‹ L'art En ÉgypteChapitre 3 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La Parure.

LES peuples les plus primitifs se peignent presque tous Peinture le Corps. II n'y a que les Esquimaux qui ne le fönt corporclle. pas, parce qu'ils ont toujoiirs le corps entierement couvert, du moins lorsqu'ils quittent leurs huttes. L'Australien a toujours dans soii sac une provision d'argile blanche ou d'ocre rouge et jaune. Pour la vie journaliere on se contente de quelques taches sur les joues, les epaules ou la poitrine ; pour les occasions solennelles on se barbouille le corps entier »^ .

Peut-on constater quelque chose d'analogue chez les primitifs egyptiens ?

Remarquons tout d'abord que Ton rencontre « frequemment dans les tombeaux des matieres colorantes, telles que l'ocre rouge et jaune, la malachite, le sulfure d'antimoine » ^.

Ces matieres colorantes sont d'ordinaire renfermees dans de petits sacs places habituellement a proximite des mains ^.

Aucun documont ne permet, je crois, d'affirmer que l'on se peignait entierement le corps ; par contre, une Statuette en terre noiis montre des dessins sur tout le corps. Cet interessant monu-

1 Grosse, les Debüts de l'Arl, p. 41.

■^ DE Morgan, Recherches sur les origines de l' Egypte, II, p. 51.

3 Petrie, Naqada. p. 30.

ment a ete decoiivert a Toukh : il noiis represente une femme, deboiit, les bras leves au-dessiis de la tete dans la pose que nous retrouverons plus tard siir les dessins des vases. Nous chercherons alors ä determiner, si la chose se peiit, la signification de ce geste.

Les dessins peints siir la Statuette sont de genre divers. Ce sont

Fig. s-

Statuette de Femme ornee de peixtures sur tout le corps. Terre grisätre, peintures noires.

d'abord des figures d'animaux, chevres ou antilopes, absolument identiques, comme le remarque Petrie, ä Celles des poteries rouges avec decoration blanchätre. Notons ensuite les ornements en zigzag et enfin des motifs empruntes ä la flore. Tous ces ornements se retrouvent sur des poteries contemporaines des debuts de la periode prehistorique entre les dates de succession 31 et 32. Cela indique, pour la Statuette qui nous occupe, une antiquite veritablement extreme et nous permet de la considerer comme une des plus anciennes representations feminines que Ton puisse citer, abstrac-

tion faite des ivoires decouverts dans les cavernes du sud de la France ' (fig. 5).

M. de Morgan reproduisant la meme figurine remarque qu' « il serait facile de trouver un grand nombre de comparaisons chez les tribus de l'Afrique centrale, de TAmerique ou de l'Oceanie » ^.

La comparaison la plus interessante ä faire ä ce point de vue est certainement celle indiquee par Petrie remarquant combien ces dessins peints, ämeme le corps, rappelaient les tatouages des populations occidentales de l'Egypte, ces Tbiiihou, Libyens, qui presentent avec les primitifs egyptiens tant d'analogies, comme nous aurons mainte fois l'occasion de le remarquer.

Nous nous en occuperons dans un instant ä propos des tatouages.

Deux statuettes de femmes, en terre, de la collection Petrie, ä rUniversity College de Londres, ainsi qu'un fragment sirnilaire a l'Ashmolean Museum a Oxford nous montrent egalement des peintures analogues a Celles de la Statuette de Toukh (fig. 6).

On le voit, les documents relatifs ä la peinture du corps entier sont peu nombreux et ils nous permettent d'affirmer seulement que les femmes avaient l'habitude de s'orner le corps de motifs divers. Et encore n'est-il pas absolument certain qu'il ne s'agisse pas, dans les documents cites, de tatouages. Seule, la decouverte dans les tombeaux de matieres colorantes permet de croire qu'il s'agit plutot de peintures ^.

Mais ä cöte de ces documents vagues nous possedons heureusement des indications beaucoup plus precises au sujet de la peinture des yeux. On emplo3^ait a cet eftet de la malachite broyee et melee vraisemblablement ä un corps gras. Au moyen de cette couleur on se faisait autour de l'ceil une ligne assez large qui avait, ä cote de son role decoratif, un role utilitaire.

1 Petrie, Naqada, pl. lix, n» 6 (Ashmolean Museum, ä Oxford). — Les poteries citees par Petrie comme termes de comparaison a\'ec les peintures sont les suivantes : pl. xxviii, 34, 48; xxix, 77, 85'', 91-95.

2 DE Morgan, loc cit., II, p. 56 et fig. loi.

3 Voir pour les peintures corporelles et le tatouage dans la Grece premycenienne : Bi.inkenberg, Aniiqiiitfs prniiycmicniies. Etüde sitr la plus anciciine civilisation de la Grece, dans les Mcmoires de la Socicle royale des antiquaires du Nord. Nouvelle serie, 1896, pp. 46-50.

Comme le rappeile Petrie, Livingstone raconte que dans lecentre de TAfrique il cotistata que le meilleur remede contre las.

Fig. 6. — Statuettes de Fe.mmes a l'University College de Lündres.

Sur le specimen de gauche la peiniure s'est ecaillee, et on ne distingue plufr,

que quelques lignes sur le torse.

Terre grisätre, peintures verdätres.

iilcerations etait la malachite en poudre qne les indigenes liii preparaient. Le meme aiiteur compare egalement cette couche de couleur qni preseivait l'oeil de la lumiere eclatante du desert ä la ■coutume des Esqiiimaux qiii se noircissent la peaii aiitour des yeux pour les garantir de l'eclat de la neige \

Cet iisage est constate pour la periode primitive gräce aux faits suivants :

On a decouvert dans les tombes des coquillages dans lesquels se trouvaient encoie des residus de couleur verte ".

Des traces de couleur identique ont ete relevees sur des cailloux d'ordinaire extremement polis et qui se trouvent toujours en rapport avec des palettes en schiste ardoiseux ^.

Ces palettes, dont nous aurons ä parier plusieurs fois au cours de cette etude, servaient ä broyer la malachite que l'on ecrasait ä leur surface au moyen des cailloux que je viens de mentionner. Le fait est demontre d'une maniere indeniable par les traces de peinture verte qu'on y releve aussi bien que par la cavite resultant ä la longue de l'operation du broyage '* (fig. 7).

Ces palettes ont eu une brillante destinee ; nous les retrouverons plus tard devenues de veritables objets d'art, de proportions enormes, et emplo3^ees vraisemblablement dans les ceremonies.

Petrie a decouvert parfois egalement sur les palettes des traces d'hematite.

Signaions, enfin, pour l'epoque primitive la coutume de peindre les ossements des morts en rouge. Chez les Australiens on se peint pour la premiere fois en rouge lors de l'initiation, au moment oü l'adolescent fait partie de la communaute deshommes. « La peinture rouge, caracteristique de l'entree dans la vie, est employee aussi pour la mort » ^.

' Petrie, Diospolis parx'a, p. 20.

