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CHAPITRE VI

Danse, Musique et Poesie.

G^neralitcs. ,^ „^ OUS avons troiive, ä l'origine des arts du repos, de-

coration, peinture et sculpture, un but utilitaire, le plus souvent magique. Les arts du mouvement^ danse, musique et poesie, nous permettent d'atteindre un resultat identique. Nous ne pouvons nous attarder longtemps ä en faire une demonstration complete et detaillee ; il suffira de citer quelques cas typiques.

« Un ancien historien de Madagascar nous apprend que, «quand les hommes sont ä la guerre, et jusqu'a leur retour, les femmes et les jeunes filles ne cessent de danser nuit et jour et ne se couchent ni ne dorment dans leurs propres maisons... Elles croient,par leurs danses, donner force, courage et bonne chance a leurs epoux. Elles observent religieusement cette coutume » *.

« De meme chez les Indiens de la riviere Thompson (Colombie britannique), quand les hommes sont ä la guerre, les femmes dansent frequemment pour assurer le succes de l'expedition. Les danseuses brandissent leurs couteaux, lancent au loin de long& bätons pointus et agitent d'avant en arriere des bätons munis d'un crochet. En langant les bätons pointus, elles fönt le simulacre de percer un ennemi ; avec les bätons ä crochets, elles tirent leurs maris du danger. Les armes sont toujours dirigees dans la direction dupays ennemi » ^.

^ Frazer, tke Golden Bough, I, p. 31. Ed. frangaise, I, pp. 28-29. ■^ Ibidem, ed. fran9aise, pp. 29-30.

« Luden fait observer que : « Vous ne sauriez trouver im seul mystere ancien oü Ton ne danse point. Tont le monde sait que Ton dit des revelateurs des mysteres qu'ils les ont danses hors du sanctuaire (tiopyiiobci') ». Clement d'Alexandrie se sert de la meme expression en parlant de ses « effrayantes revelations ». Les mysteres sont si etroitement lies ä la danse chez les sauvages que, lorsque M. Orpen questionna Qing, le chasseur boschiman, sur quelques doctrines auxquelles Qing n'etait pas initie, celui-ci repondit : « Les hommes inities ä cette danse savent seuls ces choses » *.

Rappeions aussi les danses d'animaux des Australiens et les danses executees aux funerailles chez la plupart des peuplades sauvages '^

Presque toujours ces danses sont accompagnees d'instruments de musique tres primitifs. Les uns ont pour but de rythmer les mouvements et consistent, le plus souvent, en Instruments de percussion, bois sonores frappes en cadence, tambours, etc., qui ne fönt que suppleer au battement des mains ^. Les autres ont une origine quelque peu differente. On pourrait dire, d'une fa^on generale, qu'ils sont destines ä produire un bourdonnement par Vibration ou un siflflement dans lequel les primitifs voient quelque chose de mysterieux et de sacre. II faut citer, a cet egard, l'arc, la gora des Cafres et des Boschimans •*, et surtout le « bull-roarer » ou « Schwirrholz » dont la repartition geographique est si considerable \ Parfois les instruments ont pour but d'ecarter les esprits malfaisants pendant que Ton celebre les ceremonies ; tel le sistre.

Un fait caracteristique aussi, dans certaines parties de TAfrique, c'est que le chef est accompagne, dans ses sorties, d'une

' Lang, Mythes, Cultes et Religions, trad. Marillier. Paris, 1896, p. 261.

2 Voir, par exemple, Kingsley, Mary-H., Trax'eh m West Africa, Londres, 1900, p 331.

3 Voir, ä ce sujet, le livre de 'Rncn^K, Arbeit und Kytlimns, 2P ed. Leipzig, 1899. ^ Deniker, lea Races et les peuples de la tej-re, fig. 70-7 r, pp. 250-25 i et fig. 135,

^ Frazer, the Colde7i Boiigh, III, p. 424, note. — Lang, Mythes, Cultes et Religions, trad. Marillier, pp. 262-263. — Cook, A.-B., les Galets peints du Mas d'Azil, dans l' Anthropologie, XIV, 1903, pp. 657-659. — ScHURTZ, Urgeschichte der Kultur . Leipzig, 1900, pp. 50 et suiv. et p. 512.

bände de musiciens. « Chaque executant, sans se preoccuper de la discordance, souflle, sonne, frappe oii agite, pour son compte, en interpretant un air tres court formant la note dominante de la cacophonie » ^

Les feticheurs sont frequemment des musiciens tres habiles.

