ARTISTES ET HONNEURS
« un peintre qui s'amuse à être ambassadeur. » ( La jeunesse des hommes célèbres. E. Müller.)
Un pendant à cette anecdote : il s'agit du peintre Bonvin disant à sa jeune femme, à la fin du repas de noces : « N'oublie pas que tu entres dans une famille de robe et d'épée. »
« Il faut savoir, ajoute J. Breton, à qui nous empruntons ces lignes, que son père était garde champêtre à Montrouge et sa mère couturière ! »
J'étais occupé à faire des croquis au camp de Vosnessonsk, conte Raffet, étudiant de mon mieux ces soldats si nouveaux pour moi. J'avais autour de moi un assez grand nombre d'officiers, lorsque tout à coup, en relevant les yeux, je me retrouve seul assis sur mon pinchard; mes admirateurs étaient à une distance respectueuse et j'entends une voix qui me dit : « Bonjour, monsieur Raffet... » Je me retourne, et je me trouve face à face avec un homme de haute taille, l'Empereur de toutes les Russies !... Je porte vivement la main à ma casquette, et, fort interloqué dans le premier moment, je balbutiai une réponse assez confuse. L'Empereur voulut voir mes dessins, me répéta mon nom plusieurs fois, et enfin me donna un officier d'état-major pour me piloter comme bon me semblerait. J'offris à Leurs Majestés un souvenir du camp (aquarelle), et je reçus en échange deux joyaux enrichis de diamants. »
Raphaël était lié d'amitié avec les plus hauts personnages de la cour de Léon X, et le cardinal Bibiéna le regardait comme son enfant; il voulait lui faire épouser sa nièce, mais Raphaël refusait toujours, alléguant ses travaux, demandant deux ou trois ans pour réfléchir; mais il taisait son véritable motif. Le voici : Le pape Léon X était son débiteur d'une très grosse
l’art en anecdotes
somme pour les travaux du Vatican; voulant s’acquitter sans appauvrir son trésor et donner à Raphaël plus que de l’argent, il lui avait promis à la première promotion de cardinaux de lui donner le chapeau. L’idée de Raphaël cardinal pourrait faire sourire, mais il faut songer d’abord au caractère de Léon X pour qui les grands artistes étaient plus que des princes, à l’importance des peintres qui, à cette époque, étaient les premiers soutiens des papes, aux mœurs un peu relâchées de la cour pontificale, à la position éminente de Raphaël comme renommée et comme fortune, et surtout à la nature de cette charge de cardinal qu’on p ouvait exercer sans être ecclésiastique . Quoi qu’il en soit, Raphaël aspirait ardemment à cette dignité, et voilà pourquoi il reculait toujours son mariage; mais au bout de trois ans qu’il avait demandés, il fut forcé de consentir au vœu du cardinal Bibiéna; les fiançailles même eurent lieu, mais la fiancée mourut avant la célébration du mariage.
Si toutefois Raphaël faillit recevoir la pourpre de cardinal, Titien connut des honneurs aussi imprévus :
En 1532, le pape Clément VII et l’Empereur Charles- Quint, s’étant réunis à Bologne, Titien y fut appelé pour faire le portrait de Charles V. Celui-ci l’avait pris en grande affection; il l’arma de sa propre main chevalier de l’Eperon d’Or, le nomma son écuyer et, outre mille écus qu’il donnait pour chaque portrait, le renvoya avec une pension de deux cents écus sur la chambre de Milan. Plus tard il lui conféra le diplôme de comte palatin, y joignant tous les privilèges, facultés de juridictions attachés à cette dignité, et déclarant sa descendance héritière de ces titres.
Quand on songe que Charles V frappa d’une contribution extraordinaire tous les habitants de la ville, de quelque condition qu’ils fussent, nen exceptant que le seul Titien, pour raison de sa Rare Excellence. Lui, aussi riche que les plus riches 1
LE COEUR DES ARTISTES
Le cœur des artistes.
Quelques traits delà bonté de Corot empruntés à A. Wolff (La Capitale de V art). « Un jour Corot acheta la petite maison qu'Honoré Daumier, ce grand dédaigné, habitait à Vaimondois depuis de longues années, et qu'il était forcé de quitter, faute de pouvoir l'acquérir. Le célèbre paysagiste ne réfléchit pas longtemps; il va à Valmondois, achète la modeste propriété, la paie comptant et l'offre à son ami qui simplement lui dit : — « Tu es le seul homme que j'estime assez pour pouvoir en accepter quelque chose sans rougir. »
Une autre fois, un peintre de ses amis vient lui demander cinq mille francs. Corot, de mauvaise humeur ce jour-là, répond qu'il ne les a pas. Mais une fois l'ami parti, l'artiste réfléchit; il quitte sa blouse, dépose sa pipe, sa fameuse pipette » devenue légendaire dans les ateliers, court chez l’ami et lui dit : « Pardonne-moi, je ne suis qu'une canaille; je t'ai dit tantôt que je n'avais pas cinq mille francs; j'ai menti et la preuve, c’est que les voici ! »
Peu de temps avant sa mort, il fit une grande affaire avec un marchand. Quand celui-ci compta à l’artiste son argent, Corot prit une liasse de dix billets de mille francs et dit au marchand : « Gardez ceci; quand je n'y serai plus, vous donnerez, pendant dix ans, une pension de mille francs à la veuve de mon ami Millet. »
Jamais le jury d'aveugles ne voulut décerner la grande médaille d'honneur à ce génie qui troublait les petites vanités.
Même, l'acharnement à se disputer les œuvres de Corot fut tardif, c'est ce qui lui fit dire un jour :
« J'ai enfin vendu un tableau, et je le regrette, car il me manquera à la collection complète ! »
A rapprocher de ce mot de Corot, cette réponsedeDaubigny à un marchand de tableaux qui, sans cesse, faisait miroiter à ses yeux la question d'argent et lui demandait éternellement le même sujet «de vente ». Laissez-moi donc tranquille; les meilleurs tableaux sont ceux qui ne se vendent pas ! »
Le père de l'ancien président de la République Casimir - Périer était en visite chez Corot. Le grand artiste mettait la dernière main à un tableau. Enthousiasmé, M. Casimir-Périer voulut s'en rendre acquéreur.
« Je vous cède ma toile, dit l'artiste, à une condition : c'est que vous payerez le boucher et le boulanger de mon ami Millet. — Convenu ! » répondit M-. Périer.
On alla réclamer, à Chailly, les notes des deux fournisseurs : l'une se montait à vingt-deux mille francs et l'autre à vingt-quatre mille. Le crédit durait depuis douze ans.
Périer fit la grimace, mais il paya sans sourciller. Son Corot lui revenait à quarante -six mille francs ! Aujourd'hui il en vau drait le triple, mais à cette époque il ne valait pas quinze cents francs !