2 Petfie, Naqada, p. 6 : tombe 522 Bailas ; p. 15 : tombe 23 Ballas ; p. 16 : tombe 87 Ballas.

Le meme usage de coquilles a ete constate egalement ä la IV<= dynastie.

Voir Petrie, i)/^i//^?;/. Londres, 1892, pl. xxix, 17, et p. 34, « the shell contains powdered blue carbonate of copper as paint ».

"* Petrie, Naqada, p. 10 et p. 19 : tombe 5 Naqada.

Un beau specimen de palette avec traces de peinture ä Oxford, provenant de Gebelein.

■* Petrie, Naqada, p. 43.

° Grosss, les Debüts de l' Art, pp. 41-42.

II faudrait avoir plus de documents qu'on n'en possede pour poiivoir determiner jusqu'a quel point cette coutume etait generale chez les primitifs egyptiens. Je n'en ai rencontre qu'un exemple cite par Petrie ^

Fig. 7. — Palettes en schiste servant a broyer le fard.

L'habitude de se pelndre le corps et plus specialement de dessiner autour de l'oeil une ligne verte s'est-elle conservee dans l'Eg3^pte historique ?

Des les plus anciennes epoques, la peau des hommes sur les monuments est generalement representee comme etant d'une couleur brun-rouge assez foncee ; la peau des femmes est jaune. M. Maspero, dans son Histoire ancienne des penples de F Orient classiqiie'^ , s'exprime ä ce sujet comme suit : « Les hommes sont generalement enlumines de rouge dans les tableaux : en fait, on aurait observe parmi eux toutes les nuances qu'on remarque chez la popu-

^ Naqada, p. 25 : tombe 234.

lation actiielle, depuis le rose le plus delicat jusqu'au ton de bronze enfume. Les femmes, qui s'exposaient moins au grand jour, sont d'ordinaire peintes en jaune : leur teint se maintenait d'autant plus doux qu'elles appartenaient ä une classe plus elevee ».

Cette explication pourrait etre assez facilement admise. Elle explique meme les exceptions a ces colorations rouge et jaune que Ton peut noter dans un certain nombre de monuments oü l'on voit, par exemple, des femmes dont la peau, au Heu d etre jaune, se rapproche beaucoup de la couleur reelle. Je citerai, par exemple, la figure d'une fille du prince Tehuti-hetep, dans les tombes de El Bersheh ', ou encore les representations de la reine Aahmes a Deir-el-Bahari, Celles de la reine Thiti, dont les chairs roses contrastent avec Celles des mille autres dames peintes en jaune vif sur les murs de leurs tombeaux -.

Je serais cependant assez dispose a voir dans le coloris singulier des Egyptiens un usage en tout semblable ä celui des peuples primitifs, d'autant que les couleurs choisies, rouge et jaune, sont Celles le plus frequemment employees chez eux. Analysant la « palette » du primitif, M. Grosse s'exprime comme suit : « Le rouge, surtout le rouge jaunätre, est la couleur favorite des primitifs, comme de presque tous les peuples... Goethe exprime certainement un sentiment general en parlant, dans sa Farbenlehre, de la force excitante du rouge jaunätre. C'est pour cette raison que le rouge a toujours joue un grand röle dans la toilette, surtout dans Celle des hommes. L'habitude qu'avaient les generaux romains victorieux de se peindre de rouge a disparu avec la republique romaine... Le jaune a une importance semblable; aussi l'emploiet-on de la meme facon... » ■'.

Je crois qu'il n'y aurait aucune impossibilite ä appliquer egalement ces principes aux Egyptiens, et sans vouloir affirmer cependant qu'ä toutes les epoques on ait continue ä se peindre la peau de teile Sorte, je suppose que la coutume a ete assez generale, pen-

• Newberry, El Bcrsheli, I, frontispice.

- Navilt.e, Deir-el-Bahari, III, pl. LXVii. — Benedite, le Tomheau de la reine Thiti, dans les Memoires de la Mission archeologiqiie franfaise du Caire, V, P- 397-

3 Grosse, les Debüts de l'Art, pp. 45-47.

dant im temps suffisamment long, poiir que la Convention soit admise de representer les hommes en rouge et les femmes en jaime K

L'usage de peindre le tour des yeiix en vert, ou plus exactement de souligner l'oeil d'un trait de fard vert, est constate avec plus de precision dans la civilisation eg5^ptienne.

Petrie rapporte qu'il decouvrit dans une tombe de la P^ dy-

nastie (M. i, Abydos) de la poudre de malachite dans une petite boite en ivoire en forme de canard ^, fort interessante comme prototype des nombreuses boites ä fard de memo forme decouvertes assez frequemment dans les tombeaux du second empire thebain et dont on trouve des specimens dans plusieurs musees '^ (fig. 8).

Des monuments de la IIP dynastie nous montrent nettement la ligne de fard vert sous les yeux, notamment les montants de porte du musee du Caire, sur lesquels est representee la femme d'un personnage du nom de Sokarkhabiou. « La figure de cette femme, qui s'appelait Hathornafer-Hotpou de son grand nom et Toupis de son petit nom, rappelle, dit Maspero, le type des Nubiennes; eile a sous les yeux une bände de fard vert ^ ». De memo sur les statues celebres de Sepa et de Nesa au Louvre, « la pupille, les paupieres et les sourcils sont peints en noir, et le dessous des yeux orne d'une bände verte » ^.

La momie de Ranefer, qui vivait vers les debuts de la IV^ dynas-

1 Maspero, Histoire (mcicnne des peziples de l'Orieiit classique, I, p. 54 : « Je pense bien qu'au debut ils s'enduisaient tous les membres de graisse ou d'huile ». Pourquoi pas de graisse ou d'huile coloree au moyen de couleurs minerales ou vegetales ? — • Voir cependant Schweinfurth, Origine et etat actuei de la Population, dans BcEDEKER, i^jg)//^^ 2«ed. frangaise. Leipzig, 1903, p. xxxiii.

2 Petrie, Diospolis parva, p. 20 ; publice dans Petrie, the Royal Tombs of the First Dy7iasty, I, pl. xxxvii, i. Voir p. 27 ; id., II, p. 37.

^ Un exemple dans Petrie, Kahun, Gurob a?id Hazvara, pl. xviii, 10, et p. 35 ; deux autres dans Leemans, Aegyptische Monume7iten van Jiet nederlandsclie Museum van Oudheden te Lcydeyi, II, pl. LXXVI, 565 et 567.

* Maspero, Gttide du visiteur au Musie du Caire, p. 18, 11 et 12.

' DE Rouge, Notice des Mo7iuinents, A 36-38, pp. 26-27.

tie, etait entoiiree dans des linges etroitement serres ; par-dessns on avait peint en vert les yenx et les soiircils ^

On enfermait la poudre verte senant ä la preparation du fard dans des petits sacs que Ton troiive freqiiemment representes dans les listes d'offrandes. Ils etaient,d'apres les representations[figurees, en cuir ou en peaii -, et les specimens retrouves dans les tombeaiix confirment l'exactitude de ce detail. Parfois aiissi on renfermait le fard dans de petits vases ou des paniers. Je ne puis songer a entrer dans des details sur la composition de ce fard vert a l'epoque pharaonique, ni m'arreter a decrire les differents fards en meme temps en usage. Cela n'aurait aucune utilite pour cetravail et d'autres Tont fait dejä excellemment ^; je mentionnerai cependant les traces laissees par Tusage du fard vert dans l'ecriture et dans le rituel egyptien.

