figures, comme les ornements, montrent dans leur sobriété un style grandiose et vraiment monumental.

Travailleur infatigable, J. Hügelin, qui a fait toutes les études qu’on demande à un artiste peintre , peint souvent des paysages sous couverte et dans la pâte molle de l’émail, pour les enchâsser ensuite dans d’immenses poêles de salle à manger ou des meubles en vieux chêne. Toujours à la recherche de nouveaux émaux, de nouvelles terres colorées, il reste fidèle à la ville de Strasbourg et laissera à ses compatriotes des œuvres qui leur rappelleront le souvenir de leurs vieux maîtres poèliers du xve et du xvie siècle.

La famille Hügelin est tout entière composée d’artistes. Louis Hugelin, frère du céramiste, est un architecte très-distingué et collaborateur assidu de la Revue d' architecture et des travaux publics.

JUNDT

Gustave Jundt1, né à Strasbourg en i83o, est le petit-fils du fameux orfèvre Kirstein. Il entendit donc parler d’art dès son enfance, et ses aptitudes, qui se manifestèrent de très-bonne heure, ne rencontrèrent aucune opposition dans sa famille. A dix-sept ans, il entrait dans l’atelier de Gabriel Guérin, et deux ans après il venait à Paris se mettre sous la direction de Drolling.

Son goût pourtant ne le portait aucunement vers les études classiques et il ne sut jamais qu’imparfaitement peindre une figure nue.

1. Ses principaux ouvrages sont : 1856. La Fête au village voisin. — 1857. L' Invitation à la noce. — 1861. Le Premier-né ; le Quatuor ; les Paysans surpris par une procession. — 1863. Le Mai ; une Danse au Tyrol; le Départ de la mariée. — 1865. La Noce surprise par la pluie (Musée de Colmar). — 1866. Retour du Concours régional ; Visite au Musée du grand-duc. (Ce tableau, qui faisait partie du Musée de Strasbourg, a été détruit par les Allemands en 1870). — 1867. Parrain et Marraine; Apres Sadowa. — 1868. Mar guérite; Y Heure de l’office. — 1869. Les Iles du Rhin; La Nourrice sous bois. — 1870. Retour de la fête; les Libellules. — 1872. Vive la France! les Internés quittent la Suisse. (La même année, Jundt avait envoyé l’Arbre de Noël } mais ce tableau, dont la pensée était malveillante pour la Prusse, a été retiré, avant l’ouverture, par mesure administrative). — 1873. Le Dimanche matin ; Pendant la noce. — 1874. Le Pardon de sainte Anne; le Retour du Pardon. — 1 875 . La Coupe des cheveux à la foire de la Tour (Auvergne).

En revanche, il composait avec une extrême facilité, et se mit de bonne heure à faire des illustrations. Avec cette organisation, il put suivre quelque temps les cours de TEcole des Beaux-Arts, mais jamais il ne put y obtenir aucun succès. Au reste, cela lui était fort égal, et tandis que ses camarades s’escrimaient à faire une rotule, il s’amusait à faire des tableaux, à son idée et sans s’inquiéter le moins du monde des traditions ou de l’enseignement officiel.

Il a été toute sa vie un indépendant, et ne sait que par ouï dire

Fig. 87. — L’Invitation à la noce, tableau de Jundt.

qu’il existe un prix de Rome. Quand on le verra mettre sa cravate blanche pour faire des visites de candidat au quarante immortels de l’Académie des Beaux-Arts, je connais quelqu’un qui sera terriblement étonné.

Jundt n’a jamais soupçonné que la peinture pût présenter une difficulté quelconque : pour s’en convaincre, il suffit de l’avoir vu peindre une fois. Les métamorphoses et les changements à vue d’une pièce féerique à grand spectacle ne sont rien à côté de celles que subit son tableau en un moment. J’ai connu un paysagiste qui vendait ses petites études à raison de 10 francs pièce. Le brocanteur de tableaux trouvant

qu’il débiterait mieux ses toiles si elles étaient meublées , ajoutait un franc pour chaque bonhomme ou animal qui serait placé dans le paysage. Ah! si Jundt avait été l’ami de ce peintre-là, quel coup de main il aurait pu lui donner !

Il dessine comme on marche, sans avoir l’air d’y penser, et il peint comme on cause, en improvisant toujours. Seulement, il y a des gens qui ont bonne tournure en marchant, bien qu’ils ne s’en préoccupent guère, et il y a des gens qui causent avec un esprit et une verve intarissables, sans y mettre aucune prétention. C’est exactement comme cela que Jundt compose et peint. Ses tableaux sont de piquantes improvisations où la malice déborde, et les gaucheries campagnardes prennent

Fig. 88. — Le Premier-né, tableau de Jundt.

sous sa touche vivante et animée une bonhomie toujours amusante. Vous rappelez- vous son premier tableau exposé : la Fête au village voisin? Ces jeunes garçons qui traversent la route en chantant ne sont assurément pas des personnages bien intéressants en eux-mêmes; mais ils s’amusent de si bon cœur et leur gaieté est si communicative qu’on est tenté de se mettre à chanter comme eux.

Voyez maintenant Y Invitation à la noce (fig. 87), et l’importance que se donnent les garçons d’honneur qui arrivent tout enrubannés dans la maison de la demoiselle invitée. Jundt excelle dans les scènes de ce genre : un de ses meilleurs tableaux, à mon avis, est celui qui a pour

l’art en aï s h f : , » n » a : .

aire le Premier-né (fig. 88). Un enfant vient de naître chez un . • -an du Tyrol. Tandis que la mère est dans son lit, les voisins accourent la féliciter et regardent curieusement l’enfant; le père, un grand maigre qui se tient le menton en souriant d’un air satisfait, a l’air de dire : « C’est moi qui suis l’auteur de ce chef-d’œuvre! »

]j v a s : ntrain charment d*u1$ la Nigc. surprise par la pluie. O u V ■ ■ amies de la mariée,

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*..• r;l- . dans i ;i bî au tout difr. s * d< scène, le' Retour de la fête. Ici, il n’y a qu’un person-

îage : c’est une jeune paysanne qui s’apprête à traverser un ruisseau, en posant le pied sur des atli< >ux assez espacés. Son visage /montre bien quelle est sr au retour x ète on est peu disposé à

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peintres. J appelle , , • les petits ivres destinés à enseigner aux amateurs tous les procédés en usage dans la peintures l’huile. Il est vrai que les peintres ne les lisent jamais, mais ils connaissent par habitude toute -, les recettes indiquées, et les pratiquent sans savoir leur nom, comme M. Jourdain quand il faisait de la prose. — Quand vous •lez faire du moelleux , dit la Cuisinière bourgeoise, vous prenez vu «c d’argent que vous délayez avec de l’huile ou du :.?if,

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