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ART ET RELIGION

Art et religion. — Les artistes et les honneurs.

C'est à la fin du xve et au commencement du xvie siècle que l'art chrétien, représenté par Michel-Ange et Raphaël, arrivait à son apogée. Comme s'il se fût agi de soutenir la lutte avec l'élément laïque, le clergé régulier fournit alors un grand nombre d'artistes à l'école romaine et, dans la capitale même du monde chrétien, l'art devint l'apanage presque exclusif des laïques dès l'avènement de l'auteur de la Sainte Famille qui déconcertèrent les Fra Bartolomeo, Fra Sébastiano del Piombo, Fra Luciano, etc., artistes de valeur, pourtant.

Cette rivalité persista à Venise surtout, où les peintres dominicains furent dépassés par le Giorgione, le Titien, le Tintoret.et P. Véronèse; mais, ici, c'était l'art qui se détachait de l'Eglise et la liberté qu'il prenait tenta même certains moines artistes qui s'évadèrent. Toutefois, leur vocation monastique était plus impérative que leur vocation artistique.

Il est à noter que l'ordre religieux de femmes fondé par saint Dominique fournit à l'école florentine un illustre représentant féminin : sœur Plautilla Néri, prieure d'un couvent. Le seul défaut qui ait été reproché aux tableaux de cette sœur est le manque de virilité de ses personnages, mais la règle de l'ordre était très sévère et ne permettait pas à sœur Plautilla d'autres modèles que les religieuses de son couvent..

« Léonard de Vinci avait toujours été religieux; au moment de la communion, il se fit descendre de son lit, disant ' qu’il ne devait recevoir son Dieu qu’à genoux, et comme il ne pouvait se tenir sur ses jambes, il fut soutenu par les personnes qui l’entouraient. François Ier était présent; il l’avait visité très assidûment pendant toute sa maladie. Léonard mourut dans les bras du roi, qui tenait sa tête dans ses mains quand il expira. »

Jamais le célèbre peintre espagnol Vicente Joanes ne consentit à traiter des sujets choisis en dehors de l’histoire du christianisme; jamais il ne commença un tableau sans s’y être préparé par la communion !

Une victime de l’idée religieuse : Jean Goujon (fig. 138), architecte et l’un des plus grands sculpteurs de la Renaissance, fut atteint d’un coup de feu mortel le jour de la Saint-Barthélemy... et Champ ollion Figeac attribue l’introduction de la peste en Egypte au culte chrétien qui substitua l’usage des enterrements à celui des embaumements 1

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Les artistes et les honneurs.

La réputation de Cimabué était immense. Florence, Pise et toutes les villes d’Italie s’embellirent de ses tableaux, on le faisait venir à grands frais pour la décoration des églises; il fut chargé, avec Arnolfo Lapi, premier architecte de cette époque, de construire l’église deSanta-Maria-del-Fiore; après qu’il eut fini son tableau de la ÎVierge pour l’église de Santa-Maria- Novela, ce tableau fut porté en grande pompe avec un im-

mense concours de peuple, une procession solennelle et trompettes en tête !

On dit même qu’avant qu’il fût terminé, le vieux roi Charles d’Anjou étant passé par Florence, ceux qui gouvernaient ne crurent pas pouvoir lui faire de plus grande fête que de le mener voir le tableau inachevé du maître, ce qui attira grand concours de monde dans le quartier où demeurait Cimabué, et qui fit donner à ce lieu le nom de Borgo allegri (bourg joyeux).

« Quand Michel- Ange conçut le projet de mausolée de Jules II, le pape reçut son idée avec enthousiasme. Michel- Ange craignait que le pape ne fût effrayé par la dépense, car il avait fait un devis se montant à cent mille écus romains, mais le pape s’écria au contraire : « Deux cent mille, s’il le faut ! » Le projet de Michel-Ange avait pourtant un inconvénient : son mausolée était si vaste qu’il ne pouvait trouver déplacé dans aucune église. Jules II reprit alors le projet de Nicolas V; mais les plans ne lui convenaient plus, car il lui fallait une église d’une grandeur démesurée. L’édifice actuel fut donc commencé pour contenir ce fameux mausolée de Jules II, qui ne fut jamais achevé, et qui de plus a été placé dans une autre église. » Histoire des Beaux-Arts. R. Ménard.

« Toute sa vie, Rubens porta fièrement et bravement l’épée de gentilhomme qu’il avait héritée de son père, et un jour vint où les rois s’honorèrent de lui confier des missions politiques. Une fois même, qu’on faisait grand bruit de son arrivée à la cour de je ne sais quel souverain, il se trouva, dit-on, certain courtisan assez peu au fait des choses artistiques pour demander avec une espèce d’humeur « quel était cet homme dont « on semblait faire tant de cas ». « Eh ! c’est le chevalier Pierre- « Paul Rubens, le peintre. — Ah ! je vois, dit alors l’ignorant « gentilhomme, c’est un grand seigneur qui s’amuse à faire « de la peinture. — Vous vous trompez lui répliqua-t-on, c’est

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