Un signe hierogl3'phique :^^ montre clairement la bände de fard dessinee sous l'oeil, et ce signe, outre divers emplois, « sert

aussi ä determiner le nom Ouazou I ^ o° de la poudre et du fard vert » ^.

Dans les rituels on fait de frequentes allusions au fard vert, des les textes des pyramides, et la croyance aux vertus protectrices et curatives du fard etait teile que Ton appelait dejä Oiizait l'oeil farde, l'ceil sain. Ce point a ete parfaitement mis en lumiere par Maspero qui est dejä revenu plusieurs fois sur la question ^.

Le rituel du culte divin journalier en Egypte comme aussi les rituels funeraires mentionnent l'apport du sac de fard vert au moyen

1 Petrie, Mediim, p. i8.

2 GßlFFlTH, Beni Hasan, III, pl. lli, 27, et p. 14.

'* WiEDEMANN (A.), Varictics of ancient «Kohl-», dans Petrie, Medum, pp. 41 44.

Florence et LoRET, le Collyre noir et le Collyre vert du tombeau de la princesse Noubhotep, dans de Morgan, Fouilles ä Dahchour, mars-juin 1894, pp. 153- 164. ^galement en tirage ä part. Vienne, 1895, 16 pp.

* Maspero, Revue critique, 22 avril 1901, p. 308 ; compte rendu de Davies, Ptahhotep, I. Voir pl. v, 33, pour la representation e.xacte du signe.

° Maspero, Notes au jour le jour, § 25, dans les l^roceedings oft he Society of

Biblical Archaeology. XIV, 1902, pp. 313-316, et la Table d'offrandes des tombeaux

egyptiens, dans la Revue de l'histoire des religions, XXXV, 1897, p. 297 (p. 23 du

tirage ä part). — Petrie, Medum, pl. xiii. — Mariette, Monuments divers, re-

? fl cucillis en Egypte et en Italic. Paris, 1889, pl. xix, b, oü se trouve cite le ü -äsr

dans un mastaba du debut de la IV" dynastie.

duquel, comme le dit le texte, le dieu oii le defunt « s'assainit avec ce qiii est en Ini » '.

Enfin,iin texte curieux s'exprime de la maniere suivante : <-< II t'apporte le fard vert pour ton oeil droit et le Mestem (im autre fard) pour ton oeil ^s^aiiche » '2.

Tatouages. Les dessins que le primitif se peint snr la peau n'ont aucun caractere de persistanoe, et Ton peut a volonte les faire disparaitre et les remplacer par d'aiitres. II peut y avoir parfois interet a les

Wk

^ lim

Fig. 9. — Tatouages des Primitifs compares a ceux des Libyens. D'apres V Antln-opologie.

rendre indelebiles, lorsqu'ils sont, par exemple, des marques de tribiis Oll des marques religieuses. De lä nait la coutume du tatouage.

Comme nous l'avons vu precedemment, il est difficile de distinguer nettement dans les monuments primitifs eg3^ptiens ce qui est tatouage ou peinture : les memes motifs etaient vraisemblablement en usage dans les deux s)^stemes.

On a compare, comme je Tai dit plus haut, les peintures ou tatouages representes sur les statuettes primitives aux tatouages que portent les Libyens, Timihou, du tombeau de Seti P', et cette comparaison etendue aux tatouages des indigenes de l'Algerie a montre entre eux tous une grande analogie ^ (fig. 9).

Nous donnons ici la reproduction du groupe de Libyens du tom-

^YoirlÄO^^T, le Rituel du culte divin jourjialier en Egypte, dans \q?. Annales du Musee Guiinet. Hibliotlieqne d'etudes, XIV, pp. 71, 109 et 199.

^vonLemm, das Ritualbuch des Antinondienstes. Leipzig, 1882, p. 68.

3 Wiedemann, die Urzeit Aegyptens 7md seine älteste Bevölkerung, dans die Umschau, 23 septembre 1899, pp. 765-766; lesModes d'eyisevelisseinent dansla necropole de Negadah et la question de l'origine du peuple egyptien, dans DE MORG.\N, Recherches sur les origijies de l'Egypte, II, pp. 221-222. — Petrie, Naqada, pp. 45-46. — Tatouages des indigenes de FAlgerie, dans V A7ithropologie, XI, 1900, p. 485.

beaii de Seti I"(fig. lo) i; nous aurons roccasion de noiis y reporter plus d'ime fois encore. II est surtout interessant de remarquer un des tatouages qui reprodnitd'une fagon fort exacte le signe hieroglyphique ic=K Symbole de la deesse Neith. Nous rapprocherons de ce fait le nom d'un roi de la P^ dynastie egyptienne appele Meri-Neith. M. Maspero s'exprime ä ce sujet comme suit : « Le nom de Meri-Xeith est interessant en tant que nom de roi, mais nous savions deja par d'autres temoignages le role important que

Fig. io. — Les Libyexs du Tombeau de Seti I^^^.

Neith jouait dans la religion des premiers siecles : les dames de haut parage qui sont enterrees ou mentionnees dans les mastabas de Y?i.gQ memphite ont, comme titres preferes, ceux de prophetesse de Neith et ^lQ prophetesse d'Hathor, Neith parait avoir ete une deesse d'origine libyenne, et la predominance de son culte aux äges primitifs est bonne ä noter, dans un moment oü l'ecole de Berlin semitise a outrance la langue et la population de l'Egypte » -.

1 Lepsius, Denkmäler Mis Acgxpten und Aethiopien, III, pl. 126.

2 Maspero, dans Xa Revue critiquc, 12 novembre 1900, p. 366. — Voir en sens contraire, mais sans raisons süffisantes, Mac Iver and Wilkix, Lihyan Notes. Londres, 1901, pp. 69-70.

Depuis que ces lignes ont ete ecrites, M. le professeur Sethe a demontre que Meri-Xeith etait le nom d'une reine de la P® dynastie ; ce fait ne modifie nullement la valeur de l'argument qu'on en tire. Voir Sethe, Beiträge tur ältesten Geschichte Aegyptens (Untersuchungen zur Geschichte und Alterthumskunde Aegyptens, herausgegeben von Kurt Sethe, III, i), pp. 29-30.

Cehi nons amene a noiis poser la question de savoir si, ä cöte de leiir role esthetique, les peintures corporelies et les tatouages ne peiivent egalement avoir im aiitre röle. Interrogeons a ce point de viie les documentsethnographiqiies. On y reconnait d'ordinaire des marqiies de famille et de tribu. Comme il arrive parfois que la tribu choisit poiir marqiie distinctive im Symbole d'une divinite on aiira Chance de troiiver dans les tatouages des signes religieiix K

Parfois encore les tatouages sont ime veritable pictographie et presen teilt iin sens.