II est incontestable que la musique et la danse ont acquis rapidement, a cote de leiir role utilitaire et magique, un but d'agrement. Les quelques exemples qui precedent montrent que le role magique de ces arts n'est pas douteux k l'origine, sans qu'il soit possible, dans les cas speciaux qui peuvent se rencontrer, de determiner le but precis des musiciens ou des danseurs. Danse. Nous avons eu l'occasion deja de parier, ä diverses reprises, des

scenes de danses. Je rappellerai, en premier Heu, la Statuette de Toukh, reproduite sur notre figure 5, oü la danseuse a les deux bras eleves au dessus de la tete. Les vases decores nous ont montre des figures de femmes dans une position identique (fig. 83 et 85) ; elles sont parfois accompagnees d'hommes qui paraissent rythmer la danse en entrechoquant des morceaux de bois, especes de castagnettes (fig. 84). Deux figures de femmes, de la tombe peinte de Hieraconpolis, rappellent egalement les danseuses par la position des bras (fig. 146 A).

Les danseurs et danseuses etaient charges, aux funerailles, du soin d'executer des danses accompagnees de lamentations, et, si nous examinons, avec M. Erman, les representations des tombeaux de l'Ancien Empire, nous reconnaitrons immediatement que cet usage a persiste longtemps apres les debuts de l'Egypte pharaonique -. Les figurines en terre cuite, decouvertes dans les tombeaux grecs, nous montrent les memes danseuses et pleureuses funeraires, et l'apparition de ce type en Egypte, aux epoques les plus anciennes, sera certainement de nature a modifier d'une fa9on importante les conclusions d'un recent travail de M. Collignon ^.

' Notes analytiqties sur les collections etJuiographiques du Musee du Congo (Annales du Musee dxi Congo. Ethnographie et anlhropologie. Serie III), t. I, fasc. I, pp. 17-18.

2 Erman, Aegvpten und ägyptisches Lehen im Altertum, pp. 335 et si et p. 336: « Fast stets begegnen wir Tänzen bei dem Feste der Ewigkeit, das heisst bei dem Feste, das zu Ehren der Toten abgehallen wird ».

•* Collignon, de H Origine du type des pleureuses dans Part grec, dans la Revue des etudes grecques, XVI, 1903, pp. 299-322.

Sur les Premiers monuments egyptiens pharaoniques nous avons remarque plusieurs representations de danses religieuses.

Qu'on se rappelle les danses des massues de Hieraconpolis (fig. 170-172) et de la plaquette du roi Den (fig, 174), dont les monuments de l'epoque pharaonique nous donnent de nombreux exemples analogues.

Sans s'attarder ä decrire les scenes de danses funeraires des basreliefs de l'Egypte pharaonique, deux de ces representations^me semblent devoir arreter un instant 1 'attention.

Fig. 189. — Danseurs de la tombe d'Anta, a Deshasheh.

Dans le tombeau de Anta, ä Deshasheh ', on trouve une serie de danseurs tenant en mains des bätonnets courbes termines en tetes de gazelle (fig. 189). M. Petrie ' a compare ä ces accessoires de danse des fragments d'ivoires decores de Hieraconpolis, dont la figure 99 donne deux specimens, parmi les fragments de meubles.

Ce qui nous Interesse tout specialement dans cette scene, c'est que les textes des pyramides mentionnent les gens du Touat

r\ '\^Jj '■''• Le determinatif de ce nom est constitue par

un bras tenant un instrument termine en tete de gazelle. On doit donc se demander si les danseurs de Deshasheh ne sont pas egalement des gens du Touat, et si, ä l'epoque egyptienne, on

' PetriEj Deshasheh, pl. xii et p. 8.

■' Dans QuiBELL, Hierako7ipolis, I, p. 7.