Ayant toujours donné plus qu'il ne gagnait, l'excellent peintre dessinateur Célestin Nanteuil n'avait plus guère pour courtisan et ami qu'un chat qui lui tenait compagnie dans sa solitude. Or, un jour que l’artiste vantait à Nadar les ressources de cette amitié fidèle, celui-ci lui demanda pourquoi il n'avait
LE COEUR DES ARTISTES
pas plutôt pris un chien. « Un chien? oh ! non, lui répondit Nanteuil avec un indicible accent de mélancolie, c'est trop bon : il ne faut pas s'y habituer. »
Le bon peintre Henri Pille nous narrait qu'un jour, se rendant à l'un des immeubles dont il était propriétaire, sa concierge, nouvellement en place, ne le connaissant pas, lui avait violemment crié : On ne chante pas ici !
Il fallait entendre les rires de l'artiste à la fin de cette histoire qu'il trouvait bien bonne, et la malheureuse portière si... mauvaise 1
Pour donner une idée du cœur de H. Pille toujours ouvert à l'infortune, alors que ses moyens, il est vrai, lui permettaient de faire le bien, il nous suffira de dire que, très souvent, l'artiste parfit la somme exigible pour le paiement des locaux dont il était propriétaire, afin que la personne chargée du recouvrement de ses propres loyers ne se comportât pas violemment vis-à-vis des mauvais payeurs et de peur, disait-il,... que 1 on ne vînt le gronder d'avoir d'aussi mauvais locataires
Devant la porte de son atelier de la rue d'Enfer, Rude faisait quelquefois une partie de bouchon avec ses élèves, voire avec le concierge de la maison. A Cachan aussi, Rude, toujours simple et bon, ne dédaignait pas de se mêler aux ouvriers carriers et autres, dans la salle d'un estaminet où il y avait un billard, et tel était le respect qu'il inspirait, que ces braves gens, dès qu'il paraissait, lui cédaient la place. Mais cette familiarité, la rmse un peu rustique du maître, fournirent des prétextes à ses collègues, non seulement pour le tourner en ridicule, mais pour le tenir à l'écart; sa longue barbe blanche faisait dire aux malveillants : « Il a l'air d un vieux
l’art en anecdotes
modèle », plaisanteries qui étaient d'ailleurs fort peu sensibles à ce grand artiste. (D ubosc, Soixante ans dans les ateliers à’ artistes?.)
Un trait de générosité confraternelle : Prud'Hon fait le concours du grand prix de Peinture institué par les États de Bourgogne. Un jour, à travers la cloison qui le sépare de son voisin, il entend des sanglots : un élève se désespérait et s'indignait contre son inspiration. Prud'Hon sourit d'abord, il s'attendrit ensuite et, détachant une planche, il pénètre dans la loge voisine et achève la composition de son camarade. Or, ce fut ce dernier qui obtint le prix. Mais, honteux de sa victoire, le vainqueur avoua devoir son succès à Prud'Hon et les États de Bourgogne réparèrent aussitôt leur erreur tandis que les rivaux de Prud'Hon le portaient en triomphe. C'est ainsi que le célèbre artiste fut prix de Rome comme lauréat de la province.
Il nous en coûte ensuite de rappeler qu'un maître peintre moderne eut la faiblesse de brosser pour un des complices « de la plus grande escroquerie du siècle » un tableau largement rémunéré par ce dernier et qui, signé de son nom, obtint d'emblée le titre de Hors concours au Salon 1 Voilà de la générosité confraternelle excessive !
Baudelaire raconte un mot touchant de Balzac contemplant un mélancolique tableau d'hiver où montait la maigre fumée d'une maisonnette : « Que font-ils dans cette cabane? A quoi pensent-ils? Quels sont leurs chagrins? Les recettes ont-elles été bonnes? Ils ont sans doute des échéances à payer I » Baudelaire ne dit pas de qui était cette maisonnette ; mais pour avoir arraché à l'homme profond et sensible ce cri des entrailles combien elle avait de sentiment , d'esprit 1
LE CŒUR DES ARTISTES
Un individu assez mal vêtu se présente à Charlet et lui dit : « Monsieur comme je désire avoir un tableau magnifique, je me suis adressé à vous, parce que votre talent est apprécié de
tout le monde. — Monsieur, lui répond Charlet, je suis très fâché, mais depuis assez longtemps, je ne peins plus ; ainsi veuillez vous adresser à un autre. — Je vous payerai tout
l’art en anecdotes
ce que vous voudrez, et si quinze cents francs (prix très élevé sans doute à cette époque) pouvaient vous être agréables... — Je vous b ai dit, je ne peins plus... » L’individu ne se tient pas pour battu; il voit dans l’atelier un habit de grenadier de la vieille garde; il l’endosse sans mot dire, couvre sa tête d’un vieux bonnet à poil, saisit un fusil, et prend une de ces attitudes que Charlet savait si bien rendre. « Eh bien ! me reconnaissezvous, monsieur Charlet? — Oh! parbleu! oui, répondit l’artiste; vieille garde ! » Et Charlet fit le tableau : ce tableau était l’enseigne d’un cabaretier, et l’enseigne fit la fortune du maître.
A propos d’émotion, voici une jolie anecdote où nous goûterons la délicatesse attendrie de deux jeunes artistes : « Ribot (fig. 139) et Daubigny, qui étaient amis intimes, surent un jour qu’un jeune peintre de leur connaissance, ardemment épris d’une jeune fille, se la voyait impitoyablement refuser par ses parents, parce qu’il n’avait pas d’argent pour se mettre en ménage. L’un et l’autre, à ce moment, se trouvaient aussi très fâcheusement en état d’impécuniosité complète. Comment faire pour tirer de ce cruel embarras les deux amoureux?
Ils décidèrent de peindre immédiatement un tableau très soigné, et ils envoyèrent les deux toiles au jeune artiste, avec ce petit mot : « Vends-les, et si tu réussis à les bien vendre, tu nous rembourseras en nous prenant comme témoins à ton mariage. » C’est ce qui arriva. Peu de temps après, Ribot et Daubigny étaient de noce; ils s’y amusèrent comme des fous.
