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INSPIRATION

Cliché L. Mercier.

Fig, 35. — Amour, par Bouchardon.

Un jour, un peintre montra un tableau à Michel- Ange où il n'y avait pas une seule partie qui ne fût copiée quelque part. « C'est très bien, dit Buonarroti, mais je ne sais trop ce que deviendra votre tableau au jugement dernier où tous les membres iront rejoindre leur corps, car voilà une tête qui appartient au David de Cimabué, une jambe qui a été prise au Josué de Giotto. Qu'est-ce qui vous restera? » Une autre fois un* sculpteur vint chez lui avec son enfant et lui demanda son avis sur une statue qu'il lui apportait. Michel- Ange regarda la statue, puis, se retournant vers l'enfant qui était très beau, il l'embrassa et lui dit : « Mon petit ami, vous avez un- père qui fait l^bien mieux les figures en chair qu'en marbre ! »

Boucher déclara un jour à Fragonard quand il partit pour l'Italie : « Mon cher Frago, tu vas voir en Italie les ouvrages de Raphaël, de Michel- Ange et de leurs imitateurs, mais, je te le dis en confidence et comme ami, si tu prends ces gens-là au sérieux , tu es perdu. »

« Le difficile n'est pas d'aller à Rome, déclarait d'autre part le peintre J. Bastien-Lepage, en faisant allusion au Prix de Rome, c’est d’ en revenir. » Le célèbre peintre entendait par là que la technique et l'esprit classique ne doivent point paralyser l'émoi intimé, le métier devant céder le pas à l'inspiration et non l'assujettir.

On raconte que le Titien (fig. 34), dans son tableau intitulé la Cassette, avait peint, d'abord, dans ce bassin d'argent qui supporte cette cassette, une tête humaine, celle de saint Jean-Baptiste. C'est pourquoi cette belle jeune fille qui figurait Salomé détournait son visage, se penchait en arrière comme pour fuir l'odeur du sang, portait le plat

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