^ Maspero, la Pyramide du roi Pcpi I, dans le Recueil de travaiix relalifs li la Philologie et ä l'archeologie egyptiennes et assyriennes, VII, 1886, p. 148, 1. 245.

leur reservait le soin d'executer les danses funeraires. Les gens du Touat sont les habitants du Touat, un des enfers des Egyptiens pharaoniques ', et nous assisterions alors ä la danse des habitants de cette region mysterieuse. Nous serions tente de retrouver dans Touat le nom actuel de l'oasis de Touat, situee, il est vrai, ä l'extremite nord-ouest du continent africain. L'exemple n'est pas unique de tribus qui, anciennement en contact avec l'Egypte, en sont actuellement extremement eloignees. Plusieurs tribus paraissent, d'apres M. Lefebure •', avoir laisse des traces de deplacements non moins considerables (Maces et Maxyes, Berberes et Barabras, Numides et Nobades, etc.)-

La consequence de ces remarques serait que la region des morts, le Touat, aurait ete, a l'origine, une contree reelle, et ce resultat cadrerait parfaitement avec les recherches de M. Maspero sur la grande oasis, le champ des souchets, et de M. Chassinat sur l'ile du double et la terre des mänes ^. Rappeions qu'a l'epoque de la XVIIP dynastie on representait encore a Deir-el-Bahari les danses des Libyens ■».

Parmi les nombreuses figures de danses relevees et decrites par M. Erman, l'une montre des femmes vetues d'un simple pagne,

1 Je trouve dans un ouvrage recent un renseignement bizarre, relate par un voyageur non prevenu, et qui peut donc avoir son importance. Visitant les tombes royales ä Thebes, l'auteur ecrit : « Tous ces corridors sont remplis de peintures, de reliefs, qui representent ce qu'il y a dans les livres de Thades (sicj, dans le Touat, ou, si vous le voulez, plus simplement dans l'enfer. La premiere foisque j'ai oui parier de Touat, c'etait ä Tunis ; je voyais un Touareg dont la presence causait un veritable evenement, meme parmi les indigenes. Sa figure, ■completement voilee par une etoflfe noire tres epaisse, sa mise, son manteau d'un brun fonce causaient un vrai rassemblement. Quelqu'un du pays me dit : « C'est un Touareg, c'est un diable vomi par l'enfer dont il porte le nom : Touareg vient de Touat, qui veut dire enfer ». Je conte cette anecdote qui m'a paru curieuse, sans me faire l'editeur responsable de cette etymologie, et je reviens aux Egyptiens ». Baron du Gabe, Echelles du Levatit. Impressions d'un Franfais. Paris, 1902, p. 84.

- Lettre privee du 25 janvier 1903.

•* Maspero, G., le Nom antiqiie de la Grande Oasis et les idees qui s'y rattachent, dans les Etudes de mythologie et d'archeologie egyptiennes, II (Bibliotheque egyptologique, II), pp. 421-427 ; les Hypogees royaicx de Thebes, ibidem, pp. 12 et s. — Chassinat, (Tä et lä, § III, dans le Recueil de travaux relatifs ä la philologie et ä Farcheologie egyptien7ies et assyriennes, XVII, 1895, p. 53.

^ Naville, tlie Temple of Deir el Bahari, IV, pl. xc et p. 2 : « It is curious that in other festivals the dancing is done also by these Africans, the Tamahu, as if

vetement reserve aux hommes, et dont la chevelure a ete transfor-

mee ä rimitation de la couronne blanche de la Haute Egypte. La

danse qu'elles executent s'appelle « sous les pieds » et n'est autre

que la copie, quelque peu burlesque, de la scene oü Ton voit le roi

levant sa massue au dessus de la tete d'un barbare

vaincu, comme nous l'avons note sur la grande

palette de Nar-Mer. Le nom de cette danse, dit

M. Erman, vient de ce que les inscriptions qui

accompagnent, d'ordinaire, les representations

loyales disent du roi que « tous les peuples lies

ensemble sont abattus sous ses pieds ».

Cette curieuse danse doit etre, vraisembla-

blement, rapprochee de la scene analogue de

la tombe peinte de Hieraconpolis (fig. 146 A),

et nous aurions un exemple de plus de tradi- ^^^- ^9o-

Statuette en tions ininterrompues depuis les temps prehis- . -^^,„,^„^-0-

^1 r r STEATITE DECOUVERTE

toriques jusqu'ä la XIL dynastie K ^ Hieraconpolis.