( Pour devenir un artiste , M. Vachon.) Et cependant, l’artiste en donnant son œuvre, offre le meilleur de soi, si toutefois il languit longtemps, parfois, pour la vendre. « J’ai attendu les chalands toute ma vie, écrit avec humour le grand sculpteur Rarye à un de ses élèves, et ils arrivent au moment où je ferme les volets ! »
LE COEUR DES ARTISTES
A la fin d’un beau jour d’été, à la terrasse d’un café, les consommateurs s’empressent. Un groupe d’artistes, parmi lesquels on remarque A. Falguière, se désaltère. Vient à passer, sur le trottoir opposé, un petit mouleur italien qui offre aux passants entre autres statuettes : la Diane de Moussu Falguière (œuvre d’ailleurs reproduite sans l’autorisation de son auteur). En manière de plaisanterie, on fait s'gne au petit mouleur qui, par un singulier hasard, vient offrir spontanément à Falguière sa frauduleuse marchandise. « C’est joli, Moussu, la Diane de Moussu Falguière, veux-tu? »
Le maître sourit et critique allègrement la statuette en question tandis que le petit marchand, au contraire, renchérit sur la beauté de ce qu’il désire vendre au bourgeois difficile. Bref, un statuaire qui était à une table voisine de celle de l’auteur de la Diane , impatienté par l’insistance du petit Italien dit au maître : « Si j’étais vous, mon cher Falguière, il y a longtemps que j’aurais prié ce drôle de déguerpir! »
Alors, haussant sa taille, avec un air connaisseur et de souverain mépris pour le dénigreur de la Diane (fig. 140), le petit marchand, en montrant le maître statuaire, s’écria « Ça , Falguière! ah! là! là! »
« La gloire de Delacroix ne cessa de grandir au milieu des tumultes que son art provoqua. L’Institut, qui l’avait bafoué, comprit qu’il fallait transiger avec le maître qui le dédaignait. Et vomi l’émeutier,le révolté, l’insurgé, qui va entrer à l’Académie. Quelles révoltes ! Et quelles terreurs ! Delacroix entreprit le siège de l’Académie et alla s’asseoir, le sourire aux lèvres, parmi ses pires ennemis. Son entrée à l’Institut fut la plus grande satisfaction de la vie de Delacroix. »
11 est des artistes pourtant, comme Dalou, le célèbre sta-
FiG. 140
LE COEUR DES ARTISTES
tuaire, qui, farouchement, résistèrent aux séductions de l'habit à palmes vertes, mais le maître écrivain Emile Zola, en revanche, convoita avec acharnement un fauteuil sous la Coupole qui lui fut toujours impitoyablement refusé.
«La mort de Delacroix est un drame imposant. Quand il sentit le dénouement suprême s'approcher, il s'enferma chez lui, défendit à sa fidèle gouvernante de recevoir qui que ce fût, manda un notaire et lui dicta ses dernières volontés, avec un calme et une lucidité d'esprit admirables, puis il attendit la mort sans un tressaillement, sans une plainte, sans un reproche. »
On prétend que Soufflot mourut de chagrin à la suite des critiques qui l'assaillirent lors de son Panthéon, fort mal accueilli par le public. En dehors des observations plus ou moins justes que l'on fit à cet artiste, il eut une déception bien autrement douloureuse que nous trouvons ainsi notée :
« Avant que l'ensemble de la construction ne fût arrivé à la naissance du dôme, un inspecteur vint un jour annoncer à Soufflot qu'il se produisait un phénomène inquiétant dans le mur du Panthéon : « Les joints s'écrasaient », un désordre considérable était imminent. Soufflot se hâta d'aller vérifier le fait; il vit que ces craintes n'étaient pas tout à fait chimériques, et, pâlissant, il s'écria : « Je suis perdu ! » Cependant le mal n'était pas irrémédiable : le péril fut conjuré.
Autre victime de l'amour-propre professionnel : c'est l'architecte du bassin du parc de Montsouris, qui ayant vu fuir, lors de l'inauguration du dit bassin, l'eau qu'il avait cru soigneusement emprisonner, se suicida le soir même de sa déconvenue..
Artistes facétieux.
Giotto était aussi spirituel que grand peintre. Un jour le roi de Naples, Robert, lui demanda de lui peindre son royaume; quelque étrange que fût la proposition Giotto accepta et dessina sur-le-champ un âne bâté, qui avait à ses pieds un bât tout neuf, et le flairait avec mine d'en avoir envie; sur ce bât neuf étaient la couronne royale et le sceptre. Le roi lui ayant demandé ce que signifiait ce tableau, Giotto, répondit : « C'est votre peuple et votre royaume qui désirent toujours un nouveau maître ! »
« Tintoret avait à plusieurs reprises, et plus qu'un autre, passé par les injures de l'Arétin. Celui-ci, qui connaissait le personnage, le rencontrant un jour dans la rue, lui offre de faire son portrait. L'Arétin croit que c'est une manière de le gagner; il daigne accepter et se rend chez l'émule de Vecellio. Mais voilà que lorsqu'ils sont enfermés, et au moment de commencer Robusti tire de dessous sa robe un long pistolet et s'avance vers le modèle, qui devient muet d'épouvante :
« N'ayez aucune peur, dit-il, il s'agit de prendre votre me- « sure. » Puis, après lui avoir promené l'arme terrible sur le corps, des pieds à la tête : « Vous avez deux longueurs et « demie de mon pistolet, » ajoute-t-il, de l'air le plus tranquille du monde. Et il se met à peindre. « Vous êtes un grand '< fou, s'écria l'Arétin lorsqu'il put parler, et vous ferez tou-
ARTISTES FACÉTIEUX
« jours des vôtres. » A partir de là ils furent au mieux ensemble; non seulement l'Arétin ne disait plus de mal de Tintoret, mais il avait pris une certaine affection pour lui; il le trouvait spirituel et original ! » E. Legouvé.
« Il disegno di Michel- Angelo , il colorito di Tiziano. Telle fut la loi sacramentelle, l'évangile des premières études de Robusti dit le Tintoret. »
Benvenuto Cellini avait entrepris pour un évêque de Salamanque, ambassadeur à Rome, une grande aiguière, mais il mit un si grand temps à achever cet ouvrage que l'évèque, une fois qu'il l'eût en sa possession, voulut faire attendre le prix aussi longtemps qu'il avait attendu le vase, quand par hasard le vase lui revient entre les mains pour une petite réparation. Alors il dit au domestique qu'il ne le rendra qu'après bonne quittance; celui-ci veut mettre l'épée à la main, mais comme il trouve à qui parler, il va chercher ses camarades, et les voilà qui assaillent la boutique. Benvenuto, plein de colère et de violence, connaissait trop son monde pour se laisser surprendre : on le trouva barricadé, et il les mit en fuite avec son escopette. « Cette affaire les força de raconter le cas à Monseigneur, qui tança sévèrement ses officiers et ses gens d'avoir commis un tel excès, et de ce qu'ayant commencé ils n'avaient pas achevé. Puis il me fit dire que si je ne lui portais le vase, le plus grand morceau qui resterait de moi serait mes oreilles, et que si je lui portais il me le paierait au moment même. Je ne fus nullement épouvanté, et muni d'un long poignard et de mon excellente cotte de mailles, j'allai chez lui emportant le vase d'argent. Il avait fait armer tout son monde. Je parus devant le prélat qui se répandit en invectives. Je ne daignai pas lui répondre, ce qui semblait augmenter sa rage. Cependant, ayant fait apporter de quoi écrire, il me dit de signer de ma main qu'il m'avait payé comme je l'avais voulu. Je levai la
tête, et je répondis que je le ferais volontiers s’il me donnait mon argent. Il devint furieux, mais enfin j’eus mon argent, je signai et m’en allai fort gai et fort content. »
Michel-Ange avait fait un tableau pour André Doni, homme fort avare, mais qui connaissait et aimait les bons ouvrages de peinture. Afin de s’amuser à ses dépens, le peintre lui envoya sa nouvelle production avec un billet par lequel il lui demandait 70 ducats. Doni trouva cette somme excessive, 1 n’en fit tenir que 40. Michel- Ange lui renvoya son argent, et ui demanda de payer cent ducats ou de rendre le tableau. Doni, qui en était enchanté, se résolut enfin à compter 70 ducats qu ’on lui avait d’abord demandés. L’artiste lui renvoya de nouveau son argent, en déclarant que, d’après les offres d’un grand seigneur, il ne pouvait plus donnner son tableau à moins de 140 ducats. Doni fut au désespoir. Mais comme le goût pour les chefs-d’œuvre de peinture était aussi fort en lui que l’avarice, il donna la somme exigée, non sans soupirer et se plaindre de n’avoir point payé tout de suite les 70 ducats demandés.