Un Indien d'Ameriqiie portait siir le bras des lignes en zigzag ayant la signification de « force mysteriense »'.

Enfin les tatouages peuvent encore avoir un but medical ^.

Les Egyptiens d'epoque classique se tatouaient parfois siir la poitrine ou sur les bras les noms ou les representations de divinites; cet usage se constate peut-etre exclusivement sous le second empire thebain. Je ne me souviens pas en avoir rencontre d'exemples en dehors de cette epoque. II suffira d'en citer quelques cas. Le roi Amenophis IV et sa femme portent tatoues sur la poitrine et les bras les noms du dien Aten, et le professeur Wiedemann fait remarquer a ce sujet que Ton constate sous le regne de ce roi des influences lib3^ennes -i.

Une Stele du musee de Pesth nous montre un personnage con-

1 Grosse, les Debüts de /'Art, pp. 55 et suiv.

^ GarkickMallery, X^^ Annual Report of the biireaii of Etlmology, 1888-1889. Washington, 1893, pl. xvii, p. 235.

Exemple cite par Hoernes, Urgeschichte der bilde7iden Kunst in Europa vo7i den Anfängen bis um ^00 vor Chr. Vienne, 1898, p. 31, note 4, oü l'auteur cite egalement les Libyens du tombeau de Seti l«'".

^ Fouquet^ le Tatouage medical en Egypte daiis l'antiquite et ä l' epoque actuelle, dans les Archives d'anthropologie criminelle, XIII, 1899, PP- ^7^ ^'^ suiv. — Voir Buschan dans la Centralblatt für Anthropologie, IV, p. 75, et R. Verneau dans X Anthropologie, X, 1899, p. 99. — M. le professeur Petrie me Signale au musee du Caire une momie de pretresse de la VI® dynastie, portant sur le Corps des tatouages nombreux.

* Wiedemann, die Urzeit Aegyptejis imd seine älteste Bevölkerung, dans die Umschau, III, 1899, p. 766, et dans de Morgan, Recherches sur les origines de l'Egypte, II, p. 222. — Voir, pour des representations figurees, Lepsius, De7ikmäler, III, pl. 106 et 109. — M. le professeur Petrie me fait remarquer que, dans ce cas, 11 se pourrait que les soi-disant tatouages ne soient, en realite, que de petites plaquettes en terre emaillee fixees sur une fine mousseline. On a rencontre ä Tell-el-Amarna de telles plaquettes avec le nom du dieu Aten.

temporain de Touthmes III portant siir le bras droit le cartouche de ce roi i .

Sur d'autres monuments nous voyons, siir l'epaule droite, des tatoLiages representant des Agares da dieu Amon-Ra, notamment sar une statue de scribe agenoaille du masee de Turin '^. Une autre statue, au musee de Leyde (D 19), porte sur l'epauleMroite

FiG 1 1. — Frag.mext de Statuette avec tatouages sur la poti-rine

ET l'epaule droite.

Cabinet des medailles ä Paris.

une figurine d' Amon-Ra et sur l'epaale gauche le cartouche d'Amenophis |I?j 3. Un autre monament du meme musee (V. 82) nous montre un sculpteur qui porte sur la poitrine et les epaules, en

tatouages, les signes ^ 9 n, temple de Ptah. Enfin une petite

stataette du Cabinet des Medailles ä Paris, dont la partie superieure

^ Maspero, Notes sur diß'erents points de graiwiiairc et d'histoire, dans les Mclanges d'archeologie e^ryptienne et assyricnnc, I, 1872, p. 151.

2 yix^VKViO, Histoirc ancienne des petiples de l' Orient cla'isiqiic, II, p. 531, figure.

•* Leemans, Aegyptischc Mo7iicinenlcn 7>an fiel Nelerlandsche Museuin van Oudheden te Leyden, II, pl. iv.

Mütilations.

seule subsiste, nous apprend qiie Ton tatoiiait egalement sur la poi-

trine et les epaules des signes dont la signiiication nous echappe

parfois et qui sont assez semblables aux

marques qiie Ton peut relever sur les

poteries (fig. ii).

Quant aux tatouages decoratifs, ils

sont assez rares sur les monuments egyp-

tiens de repoque classique. On pourrait

citer cependant une petite figurine de

femme en faience du musee de Berlin

(n° 9583) \ une stele du musee du Caire

(n° 20138), oü un homme a la poitrine

decoree de tatouages -, et enfin une re-

presentation d'une tombe du second

empire thebain ^.

« La Perforation de l'oreille, du nez, des levres se fait surtout en vue de placer dans le trou, ainsi obtenu, un ornement quelconque. Aussi peut-on considerer ce genre de mutilation comme un passage naturel vers la seconde fa- 9on de se parer qui consiste ä placer ou k suspendre sur le corps les objets de parure » K

Je ne suis pas cert'ain qua les prehistoriques egyptiens aient fait usage de pareilles mütilations; cependant, je tiens a attirer l'attention sur l'usage des boucles d'oreilles ä l'epoque classique. Remarquons d'abord qu'un des Libyens du tombeau de Seti I" portait des boucles d'oreille, a en juger, tout au moins, d'apres laplanche de Belzoni et d'apres celle de Champollion.

Fig. 12. — Statuette DU Musee de Bologxe.

1 Stratz, Ueber die Kleidung der ägyptischen TäJizerin77e?i , dans la Zeitschrift für ägyptische Sprache, XXXVIII, 1900, p. 149.

^ Lange et Schaefer, Grab-und Denksteine des mittleren Reichs (Catalogue general des antiquites egyptiennes du Musee du Caire), I, p. 163; IV, pl, lxxxvi, p. 465.

^ Lepsius, Denkmäler, III, 2. • — Voir Erman, Acgyptc7i U7id ägyptisches Leben im Altertum, p. 316 et fig. p. 298. — Voir Maspero, Histoire ancienne des peuples de l' Orieyit classique, I, p. 54 et note 3. — Au sujet des tatouages et peintures corporelles chez les Grecs, voir Wolters, P., 'E/MCfooziazog, dans Hermes, XXXVIII, pp. 265-273.

* Deniker, les Kaces et les peuples de la terre. Paris, 1900, p. 209.

Lepsius, dans la planche dont notre figure lo reproduit iiue partie, n'a pas note la boucle d'oreille^CVoir plus loin fig.19).

Al'epoque egyptienne l'usage des boiicles d'oreille est assez frequent, mais seulement ä partir de la XYIIL' dynastie ; il en est de meme de l'emploi des tatouages consistant en figures ou noms de divinites. Comme le fait remarquer Erman '-, ce sont ou bien de larges disques ou bien de gros anneaux. On voit que, sous le regne d Amenophis IV, les hommes egalement portaient des boucles d'oreille ^.

