Bulletin monumental
STRASBOURG
du Rappolstein, quoiqu’elle soit assez pénible, et de pouvoir examiner de près la tour qui est cylindrique. Cette tour, qui n’a guère que quarante pieds de hauteur, est construite en bel appareil à bossages, de grès vosgien, dont presque toutes les pièces portent des signes d’appareilleur. Elle est fondée sur le rocher. Du côté de la vallée du Rhin, on a rétabli le niveau, à la base de la tour, entre deux crêtes de rocher, au moyen d’un arc qui simule une fausse porte; l’archivolte est garnie de gros boutons de fleurs que l’on a souvent employés dans l’architecture allemande du moyen âge. Ce moyen de supporter la partie saillante du cylindre de la tour, là où la roche était échancrée, mérite d’ètre remarqué ; il est d’autant plus ingénieux qu’on l’a fait servir à la décoration de l’édifice... Les appartements d’habitation sont en ruine, mais il est bien facile d’en tracer le plan... On comprend difficilement aujourd’hui comment on pouvait accéder à ces forteresses suspendues sur la pente de collines plus ou moins élevées et plus ou moins abruptes; à peine peut-on gravir à pied les sentiers qui y conduisent et les graviers qui roulent sous vos pas rendent pour quelques-uns l’ascension très-pénible. Il est certain pourtant qu’autrefois on allait et venait à cheval par ces routes si difficiles, mais j’ai la conviction que le plus souvent des traverses en bois étaient disposées dans le chemin de place en place et formaient des espèces d’escalier. Nous voyons des chemins de cette espèce grossièrement figurés sur la tapisserie de Bayeux, et parcourus par des chevaux. »
COLMAR
La cathédrale de Colmar1, située au centre de la ville et placée sous l’invocation de saint Martin, a été commencée en 1263 par Maistre Humbret, qui a élevé la nef, et terminée en i36o par Guillaume de Marbourg, qui a fait le chœur. Par une bonne fortune bien rare dans l’archéologie chrétienne, on a découvert le portrait du premier de ces architectes. Parmi les statues de saints qui entourent la porte latérale, on voit une figure d’homme tenant en main une équerre, avec son nom gravé dans la pierre : Maistre Humbret. C’est celui qui a tracé le plan de l’église.
« La cathédrale de Colmar, dit de Caumont dans le Bulletin monumental , n’est pas d’une grande dimension. Elle a la forme d’une croix latine terminée par une abside... Les bas côtés, qui font le tour du chœur, sont fort étroits. Tous les chapiteaux annoncent le xive siècle ; les feuilles de chêne et autres feuillages de l’époque sont employés dans leur décoration. »
Cette église devait, d’après le plan primitif, avoir deux tours; celle du sud a seule été achevée. Un incendie survenu en 1572 détruisit les combles de l’église et la partie supérieure de la tour, dont le couronnement a été refait d’une manière assez malheureuse.
Bien qu’elle soit remarquable par son architecture, l’église Saint-
1. Colmar porte parti diapré de gueules et de sinople, à une masse d’armes en or brochant sur le tout.
COLMAR
Martin de Colmar est sürtout renommée par le fameux tableau de Schongauer, placé dans la sacristie : la Vierge aux roses. « Le plus important des tableaux de Martin Schongauer, dit Waagen, celui dont la comparaison avec la gravure constate l’authenticité, non moins sûrement que la tradition, est la Vierge encadrée de roses, à l’église Saint-Martin de Colmar. La Vierge, de grandeur naturelle, est assise
Fig. 135. — Hôtel de ville de Colmar.
sur un banc de-gazon et tient sur ses genoux l’Enfant Jésus. Ses traits sont très-nobles et très-purs, et produisent un brillant effet sur les draperies d’un rouge sombre. Les deux anges, qui tiennent la couronne suspendue sur sa tète, sont pleins de grâce, et le buisson de roses, dans lequel nichent des oiseaux, complète 1 expression naïve de l’ensemble. Les carnations chaudes et claires, l’exécution d’un fini remarquable. »
Colmar possède aussi plusieurs monuments civils remarquables. L’hôtel de ville est surtout intéressant par la disposition des fenêtres, qui forment des ouvertures rectangulaires, séparées seulement par un étroit linteau de pierre, de manière à former une sorte de galerie vitrée. C’est d’ailleurs une disposition qui est assez commune en Alsace et qu'on retrouve également en Belgique et en Allemagne.
Les rues tortueuses de la ville montrent encore quelques maisons anciennes d’un aspect extrêmement pittoresque, mais le nombre en diminue de jour en jour. Les vieillards se rappellent encore la rue des Marchands, qui formait, sur tout son parcours, un fragment incomparable de la vieille ville impériale.
La maison, qui est connue sous le nom de maison Pfister, date de 1 538 : c’est la maison paternelle de la famille Haussmann. La tourelle octogonale, qui s’élève à l’angle, en saillie sur la rue et avec une toiture aiguë, se réunit au reste de l’édifice par une galerie ouverte ; l’ensemble est d’un effet charmant et rappelle les vieilles villes de Suisse dont l’architecture privée offre une grande analogie avec celle de l’Alsace.
La maison dite des Chevaliers de Saint-Jean (fig. 1 36) est dans un style tout différent qui rappelle certaines constructions de la Renaissance française. La porte est basse, massive, mais non dépourvue de caractère ; d’élégantes galeries à arcades cintrées sont décorées de riches balustrades. Tout est imprévu dans les constructions de ce temps; une maison ne ressemble jamais à une autre, et la liberté d’allure dont les architectes font preuve jure avec la froideur et la monotonie de nos rues modernes.
Une curieuse maison encore est celle qui est connue sous le nom de la Maison des Têtes, à cause des mascarons en ronde bosse qui la décorent. Elle est encore pourvue de sa tourelle en saillie sur la rue, charmante habitude de nos pères que les impitoyables règlements de la voirie rendent impossible aujourd’hui. La maison au Cygne, avec sa tourelle ornée de médaillons, et la maison au Singe, dont les atlantes bizarres, s’appuyant au rez-de-chaussée, soutenaient en grimaçant les étages supérieurs, passent pour avoir été habitées autrefois par la famille Schongauer.
Mais ce qui dans Colmar doit attirer avant tout l’attention de