Une légende à propos de Breughel le Vieux : il paraît que le célèbre peintre marquait les mensonges de sa servante sur un bâton par une entaille chaque fois qu’elle retombait dans son péché, et Breughel avait promis le mariage à ladite servante si, dans un délai convenu, le bâton n’était pas complètement tailladé...
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Un barbouilleur ayant montré à Annibal Carrache une grande toile qu’il voidait blanchir pour la pe ndre ensuite :
ARTISTES FACETIE I X
« Vous feriez mieux, dit Carrache, de la peindre d'abord et de la blanchir après... »
Autre boutade analogue : il s'agit d'un peintre sans talent
qui, durant l'absence momentanée d’un ami, rumine une « bonne blague » à lui faire à son retour. Et le distingué statuaire E. Delaplanche de venir en aide malicieusement à
Fig. 141. — La mort de saint Sébastien, par J. Ribéra.
l’art en anecdotes
Tingéniosité du peintre sans talent : « Une « bonne blague » à faire à X...? Voyons, mais... faites-lui son portrait!
Les charges d’atelier, qui sont en quelque sorte le baptême de l’artiste, sont innombrables. Nous en conterons une seulement,assez typique. On explique un jour au nouveau ses devoirs envers l’atelier : il devra acquitter sa masse , payer une bienvenue et, point particulièrement délicat... verser un cachet au patron pour l’indemniser de sa correction. Ce cachet est de cinq francs : il faut bien que le patron paye son terme, n’estce pas? Le nouveau est de cet avis et, après la correction du patron, il glisse avec un sourire de gratitude la pièce de cent sous rémunératrice sur son chevalet. En l’occurrence, le patron est Gérôme qui, flairant une « blague » d’atelier, empoche la pièce sans sourciller. « Je vous attends demain à déjeuner, mon ami, dit seulement le maître, en guise de remerciement. » Le nouveau, gonflé d’orgueil, accepte, et le lendemain, en gravissant les marches de l’hôtel somptueux du maître, comprend seulement jusqu’à quel point ses camarades ont abusé de sa crédulité I
On raconte que la dernière œuvre de David Téniers fut le portrait d’un procureur et que, sentant ses moyens affaiblis, il ne voulut plus rien entreprendre depuis.
Comme on l’engageait à faire encore quelque chose, il répondit en riant qu’il avait, toute sa vie, fait grand usage de noir d’ivoire et que, pour peindre son procureur, il avait brûlé la dernière dent qui venait de lui tomber de la bouche (Téniers avait alors 80 ans).
ARTISTES FACETIEUX
Tandis que le peintre (fig. 141) Ribera était à Naples, deux alchimistes espagnols vinrent lui proposer de s’associer à lui pour trouver la pierre philosophale. « Moi aussi je fais de l’or, leur dit mystérieusement l’artiste ; revenez demain, je vous montrerai mon secret. » Le lendemain, les alchimistes le trouvent dans son atelier, donnant à un tableau les dernières touches. Il appelle un domestique et le charge de porter le tableau chez tel marchand qui lui comptera en échange quatre cents ducats. Puis, le domestique revenu, et jetant les rouleaux sur la table : « Messeigneurs, dit le peintre, voilà de l’or de bon aloi sorti de mon creuset, je n’ai pas besoin d’autre secret pour m’en procurer en abondance. »
« Quand Napoléon Ier avait un cadeau à faire, il s’en tirait presque toujours avec une tabatière ornée de son portrait par Isabey. Isabey était très aimé, joyeux compagnon, invité à toutes les parties de plaisir de la ville et de la cour. Pourtant, un jour, une de ses malices ne lui réussit guère. Comme le premier consul le traitait familièrement, il crut pouvoir lui rendre la pareille.
« Unmatin, à la ’Malmaison, le premier consul se promenait, après déjeuner, seul dans une allée, quand Isabey l’aperçut de loin et imagina de lui faire une surprise.
« Il s’approcha à pas de loup et, aussitôt la distance assez courte, il lui sauta à califourchon sur les épaules. Quelle surprise, en effet, pour Napoléon Ier! Il se dégagea vivement du farceur et se contenta de le regarder, mais d’une telle façon qu’Isabey s’enfuit et qu’on ne le revit plus de longtemps. » (J. Gigoux.)
Un jour une délégation vint officiellement annoncer à Ros-
l’art en anecdotes
sini que son image allait être exécutée en marbre blanc et qu'elle ornerait la place publique de sa ville natale. Tout d'abord le musicien avait paru assez déférent. Mais, se ravisant, il demanda :
— Cela va vous coûter cher pour faire sculpter mes traits?
— Une douzaine de mille francs environ.
— Ah ! tant que cela ! Douze mille francs ! répéta Rossini.
Puis, après de nouvelles réflexions, il ajouta :
— Eh bien! donnez-les-moi. Je vous promets, en retour, d'aller tous les jours de grande cérémonie me placer moi-même sur le piédestal. De cette façon, vous aurez l'original au lieu de la copie et ce sera pour moi douze mille francs de gagnés. Aujourd'hui, de leur vivant, Camille Saint-Saëns et Mistral sont statufiés.
Deux anecdotes sur le grand peintre espagnol F. Goya. Un jour, au Prado, Goya s'élance tout à coup hors d'un groupe de ses amis; il court et, saisissant à deux mains son chapeau, il en couvre jusqu'aux épaules un petit homme tout noir. « A moi, mes amis ! s'écrie Goya, venez voir le beau scarabée ! » C'était un alguazil qui s'échappa du chapeau avec une figure d'un jaune rouge et furieux comme Ragotin.
Goya était un grand amateur de courses de taureaux. On le voyait souvent mêlé aux torreros. Un jour de course, comme il était pompeusement vêtu de soie et guilloché d'or, la fantaisie lui vint de frapper à la dérobée, du coupant de la main, les corps nus de muletiers. A la fin, ceux-ci, se concertant et saisissant un moment favorable, entourent Goya avec de grandes manifestations d'admiration et d'enthousiasme en criant : « Goya, que vous êtes beau ! Illustre seigneur, que vous avez un superbe costume ! Souffrez, grand artiste, inestimable excellence, souffrez que de pauvres gens vous admirent à l'aise ! » Et les malicieux muletiers se pressant autour de Goya surpris et incertain, le flattèrent si bien de la tête aux pieds
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avec leurs mains noires de l'huile de leurs chariots, qu'en une minute on ne vit plus, à la place de l'éblouissante parure du peintre-courtisan, qu'une sale guenille.
