LES KIRSTEIN
Jacques-Frédéric Kirstein est né à Strasbourg en 1765. Fils d’un orfèvre, il apprit le travail des métaux dans l’atelier de son père et s’essaya à faire de la ciselure. Comme il avait le goût du dessin, il fit de rapides progrès et se mit à rêver la restauration de ce bel art de l’orfèvrerie, dont on avait perdu le sentiment dans sa ville natale. Il arriva à une perfection peu commune dans son état, et sa réputation devint européenne.
Kirstein était grand chasseur, grand amateur de courses pédestres dans les Vosges et la forêt Noire ; il étudiait et trouvait ses modèles dans la nature. C’est ainsi qu’il est arrivé à se créer dans l’orfèvrerie
Fig. 89. — Dessus de boîte par Kirstein.
un genre absolument original et pour lequel il n’existait aucun précédent. Les biches, les cerfs, les sangliers étaient pris sur le vif; les sujets pittoresques en demi-relief lui servaient à orner des tabatières, des broches, des médaillons. Ses chasses et ses groupes d’animaux étaient toujours fort petits et très-finement travaillés. Il obligeait, le métal à se faire paysagiste, en sorte que les branches et les broussailles, se mêlant aux cornes et aux pattes des animaux, produisent quelquefois une certaine confusion dans l’ensemble, mais il rachetait tout par l’ingéniosité de l’invention, le charme de l’agencement, la finesse du mouvement, la délicatesse exquise du travail.
Il n’est pas absolument démontré que les sujets choisis de préférence par Kirstein et la manière dont il les traite soient absolument convenables pour l’orfèvrerie. L’esprit conçoit avec une cer-
taine répugnance des forêts et des feuillages en relief exécutés avec du métal. Mais ces petites pièces sont charmantes et le résultat fait absoudre ce que la théorie voudrait condamner. En tout cas, Kirstein
Fig. 90. — Médaillon par Kirstein.
est le créateur du genre et il a incontestablement le mérite de l’originalité.
Au reste, il ne s’est pas borné là, et a montré la souplesse étonnante de son talent en abordant le genre classique. On a vu alors de lui des vases et des coupes monumentales conçus de la façon la plus magistrale. On peut citer comme son chef-d’œuvre dans cette voie le grand vase qui reproduit le célèbre bas-relief de Thorwalsen sur le triomphe d’Alexandre. Il a été acheté par la ville de Strasbourg et placé à l’Hôtel de ville.
C’était, paraît-il, un bonhomme, ce Kirstein, un Alsacien de la
Fig. 91. — Dessus de boîte par Kirstein.
vieille souche, tout rond, nullement cérémonieux et ne méprisant pas la bonne chère. Il était venu à Paris voir Charles X, pour qui il avait exécuté divers travaux, et le roi, frappé de son accent très-prononcé,