La femme representee par une charmante Statuette du musee de ßologne (fig. 12) «est tres fiere de ses grosses boucles d'oreille, et fait saillir gravement l'une d'elles afin de la montrer ou de s'assurer

1 Belzoni, Plates illustrative of the Researches and Operations of G. Beizen i in Egypt and Nubia . London, 1 8 2 1 , pl. VIII. — Champollion, Montiinejits de l'Egypte, pl. CCXL. — Une reproduction de la tete d'apres cette planche, dans Perrot et Chipiez, Histoire de l'art dans l'ayitiquitc, I, Egypte, fig. 528, p. 796. II est vraiment regrettable de constater com-

bien les diverses publications de cette precieuse representation varicnt dans les details. II serait bien desirable qu'on en fit une edilion dt'ßnitiTc.

2 Erman, Aegypten und ägyptisches Lcbeti im Altertum, p. 313.

•^ Steindorff, Vier Grabstelen aus der Zeit Amenophis IV, dans ]-d. Zeitschrift für Aegyptische Sprache, XXXI V, 1896, p. 66.

Fig. 13. — Vase en Terre rouge

avec decorations beanchatres repräsentant des combatt.axts.

que le bijou lui va bien » i. La Statuette, en bois, est ornee de disques pour les oreilles, en ivoire. Ces disques sont assez frequeiits dans les tombeaux du second gempire thebain et un certain nombre me semblent bien etre destines a etre engages dans le lobe de l'oreille alors fortement distendu -.

Le professeur Schweinfurth a public un anneau en brocatelle appartenant a l'epoque primitive et qui, d'apres sa taille ainsi que d'apres son profil externe, ne peut avoir servi que d'anneau de levre ^.

Coiffure. Sur un des plus anciens vases de l'espece appelee par Petrie

« Gross Lined Pottery », et qui ne furent en usage que dans les debuts de la periode primitive (entre les dates de succession 31 et 34), on voit represente un combat entre deux hommes (fig. 13). L'un des combattants a la chevelure disposee en quatre tresses qui pendent sur le dos ^.

D'autres monuments, d'une epoque plus recente, nous apprennent que Ton se coiffait de differentes manieres : les cheveux longs, repartis en deux rangees de boucles, pendaient sur les epaules et encadraient la figure ^ ; ou bien les cheveux courts etaient disposes en petites boucles allongees ou rondes s'etageant en lignes paralleles depuis la nuque jusqu'au sommet de la tete ^. D'autres fois encore on reunissait les cheveux en une seule grosse tresse

1 Maspero, Hi&toire ancienne des petiples de l' Orient classique, II, p. 533 et flg., oü l'auteur indique, probablement par erreur, que la Statuette appartient au musee de Turin. La Photographie de Petrie d'apres laquelle il la reproduit est le n° 83 de la Serie italienne, mais porte gravee la lettre B indiquant Bologne.

^Si l'on doutait du fait de cette distension parfois considerable du lobe de l'oreille, des exemples tels que ceux representes dans Schürt/,, Urgeschichte der Cii/tur. Leipzig, 1900, pp. 65 et 396, emporteraient la conviction la plus entiere.

^ Schweinfurth, Ueber einen Altägvptischen Ring aus Brocatelle, dans les Verhandhcngen der her l. Anthropol. Gesellschaft (fevrier 1902), pp. (99) ([oo).

' Petrie, Diospolis parva, p. [4. « M. Schweinfurth avait emis l'idee que les « neolithiques » egyptiens se teignaient les cheveux en blond (par decoloration ä l'aide de chaux ou d'urine) ou en roux (par coloration avec du henne). M. Virchow croit devoir ecarter cette hypothese... » — Salomom Reinach, Compte rendu de Virchow, Ueber die ethnologische Stellung der prähistorischen und protohistorischen Aegypter. (Abhandlungen der Preiiss. Akademie der 'Wissenschaften. Berlin, 1898), dans {'Anthropologie, IX, 1898, p. 447.

•"' QuiBELL, Hieraconpolis, I, pl. 11.

^ Ide)n, pl. V et vi, et Petrie, the Races of early Egypt, dans le Jotcriial of Antliropological Institute, XXXI, pl. xix, ii et 12.

qiii, partanräu sommet de la tete, pendait siir le dos i (üg. 14). En fait, on retroiive tontes ces varietes de coiffures d'hommes dans les monnments de l'ancien empire eg-yptien, 011 l'on semble, en cela, avoir garde fidelement les traditions des predecessenrs. Seiile la grande tresse n'est plus portee par les hommes : eile devient la coiffure des enfants et im des insignes des princes et de certains haiits dignitaires sacerdotanx. Dans ce cas, et lorsque nous

Fig. 14. — Statuette en ivoire.

Represente un captif accroupi. La coifture consiste en une epaisse tresse pendant sur le dos.

la voyons representee sur les monnments du second empire thebain, eile a generalement perdu sa forme originelle et s'est transformee en un bandeau ä franges pendant sur l'oreille ".

1 OujBELL, Hicracojipolis, I, pl. xi et xxvi a, et Petkie, Royal toiiibs of tlie £arliest Dynastics, II, pl. iv, 4.

■^ Pour les types de penuques de l'ancien empire, voir Eeman, Acgypten und ägyptische Leben im Alicj-Unn, jip. 302:1 304. Pour la tresse de l'enfance et des princes, ihid.j\iy. 117, 235, 314, reproduction de la tresse transformee en un bandeau orne. C'est ki un interessant exemple des lois de l'evolution du vetenient exposees par Darwin, (jEORGE-H., F Evolution dans le vetcmcnt, dans la Revjic de lT?iivcrsite de r,ruxelles, V, 1899-1900, pp. 385-411 (ill.) (Tirage ä part. Hruxelles, Laniertin;.

Les statuettes feminines les plus anciennes n'ont pas trace d'ime perruque quelconque et on dirait meme que la tete est entierement rasee. On peiit se demander s'il n'y a pas la simplement de l'inexperience de l'artiste qiii n'a sii comment rendre les cheveux \ Vers la fin de la periode primitive, au contraire, nous voyons apparaitre nettement deux especes de perruques, une courte et une lons:ue.

Fig. 15. — Statuette de Femme en terre emaillee. Decouverte ä Abydos.

Dans la premiere, les cheveux sont repartis de part et d'autre du front et s'arretent court au-dessus des epaules ~.

La longue perruque est formee par de longues tresses de cheveux Separees par les epaules, de teile sorte que quelques meches pendent sur la poitrine jusque sur les seins ^.

1 On verra tout a l'heure, eii efiet, que les peignes sont surtout frequents ä cette epoque.

2 QuiBELL, Hicraconpolis, I, pl. ix. — Petrie, t he Royal Tomhs of the ear liest dynasties, II, pl. in a, 8.

3 Quibell, HieraconpoUs, I, pl. ix et xi. Voir plus loin les diverses figurines feminines oü Ton trouvera des exemples assez nombreux des deux

Une Statuette decouverte l'hiver dernier a Abydos par le professeur Petrie montre une coiffure differente oü les cheveux, reunis en une grosse natte, pendent sur l'omoplate droite * (fig. 15).

On le voit, ce sont la, de nouveau, des coiffures identiques a Celles en usage chez les femmes au debut de l'ancien empire, telles qu'elles sont representees, par exemple, sur les statues celebres de Nofrit, au Caire, et de Nesa, au Louvre 'K

Fig. 16. — CEuFS d' Autruche.