Cette fois, ce fut Goya qui joua le rôle de scarabée !
Un jour que Salvator Rosa touchait un clavecin qui ne ne valait rien, il dit : « Je veux le faire valoir au moins cent écus. » A l'instant il trace sur ce clavecin un croquis de tableau tel, qu'il fit vendre l'instrument le prix que le peintre avait annoncé.
Voici comment mourut Karel Dujardin, un peintre nomade d'origine flamande auquel nous devons, notamment, une spirituelle composition intitulée Le Charlatan , qui est au Musée du Louvre. K. Dujardin appartenait à une académie joyeuse, sise à Rome, à laquelle il faussa un jour compagnie. L'artiste avait été baptisé, suivant l'usage de cette compagnie formée de collègue flamands émigrés en Italie, à l'issue d'un festin pantagruélique : Barbe de Bouc , pour la vie. Bref, Dujardin quitta ses amis et descendit dans une auberge lyonnaise où, pour payer ses dettes, il fut contraint d'épouser sa logeuse, à condition toutefois que cette dernière irait demeurer par la suite à Amsterdam avec son époux. Mais un beau jour, un ami du peintre, partant pour Rome, vint lui faire ses adieux, il l'accompagna « un bout de chemin », pantoufles aux pieds, sans aucun bagage, tant et si bien qu'il suivit son ami jusqu'en Italie, non sans avoir écrit à sa femme qu'elle était libre de disposer de sa maison et de son contenu. Or il paraît que l'académie joyeuse, romaine, reçut avec tant d'enthousiasme l'enfant prodigue qu'au retour du festin accoutumé il mourut d'une... indigestion !
l’art en anecdotes
Un architecte facétieux disait en critiquant le plan d’un collègue : « Sa salle à manger est tellement basse de plafond que Ton n’y pourra manger que des... soles ! »
Le peintre bien connu, X., rentrant à son domicile, est accosté par son concierge tout ému: pensez donc; le commissaire de police vient d’entrer chez l’artiste ! X., intrigué, grimpe en hâte ses escaliers, ouvre sa porte et qu’aperçoit-il, prenant des poses dans son salon? A. Falguière « étrennant » son habit d’académicien !
A propos de la fin tragique de l’abbé de La Mare, auteur de l’opéra de Zaïre et l’un des protégés de Voltaire. Pendant la guerre de 1741, cet abbé fut attaqué à Egra d’une fièvre maligne et, au milieu d’un accès, en l’absence de sa garde, il se précipita par la fenêtre. On prétend qu’avant d’expirer il dit aux gens qui le relevaient :
— Je ne croyais pas les seconds si hauts en ce pays-ci !
Hanoteau se trouve chez un peintre célèbre de ses amis qui lui fait les honneurs de ses toiles. Le bon paysagiste qui avait longuement regardé ces toiles, s’exclame : « Ça fait du bien de voir de la belle peinture !... » Le maître de céans se rengorge, croyant que cet éloge s’adresse à son œuvre, mais Hanoteau poursuit : « Ainsi, je viens de voir un de mes anciens tableaux!... » Tête de l’hôto !
En 1843, Bida laissa sa femme à Toulouse pour aller faire à
ARTISTES FACÉTIEUX
Venise un voyage de quelques semaines... ou de quelques mois ... il n'était pas exactement fixé. Du reste, qui pourrait prévoir la" durée d'une admiration d'artiste? Effectivement, Bida, émerveillé, se laissa entraîner par des amis vers d'autres merveilles entrevues, et il partit pour l'Orient... où il resta près de dix-huit mois... Il avait oublié sa femme !
« ... François Blin, dit le fin Blin, avait trouvé le moyen de faire des paysages sans arbres. « C'est trop difficile, » mon vieux, me disait-il un jour de sa voix caverneuse, "ajoutant, d'un air rêveur, cette réflexion mûrie et profonde : « Après « tout, on peut s’en passer, ça ne sert pas absolument. » Par contre, le rasoir jouait un rôle excessif dans la confection de ses tableaux, où chaque coup de brosse était suivi incontinent d'une estafilade. Il faisait ainsi la barbe à ses landes incultes... » ( Mes relations d'artistes. A. Besnus.)
Le peintre Henri Pille disait à Carolus Duran : « Tu t'appelles Carolus parce que tu fais de la peinture, n'est-ce pas? Pourquoi ne t’appelles-tu pas Caracolus quand tu montes à chevafet Carambolus quand tu joues au billard ?3u Suivant H. Pille, Léon Bonnat «peignait sur du nougat ! En revanche, le dessinateur Forain disait de Pille qu'il prenait des notes à la craie sur ses manchettes !
H. Pille est membre du jury d'admission au Salon, les quémandeurs abondent, l’atelier de l'artiste ne désemplit ,pas, comment s'y soustraire? C'est alors que Pille a l'idée ingénieuse de se poster à proximité de sa porte, il tient dans ses mains une
grande boîte remplie de ferraille, on sonne, — point de réponse — on sonne à nouveau — point de réponse — le coup de sonnette devient plus nerveux, voilà le moment choisi par Pille pour laisser tomber à terre sa boîte de ferraille, et le quémandeur, croyant avoir démoli la sonnette du membre du jury auquel il venait se recommander, se hâte, confus, de prendre la fuite...
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A un moment il fut question de donner un uniforme aux élèves de l’École des Beaux-Arts. Des artistes discutèrent même sérieusement au début, sur la tenue à adopter. Lorsqu’on en arriva à la coiffure, le peintre Hamon, ayant proposé le bonnet à poils!... ce fut un fou rire qui redoubla, aussitôt l’amendement de l’artiste pince-sans-rire : « le bonnet à poils... sans poil! »
Et la coiffure chère aux grenadiers célébrés par Raffet d’aller rejoindre, au magasin des accessoires, le casque symbolique qu’irrévérencieusement on posait sur la tête des membres de l’Institut.
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« Nous étions en Bretagne et nous avions vu au pardon ces immondes mendiants aux plaies factices que l’on sait. A la table d’hôte, plusieurs riches Anglais, sur le point de partir, disaient emporter, comme souvenir du pays, l’un un cheval, l’autre une vache. Soudain Hamon dit : « Une idée ! si j’emportais un pauvre ! » (La oie d'un artiste. J. Breton.)
Corot disait un jour à son ami Dumesnil : « Les architectes ne veulent pas de moi parce qu’on prétend que je mets pas mal d’air dans mes tableaux ; et ils craignent qne ça fasse des trous dans leurs murailles, ce qui serait malsain.
ARTISTES FACETIEUX
Fig. 142.
Dessin de Brion (gravure sur bois en fac-similé), extrait des Misérables. (Librairie du Victor Hugo illustré.)
l’art en anecdotes
E. Reyer excellait à forger des mots qui cinglent. Un flatteur, désireux de faire sa cour à l'illustre musicien, lui disait un jour : « N'est-ce pas, maître, M. Massenet n'arrive pas à la cheville de Wagner? — Pardon, répliqua le maître, il y est ! »
Un jeune musicien apporta, dernièrement, un manuscrit, poème symphonique ou partition, à l'auteur de Sigurd.