M. Erman remarque que la musique consiste, Ashmoiean Museum, ä Oxford. Mosique. presque exclusivement, en Taccompagnement des danses. Nous venons de rappeler la representation des joueurs de castagnettes sur un vase prehistorique. Sous l'Ancien Empire, nous notons egalement, comme instruments de musique presentant un caractere funeraire ou religieux, les flütes et les harpes. Dans les fouilles de Hieraconpolis^, on decouvrit un petit personnage assis, en steatite lüg. 190). Sous la bouche est perce un trou ; les deux bras brises pres du corps etaient etendus en avant, et il est probable que c'etait un flütiste. Nous pouvons la comparer aux figures en pierre des iles grecques apparte-

they had some national propensity to that art, like the Hungarian gipsies in modern times ». — Voir, en outre, Lefebure, la Politique religietisc des Grecs eti Z%'^ (Extrait du Bulletin de la Societe de Geographie d' Alger et de l'Afrique du Nord, 3« et 4« trimestres 1902). Alger, 1902. VI. Le caractere de la religion libyenne, c6te orgiaque, pp. 30-34.

' Plus tard egalement. Voir Benedite, Un guerrier libyen, figurine egyptienne cn bronze incruste d'argent, conservce au Musee du Louvre, dans les Monuments et Memoires publies par l' Academie des Inscriptions et Belles-Lettres (Fondation Piot), IX, 1903, pp. 123 et suiv.

" QuiBELL and Green, Hierako7ipolis, II, pl. xi.viu b, colonne de gauche.

nant a la periode egeenne et qui representent un flütiste et un harpiste '.

Si Ton doutait du role funeraire de ces instruments de musique, on pourraitciterime scene des peintures deBeni-Hasaii ^ (fig. 191). A cote de la stele en forme de porte representant l'entree de l'äme, plusieurs personnages apportent des offrandes.

Les deux registres inferieiirs sont occupes par des femmes jouant de la musique. Deux jouent de la harpe, tandis que trois autres frappent en cadence dans leurs mains pour accompagner le chant; derriere, une femme agite un sistre, tandis qu'une autre se sert d'un Instrument bizarre. II s'agit ici, certainement, de chants et de musique a caractere religieux, executes en l'honneur du mort. La presence du sistre, agite lors des ceremonies du culte pour ecarter les mauvais esprits, pourrait indiquer une influenae analogue pour l'instrument qui lui fait pendant. II consiste en une espece de planchette, attachee ä une tige tournant dans un manche que la musicienne tient en main. Cela devait produire une sorte de bourdonnement assez sourd.

II existe, chez un grand nombre de peuples, un instrument qui pourrait etre rapproche de notre appareil egyptien. C'est ce que les ethnographes anglais appellent « bull-roarer » et les allemands « Schwirrholz », sans que je puisse donner de ces mots une traduction precise en frangais. Le « Schwirrholz », dit M. Schurtz •*, consiste en un morceau de bois, long, peu epais, qui a parfois la forme d'un poisson ou qui est decore d'ornements graves ou peints.

^ Perrot et Chipiez, Histoire de Pari dans PiVitiquitc, VI, la Grece primitive, l'art myce?iic?ij pp. 760-762 et fig. 357 et 358. — Koehler, Prähistorisches von den griechischen Inseln, dans les Mittheilungen der kaiserlich deutscheyi archaeologischen Instituts. Athenische Abteilung, IX, 1884, pp. 156-162 et pl. vi.

Voir un sarcophage en pierre decore de scenes peintes, decouvert par Paribeni, pres de Phaistos, dans Karo, Altkretische Kutstätten, dans les Archiv für Religionwissenschaften, VII, 1904, p. 130, note i : « Hinter dem Opfertisch steht ein Flötenbläser ». (Renseignement communique par M. J. DeMot.)

C'est dejh lä Toriginedes peintures des lecythes attiques, oü l'on voit representes des harpistes et flütistes dans les ceremonies funeraires. Voir Pottier, Etüde sur les lecythes hlancs attiques ä representations funeraires (Bibliotheque des ecoles francaises d'Athenes et de Rome, fasc. XXX). Paris, 1883, surtout jip. 73-74-

* Beni-Hasa7i, I, pl. xii ; IV, pl. xvi et p. 5.

^ SciiURTZ, Urgeschichte der Kultur. Leipzig, 1900, p. 50.

A son extremite est attachee une corde au moyen de laquelle on le fait tourner. L'instrument mis en mouvement fait entendre un bourdonnement.