Fragment avec figures incisees, modeles en terre avec traces de peinture. Provenant de Negadah. et de Hou.

De meme que les sauvages actuels aiment ä orner leur coiffure de divers objets mobiles, plumes, coquillages, peignes et epingles

especes de perruques. II se peut qu'un certain nombre d'anneaux que Ton classe parmi les bracelets aient ete eniployes pour maintenir les boucles de la chevelure, comme on les trouve en usage en Grece (tettigesj et dans les tombeaux puniques. — Voir Gsell, Fouilles de Gouraya. Scpultures pioiiqiies de la cöte algerienne (Publications de l'Association historique de l'Afrique du Nord). Paris, Leroux, 1903, p. 39.

• Petrie, Abydos, II, pl. iv et p. 25.

2 Voir Erman, Ägypten ii?id ägyptisches Leben im Altertum, p. 307.

ouvrages, de meme nous relevons cette goiitiime chez les primitifs egyptiens.

Nous rencontrons d'abord les plumes, qiie les hommes se piqiiaient dans la cheveliire, comme on le voit notamment sur iin fragment de palette en schiste du Musee du Louvre ^ .

Les plumes emp]o3'ees a cet usage sont les plumes d'autruche, et OD pourrait se demander s'il n'y avait pas une signification religieuse dans le fait de s'en parer. La plume se retrouve, en effet, plus tard dans la coiffure de la deesse Maat dont eile sert parfois ä ecrire le nom qui dans les textes des pyramides est determine par im faucon portant la plume sur la tete -.

Sur les anciennes statues decouvertes par Petrie ä Coptos, l'embleme du dieu Min est aussi surmonte d'une plume d'autruche ■*. Je noterai ici en passant la decouverte d'oeufs d'autruche portant des traces de peinture et de gravures dans des tombes prehistoriques (fig. i6). L'usage de deposer ces oeufs dans les tombeaux a ete plusieurs fois note a diverses epoques de l'histoire egyptienne ''.

^ Heuzey, Egypie Oll, Clialdce, dans les Coiiiptes r endlos de l' Acadeinie des inscriptions et belies lettres, 1899, pl. de la p. 66. Voir plus loin notre fig. 25.

^ Gkiffith, dans Davies, the Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep at Saqqareh, I, p. 15.

•^ Petrie, Koptos, pl. in.

■* DE Morgan, Rechcrclics sur les origines de l'Egypte, II, pp. 35, 69 et 100. — Petrie, Naqada,-^. 19 (tombe 4) et p. 28 (tombe 1480). (Ashmolean Museum, ä Oxford.) — On importait, ä l'epoque historique, les oeufs et les plumes d'autruche du pa3's de Punt et peut-etre aussi de l'Asie, s'il faut en croire une representation du tombeau d'Harmhabi. — Voir Bouriant, le Tonibeau d'Haj-inhabi, dans les Meiiioires de la Mission a.rcheologique francaise du Caire, V, pp. 420 et 422 et pl. III et iv. — Rappeions la decouverte d'oeufs peints dans les tombeaux puniques de Carthage (Gsell, Fouilles de Gouraya. Paris, 1903, pp. 35-37, oü l'auteur se demande si les oeufs d'autruche n'ont pas ete decores par des Grecs d'Egypte ou d'Asie mineure), et meme dans un tombeau de la vallee du Betis, en Espagne (Anthropologie, XI, 1900, p. 469). — Voir aussi V'KXV.i-^.'Nauliratis, I, p. 14 et pl. xx, 15. — Remarquons, cependant, qu'on employait l'oeuf d'autruche ä des usages industriels. — Voir Tylor- Griffith, the Tovib of Paheri at El Kab, pl. iv et p. 18. — Petrie, Illahun, Kahiin and Giirob, pl. xxii et p. 19. — Petrie, Kaliun, Gurob and Haivara, p.32.

M. J.-L. Myres me communique l'interessante note suivante relative ä la persistance du commerce des ceufs d'autruche dans le nord de l'Afrique : « The transsaharan trade in ostrich eggs persists. The eggs, as far as I could ascertain in Tunis and Tripoli (in 1897) come via Kano, along with the consignments of feathers, and emerge at the Mediterranean seaboard termini : where they are in request as pendant Ornaments in the mosques ».

Petrie a decouvert k Hou des modeles en terre d'oeiifs d'autmche ; l'un d'eux decore de lignes noires en zigzag imitant des cordes *, les autres simplement ornes de points blancs - (fig. i6).

La pliime d'autruche se trouvait presqiie sans exception placee dans la coiftiire des soldats armes ä la legere, aux anciennes epo- | qiies, et le signe hieroglyphique iM en a conserve la trace

les

Libyens du tombean de Seti i^"" ont egalement la coiffnre ornee de denx plumes.

Les femmes aimaient a affer- Peignes et mir l'echafaudage de leur coif- «P'ogles. füre au moyen d'epingles et de peignes ornes, en os ou en ivoire. Ces peignes et epingles etaient souvent surmontes de figurines d'animaux ; parfois meme, des peignes nous montrent des figures humaines. Petrie a remarque que ces peignes etaient surtout frequents au debut de la periode prehistorique entre les dates de succession 33 ä 44, tandis que les epingles, dont le type le plus frequent est surmonte d'une figurine d'oiseau, se trouvent pendant toute la periode prehistorique (figure 17)^.

Nous aurons l'occasion de nous en occuper avec plus de details en parlant de l'art ornementaire; notons cependantdejä que ces peignes et epingles decouverts dans les tombeaux ont pu

Fig. 17.

Peignes et Epingle decores de figures

animales.

1 Petrie, Di.oi[)orLs parva, pl. v et p. 33 (tombc B loi).

^ Hou, tombe B 262 et B 56 (2 exemplaires) (Ashmolean Museum, ä Oxford).

3 Voii- les remarques de Max Mueller, Asien und Europa nach altägyptischen Denkmälern, pp. 3 et suiv.

^ Petrie, DiospoUs, p. 21. Voir pl. vi, oü l'on verra les epingles, le peigneepingle et une cuillere encore engages dans la chevelure d'une femme.

avoir im biit magiqne, comme c'est notamment le cas en Chine '.

L'art de s'orner les cheveux et de disposer ces derniers en coiffures compliqiiees ne nons apparait donc pas dans rEg3'pte primitive comme parvenu a im tres haut degre. On pomTait cependant trouver certains documents qui seraient de natiire a nous en donner ime idee plus elevee. Ne pourrait-on reconnaitre, en effet, dans certaines coiffures des rois, des reines, des dieux, representees siir les monuments de l'epoque classique, des survivances de modes plus anciennes ? Par exemple, cette coiffure des reines formee des plumes d'un vautour dont la tete se dressait devant le front ^.