— Mettez-vous au piano, lui ditReyer, et jouez-moi quelques mesures.
- — Mais, répond le confrère étonné, je ne suis point pianiste î
— Mais si, mais si, quelques notes seulement. Plaquez un accord !
Le jeune homme obéit et plaque un accord.
— Je vous remercie, dit alors Reyer souriant. C'est ma manière d'appeler ma bonne. (Gil Blas.)
« L'académie des Beaux-Arts de Grenoble, écrit E. Reyer, a profité de la présence de notre grand peintre (Bonnat) pour mettre au concours un sujet de tableau. Et c'est moi qui l'ai trouvé : une famille de chamois visitant une manufacture de ‘gants... »
[Nouvelle Revue.)
« Nous ne sommes pas riches, disait Grandville, mais, comme je ne peux donner à ma femme des émeraudes pour pendants d'oreilles, je veux qu'elle ait des papillotes comme n'en ont point les reines I » Et le dessinateur s'amusait, en effet, le soir, à tracer toutes sortes de petites scènes plaisantes sur des papiers coupés en triangle. Mais Mme Grandville se refu-
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sait à sacrifier ces dessins à sa toilette de nuit, ce que voyant, Grand vii le, avec une colère feinte, menaça son épouse de publier ces papillotes et, de fait, elles parurent dans le Magasin Pittoresque !
C'est encore Bonvin, taquinant Brion (fig. 142), légèrement ému par les libations qui fêtaient sa médaille :« Défie-toi ! défietoi de ton succès ! » Puis, prenant la dernière pièce d'or qui restait dans le gilet de Brion, Bonvin agitait le louis d’or sous le nez de Brion prêt à se fâcher en lui disant : « Qu't'es rat ! Tu comptes avec tes amis 1 Mais malheureux, moi qui t'ai pris ta pièce de vingt francs, est-ce que je compte, moi!... »
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Un pauvre hère couvert de rhumatismes fait signe à un omnibus de s'arrêter, à cent mètres de là. Avec commisération, les voyageurs du véhicule attendent patiemment. On hisse le malheureux tant bien que mal dans l'omnibus, chaque contact lui arrache un cri, il s'installe, hurlant, tout le monde le regarde avec pitié. Bientôt, le rhumatisant demande à descendre, mais, ô surprise, l'éclopé de tout à l’heure, à la stupéfaction de tous, a retrouvé ses jambes, le voici maintenant qui danse derrière l'omnibus en narguant les voyageurs effarés... Jundt, car le mystificateur c'était lui, vient de réaliser une de ses « blagues » coutumières.
Les sculpteurs « débitent » la terre glaise à l'aide d'un fil de laiton qui rappelle le fil à couper le beurre, et voici un mot drôle à ce propos. Le sculpteur Delaplanche (fig. 143) , juché au haut d'une échelle, travaille avec son collègue Aizelin. Ce dernier
Fig. 14.— 3. —Figures décoratives, par E. Delaplanche.
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était à terre à côté de la glaise et préposé au fil à couper la glaise. Alors Delaplanche, qui ne détestait pas les jeux de mots,
stimule ainsi le zèle de son collègue : « Allons, Fénimore , de la glaise ! — Pourquoi m'appelles-tu Fénimore? demande Aizelin. — Parbleu ! puisque tu es le coupeur ! » ( Fénimore Cooper.)
l’art en anecdotes
Diaz débarque un soir, avec tout son bagage d'artiste, dans une hôtellerie de Barbizon. Il vient y passer un long mois moyennant quoi il compte être bien traité. Une excellente chambre est offerte aussitôt au bon paysagiste qui, le lendemain, est réveillé dès l'aube par un colloque réjouissant. La bonne de l'hôtel, préposée au nettoyage des chaussures, n'a trouvé à la porte de Diaz qu'une seule chaussure, d'où l'émoi. « Ce sont les jeunes chiens du fils du patron de l'hôtel qui ont fait le coup, sûr; ces satanées bêtes en auront mangé une, ça devait arriver. Comment faire?... »
On propose d'aller à la ville voisine acheter une autre paire de bottes au titulaire du n°... Diaz entend tout cela, étouffant de rire sous la couverture; bientôt il frappe au parquet avec sa pipe, on monte : « Eh bien ! et mes chaussures? s'écrie l'artiste en simulant la colère. — Vos chaussures?
« Ah 1 oui, on vous les monte de suite...» Mais le temps passe et pas de chaussures I Tant et si bien que Diaz exagère d'autant son courroux, parle de changer d'hôtel, etc., alors qu'en bas on ne sait comment s'en tirer, — quelle explication donner? — tandis que les jeunes chiens, en attendant, reçoivent une consciencieuse correction qui leur arrache des hurlements ! Cette fois, Diaz ne rit plus, il appelle l'hôtelier, et d'un doigt, lui désigne sa jambe de bois, cause de tout le mal !
« C'est vrai, clame alors l'hôtelier dans les escaliers, le monsieur n'a qu'une chaussure, parbleu ! il a un pilon! » (Diaz avait une jambe de bois.)
Amusant à consigner cet affreux calembour, parce que d'aucuns l'imputèrent au grand idéaliste Puvis de Chavannes (fig. 144). C'est un simple souhait ! — quon serve des Troyon de choux avec des Géricault rouges!
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« Un jour Cham passait rue de la Rochefoucauld; il avise, venant sur le trottoir opposé, Ruggiéri, le célèbre artificier qui était son ami intime. Cham traverse rapidement la rue, et se plante devant Ruggiéri en gesticulant et en décrivant avec ses bras des arabesques destinées à simuler des fusées, des pétards : « Patara tata !... Pif ! pafîBoum!... Pchitt... Patara... tata... » Un feu d'artifice entier, mimé avec accompagnement d'onomatopées variées.
« Tout à coup, Cham s'arrête, contemplant avec stupéfaction le monsieur, qui le contemple de son côté avec ahurissement... Cham s'est trompé... Ce n'est pas Ruggiéri ! Alors, sans se troubler, reprenant un air majestueux, le caricaturiste salua l'inconnu et poursuivit son chemin. » ( La Caricature et les Caricaturistes*)
Les anecdotes sur Gustave Doré sont fort nombreuses et d'un tour, d'une finesse bien particuliers. Un jour qu'il avait invité à dîner le directeur général des postes, il s'ingénia à recevoir son hôte d'une façon originale. La salle à manger, en effet avait l'aspect administratif d'un bureau postal, les serviettes étaient pliées en enveloppes, les sucreries étaient posées sur des bulletins télégraphiques, les bouchées à la reine servies sous forme de billets doux, les glaces modelées en boîtes à lettres, etc., etc.
Une autre fois recevant à sa table l'auteur des. guides Joanne, chaque convive trouva sous un globe de verre rempli de fleurs un exemplaire des guides, dont Doré voulut lire à chacun des extraits. D'un ton sérieux, l'artiste cita des phrases comme celles-ci : « Telle auberge est recommandable par la beauté de ses servantes, » ou bien : « Cette cathédrale est belle, quoique gothique. »
M. Joanne, effrayé, saisit aussitôt un de ses volumes, et ce n'est que lorsqu'il s'aperçut de la facétie de son illustre ami que les rires furent unanimes.