Fig. 191. — Instruments dk musique, d'apkes une phintuke

DE BeNI-HaSAN.

Nous retiendrons seulement que Tobjet ainsi decrit n'est nullement employe en guise de jeu ou pour repondre ä un besoin musical. Les peuples qui en fönt usage considerent qu'il y a, dans le bourdonnement produit, quelque chose de supra-terrestre ; on s'en sert principalement dans les fetes des morts ou dans d'autres ceremonies auxquelles seuls les inities ont acces.

Je suis tres enclin a voir, dans l'appareil represente a Beni-

Hasan, un instrument de musique analogue au « biill-roarer » ou « Schwirrholz » '.

Remarquons enfin, en passant, l'emploi de la musique, en general, pour accompagner et regier le travail fait en commun. Nous avons encore de nos jours conserve cet usage pour entrainer et regier la marche des soldats. Les Grecs s'en servaient pour rythmer le travail collectif, et nous citerons, a cet egard, un groupe beotien en terre cuite, public par M. Pottier, qui a rappele les curieuses etudes de Bücher sur le « travail et le rythme » -. Poesie. Accompagnant la danse et la musique, la voix humaine est

soumise ä l'obligation du rythme, et les incantations ou les melopees funeraires des primitifs, habituellement caracterisees par des repetitions, des assonances, sont de veritables poesies. Le sens en est^ d'ordinaire, extremement obscur, et les quelques chansons de sauvages qui ont ete notees ne sont pas de nature ä nous donner tres haute idee de l'instinct poetique des primitifs. On lit, sur les monuments de l'Ancien Empire, quelques chansons peu differentes de ces manifestations poetiques rudimentaires.

II serait hardi de vouloir assigner ä ces chansons egyptiennes une origine prehistorique ; cependant, M. Maspero a releve, dans les textes des pyramides, quelques incantations contre les serpents, auxquelles il n'hesite pas a attribuer une tres haute antiquite. Voici comment il s'exprime ä leur sujet : « Le nombre des prieres et des formules adressees aux animaux venimeux montre quel effroi le serpent et le scorpion inspiraient aux Egyptiens. Beaucoup d'entre elles sont ecrites dans une langue et avec des combinaisons de signes qui ne paraissent plus avoir ete completement comprises, meme des scribes, sous Ounas et sous les Pepi. Je crois, quant a moi,qu'ellesappartiennent au plus vieux rituel et qu'elles remontent au delk du regne de Mini. Quelques-unes sont evidemment cadencees et etaient, probablement, a l'origine, des chansons de charmeurs de serpents ; toutes rentrent, plus ou moins, pour nous, dans

' Capart, J., sur Delix Livres recents relatifs aii.v anciens hierog/yphes et aux anciennes represcntations figurces de l'Egypte, dans le Bulletin de la Socictc d'anthropologie de Bruxelles, XX, 1 901-1902 Bruxelles, 1903, p. xlii.

-' Pottier, les Sujets de genre dans les figurines archaiques de terre cuite, dans le Bulletin de corrcspondance hellenique, XXIV, 1900, pp. 519-520 et pl. ix. — '^^üCYiM.^, Arbeit und Rythmus, 2^ hiS..\^Q\'^z\g, 1899.

la categorie de ce qii'on appelle le galimatias triple. « S'enroule le serpent : c'est le serpent qui s'enroule autour du veau. O replie sur lui-meme, qui sort du sein de la terre, tu as devore ce qui sort de toi ; serpent qui descends, couche-toi, chätre ; tombe, esclave ! » Voilä une des plus comprehensibles ; qu'on juge des autres » \

Xous avons ainsi etudie successivement toutes les manifestations auxquelles les ethnographes ont attribue un caractere artistique. Xous sommes donc arrive au terme de notre etude, et il ne nous reste qu'a resumer brievement les resultats d'ensemble qui nous paraissent en decouler.

^ Maspero, Premier Rapport ä l'Institict egyptiefi sur les fouilles executees en Egypte de 1881 ä 188^, dans les Etudes de mythologie et i archeologie egyptieniies, I (Bibliothcqtie cgyptologique, \], pp. 153-154; l(i Religüni egyptien^ie d' apres les pyramides de la I '<? et de la VI^ dynastie, dans la Revue de l'histoire des religio?is, XII, 1885, pp. 125 et 126, oü le meme passage est reproduit textuellement.

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