Les documents ethnographiques fourniraient facilement un grand

Fig. i8. — Bande de faux cheveux Provenant de la tombe du roi Zer, de la premiere dynastie.

nombre de decorations de coiffures comparables ä celles de rEgypte\ Perruques. Un seul fait demontre a l'evidence combien les perruques compliquees etaient en honneur dans l'Egypte primitive : c'est la coutume de deposer dans les tombeaux des chevets, Instruments

1 J. J. M. DE Q-ROOT, the Religioiis Systim of China, I, pp. 55-57: « Among the hairpins provided for a woman's burial is almost always one which is adomed with small silver figures of a stag, a tortoise, a peach, and a crane. These being emblems of longevity, it is supposed that the pin which is decorated with them will absorb some of their life giving power and communicate it to the woman in whose hair il is ultimately fastened ». ■ — Exemple cite par Frazer, the Golden Bough, 2" edit., I, p. 48. Edition fran^-aise, Paris, 1903, I, p. 48, note I.

- Voir un exemple de cette coiffure sur la stele de la reine Noubkhas au Louvre (C 13) et remonlant h la XIIP dynastie. C'est le plus ancien exemple que j'en connaisse.

^ Grosse, les Debüts de l'Art, pp. 67-68.

dont le but etait de preserver pendant le sommeil les coiffures / artistiques qui n'etaient pas refaites tous les joiirs et qiie Ton cherchait ä conserver intactes aussi longtemps que possible K

Sous l'ancien empire, la Charge des cheveux du roi, de ses per- ' ruques, etait confiee ä de grands personnages ; Maspero cite un inspecteur des fabricants de cheveux du roi, un directeur des fabricants de cheveux du roi contemporains des IV^ et V^ dynasties ^.

Fig. 19. — • T^TE de l'ux des Libyens du Tombeau de Seti 1'"'.

Montre la boucle d'oreille, les bandes de boucles sur le front et la tresse

de cheveux pendant sur l'epaule droite.

Petrie a decouvert dans la tombe du roi Zer, de la P^ dynastie, ä Abydos, une bände de faux cheveux (fig. 18) composee de boucles et vraisemblablement destinee a etre portee sur le front'. Les Libyens du tombeau de Seti P" nous montrent, entre les deux

1 SCHURTZ, Urgeschichte der Kultur. Leipzig, 1900, pp. 359 et suiv.

- Maspero, Histoire ancicnne des peuples de l'Orient classique, I, p. 278, note I.

^ Petrie, Abydos, I, pl. iv, 7, et p. 5 : « The fringe of locks is exquisitely made, entirely on a band of hair, showing a long acquaintance with hair werk at thatage. It is now in the Pitt-Rivers Museum at Oxford ».

Barbe.

parties de cheveux encadrant la tete de part et d'autre, deux rangees de semblables boucles (fig. 19).

De tres nombreux documents noiis montrent qne les hommes portaient d'ordinaire la barbe taillee en pointe. On en trouvera des exemples lorsque noiis aiirons ä nous occuper des representations humaiiies.

Fig. 20. — Statuette de la collection Mac Gregor. Avec sac pour la chevelure et la barbe, et fourreau pour les parties genitales.

II fallt cependant qiie nous nous aiTetions ici un instant a l'examen d'une curieuse Statuette de la collection Mac Gregor ^ (fig. 20), Oll les cheveux, ainsi que la barbe, sont enveloppes dans une espece de sac qui les cache conipletement. Si ce n'est pas lä, comme le suggere M. Naville, « une representation conventionnelle QU enfantine de la chevelure » on pourrait y retrouver quelque chose d'apparente aux coiffures royales de l'epoque classique, auxquelles etait assujettie au moyen de cordons une barbe postiche. Quel pouvait etre le but de cette espece de fourreau ? L'employait-

' Naville, Figurine!^ egypfieti7ies de l'epoque archaique, II, dans le Recueil de travaux relatifs ä la philologic et ä l'archeologie egyptiennes et assyriennes, XXII, 1900, pl. VI et p. 68.

on dans im bat de purete, par exemple dans des ceremonies religieuses ? La coutume des pretres eg yptiens qui se rasaient entierement ne serait-elle pas simplement un Systeme tout a fait radical d'eviter tonte souilkire derivant des cheveux et de la barbe ^ ? Ce n'est lä evidemment qu'ime simple hypothese, signalee en passant, et sur laqnelle ie ne venx pas insister davantage -. On poiirrait y comparer \e paddn de la religion mazdeenne '\ ou bien encore la coutume des Juifs de se cacher la barbe en signe de denil ''.

Une petite serie d'objets interessants noas apprend que l'nsage Voile, de se convrir le bas de la fignre an mo\'en d'nn voile etait deja connn dans la seconde moitie des temps primitifs (dates de succession 50-61).

Ce sont de petits objets en coqnille, en calcaire, plus rarement en cuivre, et que Ton snspendait devant le front ; ä la base, un crocbet soutenaitun voile, comme l'a conjecture Petrie. Un de ces pendants a ete decouvert encore en place sur un crane et montre clairement la fagon de le porter. Un specimen decore de lignes imitant la vannerie demontrerait que Ton faisait ces pendants en fibres tressees et cela expliquerait leur rarete dans les tombes. Seuls ceux en matieres plus resistantes auraient ete conserves (fig. 21). D'autres specimens n'ont pas de crochet k la partie inferieure et sont donc seulement des ornements portes sur le front ;

^ On pourrait rapprocher cela de rhabitude de nos modernes chirurgiens qui se couvrent parfois les cheveux et la barbe pendant les Operations afin d'eviter pour le malade une chance quelconque d'infection.

- Au sujet du port de la barbe naturelle ou postiche dans l'Egypte pharaonique, voir Erman, Ägypten U7id ägyptisches Lehen im Altertum, surtout pp. 309-311, et les divers passages cites ä l'Index s. v. Bart. — Le motif donne par AIORET, Coup d' (Sil sur l' Egypte primitive, p. 5, du port des perruques et de la barbe postiche ne me parait pas fonde.

■^ Dans la religion mazdeenne l'officiant a la partie inferieure du visage. couverte d'un voile, \q paddn (av. paitidäna) qui empeche son haieine de souiller le feu sacre et les mains couvertes de gants. — Cf. Darmesteter, Ze7id Avesta, I, p. i.xi. — II porte aussi le padän en mangeant pour ne pas souiller les aliments qu'il avale d'un coup entre deux reprises d'haleine. Ibid., II, p. 214, no 31. — Le padän etait porte par les mages de la Cappadoce, ä l'epoque de Strabon (d' Auguste), XV, 733 c ndga^ mhoidg y.adeixvia^ ey.aTFooidei' fit/^oi Tol< y.alv.-Tifir zu Xsihj rag .-tagayyaih'öu.-. (Note communiquee par M. Franz Cumont.)

•* Bi':nzinger, Hebräische Archäohgic ((irundriss der theologischen Wissenschaften, Zweite Reihe, Erster Band). Freiburg i. B. et Leipzig, 1894, p. 165.

deux, appartenant a la collection Petrie, sont en forme de femmes.

II se poiirrait que ces pendants et le volle devant la figure aient

ete portes aussi bien par les hommes que par les femmes et peut-

FiG. 21. — Ornements du Front.

Les deux ornements superieurs ont servi egalement ä suspendre un voile

devant la figure.

etre meme excliisivement par les hommes, ä en juger d'apres la coutume des Touaregs et meme de certains Arabes ' .