Voici encore une anecdote cocasse sur le célébré artiste. Il s'agissait de le présenter à un éditeur religieux qui désirait lui faire illustrer sa fameuse Bible. Giacomelli, futur auteur des vignettes de ce livre, était aussi présent, on n'attendait plus que Gustave Doré. On annonce : M. Gustave Doré ! La porte s'ouvre et l'artiste, se croyant seul, s'avance les jambes en l'air, marchant sur les mains !
Les boutades de Joseph Prudhomme sont fameuses : Retirez l3 homme de la société : vous V isolez! Ce sabre est le plus beau jour de ma aie. Le char de l’ Etat navigue sur un volcan. La démocratie coule à pleins bords! Si Bonaparte était resté lieutenant d’artillerie, il serait encore sur le trône , etc. Et, lorsque Monnier dépouille son fameux type de Joseph Prudhomme, ses « farces » prennent un tour encore bien particulier.
« Bon Dieu ! s'écrie un jour Monnier, en regardant des furets enfermés dans une cage appendue à la devanture d'un marchand de parapluies, les jolis petits cochons d'Inde ! — Pardon fait le marchand ce sont des furets. — Des furets? allons donc, vous plaisantez ! Des furets. — On me les a vendus pour des furets, je vous l'assure. — Quelque ignorant en fait d'histoire naturelle, soit. Ce sont des cochons d'Inde d'Océanie; on ne vous a pas volé, mon cher monsieur. Ah ! mon Dieu, les jolis jolis petits cochons ! — Vous croyez? là, vraiment, ce ne sont pas des furets? dit le marchand. — Parbleu, reprend Monnier j'en suis sûr. Je suis empailleur au Jardin des Plantes. » Et voilà notre homme absolument persuadé de sa propre erreur. Le lendemain Romieu, ami et complice de Monnier, stationne devant la cage : « Saprelotte ! les gentils furets ! s'exclame-t-il. — Vous vous trompez, dit majestueusement le marchand de parapluies, ce sont des cochons d'Inde... d'Océanie. — ■ Bourgeois, répond alors Romieu d'un ton digne, pour qui me prenezvous? Je sais peut-être distinguer un furet d'un cochon. — Ta ! Ta ! J'étais comme vous, un de mes amis, empailleur au Jardin
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des Plantes, m'a certifié... — Votre ami est un polisson qui s'est moqué de vous, car ce sont bien des furets que vous avez en cage. « Ebranlé de nouveau dans ses convictions, le marchand s'écrie : « Ce farceur d'hier ! Je savais bien que je ne me trompais pas. » Quinze jours durant, ce fut une procession des amis de Monnier et de Romieu, les uns affirmant devant les malheureuses bêtes captives :« Ce sont des cochons d'Inde ! » Les autres : « Ce sont des furets ! » Le marchand, finalement, perdit la tête et d'un coup de* pied la cage vola dans la rue. On prétend qu'il dut s'aliter.
Au surplus, écoutons cette dernière plaisanterie, faite toujours par Monnier à des acteurs qui montaient avec lui sur les planches.
« Un jeune premier, qui devait remplir un rôle à moustache, était sur le point d'entrer en scène, quand, tout à coup, le facétieux l'arrête et lui glisse à l'oreille : « Prends garde il te manque une moustache. » Le comédien s'arrête, éperdu : « Est-ce possible? murmure-t-il. — Mais oui ! le « temps presse, ôte-la donc 1 C'est à gauche. Il vaut mieux n'en pas avoir du tout : tu te ferais siffler. » Tout cela dit, comme de juste, avec, ce sérieux imperturbable que Monnier seul possède. Aussitôt, le jeune premier, confiant, d'arracher le duvet postiche qui orne sa lèvre gauche, tandis que le côté droit reste garni de poils noirs. Puis il entre en scène et arpente les planches avec beaucoup d'aplomb. Persuadé qu'on se moque de lui le parterre siffle à outrance, et Monnier, dans la coulisse, rit à su tordre les côtes. » ( La Caricature et les Caricaturistes. Du même
auteur.)
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Malgré l'importante responsabilité de l'architecte, cette qualité, de même que celle d'ingénieur, aussi périlleuse, peut être exercée sans diplômes. A ce propos une anecdote. Un mauvais peintre avait pour architecte l'un de ses meilleurs clients. Et ma foi, les deux hommes de l'art (?) se faisaient de
l’art en anecdotes
mutuelles concessions, car si le disciple d’Apelle exécutait de déplorables portraits pour le compte du disciple de Vignole, ce dernier lui avait construit un hôtel aussi laid qu’incommode.
Bref, un beau jour, l’hôtel en question vint à tasser à tel point que, cédant à la crainte légitime d’être enseveli sous les gravats, le peintre courut chez l’architecte et lui reprocha avec véhémence, en fin d’arguments, d’être dépourvu de diplômes!
Ce à quoi, piqué au vif, l’architecte répliqua que si la maison de son client croulait, cela n’était, après tout, qu’un geste réciproque, puisque grâce aux portraits exécutés par le peintre réclamant, sa famille croulait aussi sous le ridicule!
En avait-il au surplus, des diplômes, cej jeintre dont les tableaux craquaient de toutes parts? Et, de fait, les deux artistes (?) réconciliés par l’évidence (?) de cette boutade — car il n’y avait pas à le nier, sous l’effet du bitume et du vernis les toiles s’étaient fendillées — cessèrent leur querelle et le peintre nous disait, ces temps-ci, avec un sourire malicieux :
« Et puis, vous savez, X. m’a remis ma maison d’aplomb, elle est même trop solide {sic) ; quant à moi, j’ai le dernier mot, mes portraits continuent à craquer et après avoir épuisé la série des portraits de famille de X, il m’a fait faire ceux de ses amis. A leur tour, maintenant, de crouler sous le ridicule ! »
Un jour Feyen-Perrin aperçoit un peintre en bâtiment en train de simuler du granit sur des lambris; il accompagne l’action saccadée de son pinceau, crachant en pluie la couleur à distance, d’une langoureuse romance. Alors, arrachant vivement des mains de son « collègue » ébahi la brosse qu’il manie, Feyen lui dit sérieusement : « Mon ami, quand on fait du granit, ce n’est point cela que l’on chante; » et tandis qu’il imprime à sa dextre armée du pinceau chargé de couleur, des secousses accélérées à l’aide de sa main gauche, pour faire « cracher » la couleur, il chante avec précipitation la scie sui-
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vante : « Ah ! il a des bottes, il a des bottes, Bastien ! il a des bottes, bottes, bottes, etc.
