LE MOYEN AGE
blement été fabriqués dans le pays. Ils constituent un des rares monuments de l’orfèvrerie au xe siècle.
L’évangéliaire de saint Goslin, placé à côté, a été écrit, d’après une mention qui y figure, pour l’évêque Arnould, qui occupait le siège de Toul soixante ans avant saint Goslin. La couverture est enrichie de pierres précieuses et ornée de figures gravées dans un style très - archaïque et représentant la Vierge et les Évangélistes.
On a conservé aussi le peigne liturgique de saint Goslin qui est un curieux spécimen du travail de l’ivoire à cette époque. Jusque vers la fin du xve siècle, les prescriptions de l’Eglise exigeaient que l’officiant fût peigné, en présence des fidèles, avant de monter à l’autel. Le peigne de saint Goslin est formé d’un seul morceau et
Fig. 15t. — La Patène de saint Goslin.
décoré au milieu d’un calice d’où s’échappe la vigne symbolique : deux colombes sont placées auprès du calice. Le tout est encadré dans une arcade en plein cintre accosté de deux frontons. Pendant bien longtemps, le peigne de saint Goslin a eu la propriété de guérir les maladies de la tète, et c’est au fréquent usage qui en aurait été fait qu’on attribue la disparition de plusieurs de ses dents.
C’est dans les objets de ce genre qu’il faut chercher en Lorraine les traces du style qui a prévalu au temps des Carlovingiens. L’architecture romane compte bien peu de monuments dans le pays, et on pourrait en dire autant de l’architecture ogivale ; car quand on a parlé de la cathédrale de Metz qui est un chef-d’œuvre et de l’église de Toul qui est un bijou, on n’a plus rien à opposer aux vastes construc-
tions qui du xme au xvie siècle ont couvert d’autres provinces de France.
Une grande obscurité règne sur tout ce qui concerne le moyen
Fig. 152. — Peigne de saint Goslin.
âge en Lorraine, et l’art dans ce pays ne prend un caractère réellement spécial qu’à partir de la Renaissance.
RENAISSANCE
vec Renéjll, comte de Vaudémont (1473i5o8) et petit-fils du bon roi René, commence la grande époque de la Lorraine.
Ce fut lui qui vainquit Charles le Téméraire, près de Nancy (1477), et sous son règne se forma une pléiade de sculpteurs qui tiennent une place importante dans l’histoire de l’art sous la Renaissance. Le tombeau de René II, placé dans l’église des Cordeliers à Nancy, est un superbe monument dont la décoration architecturale montre l’état des arts au commencement du xvie siècle. Malheureusement la statue du duc agenouillé devant la Vierge a été détruite pendant la Révolution, et celle qu’on voit maintenant est une restauration moderne. L’ensemble de l’édifice n’en est pas moins des plus intéressants. Au-dessus du tombeau, la figure du Père éternel semble planer sur les statues coloriées des anges qui portent les blasons de la Lorraine. Sous ces anges, des images de saints sont disposées dans des niches élégantes. Les pilastres, les corniches et les ornements du tombeau sont peints en azur et en vermillon, avec des arabesques d’or en demi-relief. Une plaque en marbre noir porte une inscription rappelant les grandes actions du duc.
C’est à ce duc René II qu’on doit la construction du palais ducal
LA
à Nancy. Il y avait déjà à cette époque en cet endroit un vieux château qui fut remplacé par les élégantes constructions de René II, dont la façade donnant sur la rue subsiste encore, mais non sans
Fig. 153. — Tombeau de Rend de Vaudémont.
avoir subi d'importantes restaurations. Une estampe du xviT siècle nous montre, à vol d’oiseau, le palais tel qu’on le voyait encore à cette époque.
La partie la plus intéressante de cet édifice est la belle porte monumentale qui fut exécutée par Mansuy Cauvin, sous le duc Antoine, successeur [de René II, et qui vient d’être récemment restaurée. C’est un spécimen curieux de l’architecture qui marque
Fig. 155. — L’ancien hôtel Lunati, à Nancy.
le style de transition entre la période ogivale et celle de la Renaissance.
Bien qu’il ait été construit dans les premières années du
LA RENAISSANCE
xvne siècle, l'hôtel Lunati, à Nancy, était dans le goût du xvie et marque la dernière forme du style auquel on a donné le nom de Renaissance (fig. 1 55). Cet hôtel avait été bâti par le marquis Lunati Visconti,
d'une illustre maison du Milanais, qui suivit le duc Léopold à son entrée dans ses États. La belle façade de cet hôtel comprenait trois rangs d’arcades superposées et enrichies de sculptures dont quelques-
unes sont attribuées à Florent Drouyn; l’escalier était pratiqué dans la façade même de l’hôtel. Du côté opposé était une vaste cour avec un puits richement sculpté. Cet hôtel, qui au xvme siècle a été choisi pour les conférences entre les commissaires de l’empereur et ceux du roi, était assurément une des richesses architecturales de la Lorraine, et il est bien regrettable que la ville rien ait pas fait l’acquisition quand on le lui a proposé. Il a été démoli, mais les matériaux ont été acquis par un amateur de la ville qui en a fait une sorte de reconstruction dans une riche villa des environs de Nancy.
On peut remarquer que les monuments élevés en Lorraine pendant la Renaissance montrent peu de traces de ces études sur l’antiquité qui étaient si générales dans d’autres provinces à la même époque. C’est là un fait d’autant plus curieux à noter, que l’architecture dite classique a produit en Lorraine dans la période suivante, c’est-à-dire pendant les xvne et xvme siècles, des édifices d’une rare élégance.
Il ne faut pas croire au reste que l’antiquité fût inconnue aux Lorrains; si l’architecture ne semble pas s’en être beaucoup préoccupée, il rien est pas de même pour la sculpture et l’orfèvrerie. C’est à ces deux arts que se rattachent les plus grands noms que nous ayons à signaler en Lorraine pendant la Renaissance.