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EXPRESSION

Cliché L. Mercier

Fig. 37. — Le Penseur, par Michel-Angf,

Rude. Un jour, un homme à l’air militaire passe sa carte au célèbre statuaire, c’est le général Eugène Cavaignac, qui demande à voir la statue de son frère. On l’introduit dans l’atelier, où le général demande à rester quelques instants devant le tombeau. Rude, discrètement, se retire avec un de ses élèves au fond de la pièce, dans l’obscurité. Le général, qui probablement se croyait seul, fait quelques pas vers la statue et retire son chapeau. Il regarde longtemps, sans changer de place, le cadavre de bronze; au bout de quelques minutes il passe la main sur son front comme un homme qui prend une résolution, puis, s’avançant encore plus près, il penche son visage sur celui de la statue, le regardant de très près, et lentement sa main hésitante monte à celle de son frère; il la retire presque aussitôt (le froid du métal l’avait probablement surpris), puis, sans mot dire, le général se redresse, regarde encore fixement le visage de bronze, met son chapeau et part sans voir les deux statuaires demeurés dans l’obscurité; il avait la main appuyée sur sa poitrine, comme un homme qui cherche à sentir les battements de son cœur. » ( Causeries sur les artistes. P. Gille.)

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Du bloc de marbre donné à Rude pour le buste de la Pérouse, il restait un morceau qui avait la forme d’un prisme triangulaire; c’est pour en tirer parti que le maître conçut la composition du petit Pêcheur Napolitain (fig. 36) jouant avec une tortue.

A propos de la matière inspiratrice, Michel-Ange (fig. 37) disait qu’une statue de marbre devait pouvoir rouler, sans se briser, du haut d’une montagne. C’est-à-dire que l’on devait réserver les grandes masses au marbre et laisser les découpures, la fragilité, au bronze.

Fig. 38. — La Toilette de Vénus, par C.-M. Clodion.

« Lucca délia Robbia, créant la sculpture en terre, inventait à la fois le secret de travailler l'argile, celui de rendre son travail éternel comme des sculptures, en le vernissant, et l'art de le varier, comme des peintures, en le coloriant. »

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A la suite de l'expédition d'Égypte, on en arriva à imiter les monuments égyptiens ou asiatiques : on devint amoureux des obélisques et l’on bâtit à Paris le Passage du Caire et même les Bains Chinois (qui font pendant aux temples turcs , aux salles de danses égyptiennes construits à Soisy-sous-Etiolles) ! On éleva encore la Fontaine du Palmier (place du Châtelet) et le monument à Desaix, place des Victoires, disparu aujourd'hui. Cette contrefaçon avait succédé à celle du grec. « L'amour du grec fut poussé si loin, sous le premier Empire, que les trumeaux de V infâme Boucher s'exposaient à terre sur les quais; les obscènes Clodion (fig. 38) n'osaient se montrer que sur des socles, pourvus d'un mouvement de Lepaute, et on trouvait honteux de laisser le Départ pour Cythère du galant Watteau dans la galerie du Louvre. Ce qui est consolant pour l'art français, c'est qu'en même temps les crayons du xvie siècle, les gravures d'A. Dürer et d'Aldegrever s'obtenaient, pour quelques sous. )) (P. Lacroix.)

Une poignée de bons mots relatifs à l'art : « Il faut qu'un peintre se fasse une bonne paire de lunettes, » disait le peintre Granet. On eût pu appliquer à Horace Vernet le mot de Voltaire : « Toujours mieux, jamais mieux. » Ingres écrivit à propos du baron Gérard : « Il a abandonné la peinture et la peinture l'a abandonné. » « Mes chevaux, affirmait Gros, mangeraient chacun dix chevaux de Vernet. »

« Giotto renouvela l'art parce qu'il mit plus de bonté dans

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