IMAGINATION
Ciicne L. mercier.
Fig. 36. — Le Pêcheur à la tortue, par F. Rude.
très haut et ne le touchait que le moins possible de ses blanches mains, de peur de les tacher. Le Titien se ravisa, diton, effaça la tête et la remplaça par une riche cassette. Peutêtre lui répugnait-il de voir cette image de la mort si près de cette gracieuse personne qui, suivant la tradition, était le portrait de sa fille. En tout cas, cette substitution indique une singulière souplesse dans l'inspiration !
AA
Au lendemain de l'assassinat de Sadi Carnot, l'infortuné président de la République, par Caserio Santo, on put lire dans le journal L’ Intransigeant que l'assassin avait été inspiré dans son épouvantable forfait par un dessin d'Émile Bayard, dessin illustrant un chapitre des Châtiments de Victor Hugo, intitulé Nox :
Prends ton couteau , Vinstant est bon , la République confiante, etc...
dit le poète. Que l'on vienne nier, après cela, la puissance suggestive de l'image ! La littérature, d'autre part, parle autant à l'intellect. Ainsi, Bouchardon (fig. 35), célèbre statuaire du temps de Louis XV, s'écriait à propos d'une traduction d'Homère qu'il venait de lire : « Depuis que j'ai lu Homère, les hommes ont quinze pieds et la nature s'est accrue pour moi ! »
Gavarni disait souvent à J. Gigoux : « Les mots que je mets au bas de ma pierre me coûtent autant de travail que le dessin même. » Il employait toutes sortes de moyens et de malices pour les trouver. Aussi, le célèbre dessinateur confiait-il encore ceci à Gigoux : « Je pars souvent à l'aventure, courant çà et là par les rues, regardant les enseignes, toujours à la poursuite d'un mot piquant dont je puisse me servir et que je note immédiatement. »
« A propos du tombeau de Godefroy Cavaignac par