Une « charge » d'élève architecte. Un « nouveau » débar qué de province arrive à batelier. Son voisin, un « ancien » au visage glabre, lui confie à l'oreille qu'il est le fils du célèbre peintre : Carolus Duran, et bientôt, ayant pris sous sa protection le nouveau, il lui dit un jour que son père serait très désireux de faire sa connaissance et qu'à cet effet il le priait de vouloir bien venir dîner le soir même chez lui. Invitation acceptée avec empressement et, à 7 heures, le provincial sonne chez le maître. Introduit au salon et aussitôt en présence de Carolus Duran, le jeune architecte se confond en remerciements, il parle avec volubilité du fils du maître, si sympathique.
En vérité, il est ravi de l'honneur qui lui est fait et il ne sait comment témoigner sa gratitude, etc.
Mais Carolus Duran, qui n'attend précisément personne à dîner et encore moins son fils absent pour l'instant, soupçonne aussitôt la mystification dont son « hôte » est victime et il lui explique amicalement que son fils s'occupe de musique, qu'il n'est point architecte el qu'il porte toute sa barbe. Et le maître finalement retient à sa table le « nouveau » qui, demain à l'atelier, confondra à son tour ses mystificateurs en leur contant la façon exquise avec laquelle il fut traité... malgré eux.
l’art en anecdotes
Le calvaire des artistes.
Bupalus, de Chio, ayant fait avec son frère Athénis le buste du poète Hipponax qui était fort laid, et bayant exposé à la risée publique, on raconte qu’ Hipponax, pour se venger, fit contre eux une satire tellement violente, qu’ils se pendirent de désespoir.
En revanche, il y a au Palais de Justice de Bruges une superbe cheminée en bois sculpté et ciselée, dont voici la légende. « On raconte qu’un certain Hermann Glosemcamp, condamné à mort, demanda la faveur de faire un dernier ouvrage de son métier. Il était ymagier en bois. Aidé de sa fille, il entreprit cette cheminée célèbre qui lui valut grâce et indulgence plénière. »
Malheureusement, l’histoire nous apprend que les artistes ne désarmèrent point toujours le « client » par leurs chefsd’œuvre. En voici un exemple.
Pierre Torregiano, célèbre sculpteur florentin, auteur du beau monument de Henri VII à l’abbaye de Westminster, travaillait, pour un grand d’Espagne, à une statue de l’Enfant Jésus. Le prix n’en était pas fixé, mais l’acheteur, fort riche, avait promis de payer l’œuvre suivant son mérite. Terregiano fit un chef-d’œuvre, le seigneur lui-même, enthousiaste, ne pouvait trouver d’expression pour le louer, et il envoya le lendemain les domestiques avec d’énormes sacs d’argent. A
CALVAIRE DES ARTISTES
cette vue, l'artiste se crut dignement récompensé, mais en ouvrant les sacs, il y trouva. . . 30 ducats de monnaie de cuivre ! Alors Torregiano, justement indigné, brise à coups de marteau la statue, et chasse les domestiques avec leurs sacs, en ordonnant de raconter à leur maître ce qu'ils venaient de voir. Le grand seigneur eut honte de son procédé, mais il jura de se venger. Il se rendit aussitôt chez l'inquisiteur, accusa l'artiste d'avoir porté la main sur l'Enfant Jésus et feignit de frémir d'un attentat aussi affreux. En vain Torregiano soutint qu'un créateur a le droit de détruire son ouvrage, la justice parlait en vain pour lui, le fanatisme était son juge. L'infortuné, mis à la torture, expira dans les plus atroces supplices.
On dit que Zeuxis, ayant peint une vieille femme, se mit tellement à rire à la vue de ce portrait, qu'il en mourut...
La tradition grecque racontait que l’habileté de Phidias avait reçu un témoignage éclatant de la satisfaction de Jupiter lui-même. (Il s'agit du Jupiter Olympien.) L'ouvrage terminé, le grand artiste pria le dieu de lui faire connaître s'il était content de son effigie; aussitôt le pavé du temple fut frappé de la foudre. Les Grecs avaient un respect religieux de l'art : ce respect ils le poussaient si loin que, d'après Pline, la peinture était interdite aux esclaves. Ils voulaient que l'art ne fût servi que par des hommes libres.
Or il apparaît dans le récit suivant que le respect pour l’art ne s'étendit point toujours jusqu'aux artistes.
Les historiens nous apprennent, en effet, que Périclès avait mis dans les draperies qui enveloppaient la Minerve de Phidias, comme fonds de ressource, trois millions, et que l'or avait été disposé de manière qu’on pût l'enlever pour en véri-
fier le poids. Précaution surtout utile à l'artiste, lorsqu'il fut accusé d'avoir dérobé une partie du métal qui lui avait été confié. On sait que Phidias n'eut alors qu'à détacher la tunique ainsi que les parties métalliques de- la statue et qu'à les peser, pour confondre ses ennemis. Ceux-ci, d'ailleurs, ne se découragèrent pas et reprochèrent à Phidias d'avoir voulu partager avec les dieux l'honneur qui leur est rendu, en mettant son image et celle de Périclès sur des objets consacrés. Le célèbre sculpteur effectivement avait sculpté sa propre effigie au milieu du bouclier de la déesse et, par un artifice secret, il le mit en tel rapport avec la statue que si quelqu'un eût voulu l'en ôter, tout l'ensemble de la masse se serait dissous et décomposé. C'est-à-dire que la tête de Phidias était sans doute en même temps celle de l'écrou et de la vis de l'armature intérieure qui rassemblait toutes les pièces du bouclier.
« Le Rosso, qui cependant avait du mérite, trouvait et faisait voir en Raphaël tant de défauts, que les élèves de celui-ci, avec les habitudes de modération de leur siècle, le cherchaient par la ville, l'épée nue, et le voulaient tuer pour prouver qu'il se trompait.
« Bandinelli fut préféré deux fois à Michel-Ange. 11 y eut toujours des hommes méconnus ou mal connus, des intrigues et des bassesses. »
On prétend que Giorgione mourut des suites du chagrin que lui avait causé une infâme trahison de la part d'un élève, à qui il donnait l'hospitalité. Le célèbre peintre n'avait que trentre-quatre ans !
CALVAIRE DES ARTISTES
Le Caravage, n'ayant point un jour de quoi payer sa dépense au cabaret, en peignit l'enseigne; et ’cette enseigne fut vendue, dans la suite, un prix considérable.
Mengs conteste l'opinion généralement admise que ' le Corrège ait été pauvre et méconnu. D'autre part, Annibal Carrache écrit : « Mon cœur se brise de douleur quand je pense au sort malheureux de ce pauvre Antoine (le Corrège). Un si grand homme, si toutefois il ne mérite pas d'être appelé un ange, s'ensevelir dans un pays où jamais il ne fut connu, et y finir misérablement ses jours ! »
Mais, n'est-ce pas par simple goût du drame et du sentiment que les peintres ont représenté le poète Gilbert — largement pensionné — mourant à l'hôpital?
Comment quitter le nom du Corrège sans narrer sa fin singulière? Il mourut, dit-on, à la suite d'un refroidissement résultant de la longue et pénible route qu'il fit pour porter lui-même à sa famille le prix d'un de ses tableaux qu'on lui avait payé en monnaie de cuivre !