On n'a pas de traces de cette coutume de se voller la face dans

' Frazer, the Golde7i Bough, 2® edit., I, p. 313 : « Amongst the Touaregs of the Sahara all the men (and not the woman) keep the lower part of their face, especially the month, veiled constantly ; the veil is never put off, not even in eating or sleeping », et note 3 : « Amongst the Arabs men sometimes veiled their faces ». Edition frangaise. Paris, 1903, I, p. 243 et note 4.

Ornements

du Corps.

tonte l'histoire de l'Egypte et ce sont les Arabes qui l'importerent de nouveau au vii^ siede de notre ere ^ .

Grosse, dans son livresur les debuts de rart'-,rapporte une remarque interessante de Lippert : « Le principe suivant lequel on choisit les endroits du corps destines a porter la parure est un principe pratique et on fait abstraction de toute consideration d'ordre ideal... Sont destines ä porter la parure, tous les endroits du corps qui forment des retrecissements au-dessus des parties osseuses et musculeuses plus larges. Ces endroits sont les suivants : le front et les tempes avec les os qui fönt saillie en dessous et le support forme par le pavillon de l'oreille, le cou et les epaules, les flancs et les hanches ; aux jambes, c'est la region au-dessus des chevilles ; aux bras, ce sont le biceps, le poignet et, dans une moindre mesure, les doigts. L'homme primitif se sert de tous ces endroits pour y fixer des ornements ; mais il n'a pas ete amene a ce choix pour des raisons esthetiques, mais par des considerations purement pratiques ».

Nous avons deja parle de la coiffure chez les primitifs egyptiens, nous devons maintenant etudier les'colliers, ceintures, bracelets, bagues, et voir comment le vetement a pu se developper en partant de ces parures toutes elementaires.

La forme la plus simple de ces decorations consiste ä attacher ä ces divers endroits du corps de simples « lanieres de peau, des nerfs d'animaux, des tiges herbacees » ^. Ensuite on y suspend des coquilles, des perles, des griffes d'animaux, etc.

En Egypte les coquilles sont frequentes dans les tombes prehis- Coquilles toriques. Percees d'un trou elles servaient evidemment de parures ^, et l'usage s'en est conserve dans les temps historiques oü l'on imitait meme des coquilles en terre emaillee ou en metal pour servir d'elements de collier.

1 Petrie, Naqada^ pl. LXII, 21-23 ^^ p. 47 ; Dio^polis pavTa, pl. 111 et p. 22. — Prehistoric Egyptian CatvingSj dans Manj 1902,11° ii3,p. 161-2, et pl. L, 5-7.

Voir SociN, A., Islamisme, dans Bcedeker, Egypte, 2«edit. frangaise. Leipzig, 1903, p. LXiii. « L'origine du voile remonte ä la plus haute antiquite (Genese, XXIV, 65 ; Isafe, III, 22, 23); cependant on ne sait si les anciennes Egj'ptiennes l'ont porte, du moins on n'en voit pas d'exemples sur les monuments ».

^ Pp. 63 et 64.

^ Deniker, les Races ci les pcuples de la tcrre, pp. 211 et suiv.

* DE Morgan, Recherches sur les origines de l' Egypte, II, p. 59.

Je me contenterai de citer les merveilleux bijoiix decouverts ä Dahchour par M. de Morgan ^ Perics. Oll a decouvert dans les tombes d'epoque primitive un graiid

nombre de perles dont les formes restent sensiblement les meines pendant toute la periode prehistorique. II n'en est pas de meme des matieres employees, et Petrie a pu en dresser une table chronologique assez detail lee -.

Fig. 22. — Pendei.oques Montrant l'imitation de grilTes et de cornes, decorees de lignes incisees

ou peintes.

Pendeloques Je serais assez porte a considerer comme des ornements de Collier la plupart des objets en ivoire decouverts dans les tombeaux et qiie Petrie regarde comme des instruments destines ä fermer les oiivertures des oiitres :

« Ce sont des sortes de pendeloques formees par l'extremite coupee d'une cote d'animal ou d'une defense, percees souvent d'un trou au sommet, et par consequent devant etre portees la pointe en bas, munies dans leur partie la plus large d'une forte echancrure et couvertes de lignes brisees ou de dessins geometriques rudimentaires ^ (fig. 22).

' DE Morgan, Foiälles ä Dahchour, mars-juin 1894.. Vienne, 1895, pl. xxiii et XXIV.

^ Petrie, Diospo/is parva, pl. iv et p. 27.

3 de Morgan, Rechcrches sur les Origmes de l'Egypte, II, p. 62-63.

Certaines de ces pencleloques sont en pierre, d'aiitres sont creuses et ont pii servir de vases.

A la partie superieure de la plupart d'entre elles on remarque nn retrecissement destine ä les fixer au moyen d'nn lien passant egalement dans le troii qu'on 3^ troiive frequemment perce. Des traces nombreuses de ciiir en cet endroit ont ete relevees ' .

Noiis aiirons l'occasion de revenir plus en detail siir ces pendeloques, en traitant de l'art ornementaire. Notons cependant qu'nn certain nombre de ces ornements affectent la forme de cornes 011 de griffes et ne sont quela copie stylisee d'ornements encore plus rudimentaires. Nous pouvons y comparer les colliers des Boschimans, « des cordons faits de tendons et peints d'ocre rouge, auxquels sont suspendus des coquillages, des dents, des griffes, des carapaces de tortue, des cornes d'antilope et autres objets servant en partie de recipients pour le tabac et les onguents, en partie d'amulettes et, pour la plupart, d'objets de parure » -.

J'ai ä peine besoin de remarquer conibien l'usage des perles et des pendeloques etait frequent dans rEg3^pte pharaonique, et des collections comme celle reunie par Petrie ä l'University College de Londres sont des plus instructives ä cet egard. Cette richesse d'or- . nements de collier : oiseaux, griffes, coquilles, amulettes diverses, est bonne ä noter, car on en releve rarement des traces sur les monuments figures. On n'est pas toujours autorise a se baser uniquement sur l'absence d'un objet sur les monuments figures egyptiens pour en nierTusage.

Les perles et autres pendeloques servaient aussi bien ä decorer Bracelets. les ceintures, les bracelets et les anneaux de jambes que les colliers, et les bijoux decouverts par Petrie dans la tombe du roi Zer, de la P^ dynastie, nous permettent d'apprecier l'excellente fagon dont on etait parvenu, a cette epoque, ä grouper ces differents Clements pour arriver ä des resultats vraiment etonnants. La perfection de ces bijoux est teile que, comme le remarque Petrie, ä l'exception des perles en or massif, il n'y a aucune perle d'un des bracelets qui pourrait etre echangee avec l'une quelconque d'un autre bracelet sans en detruire completement l'heureuse harmonie •^.

1 Petrie, Naqada, pp. 46-47, pl. lix-lxiv. Diospolis parva, p. 21 et pl. in.

^ Grosse, les Debüts de l'Arl, p. 68.

3 Petrie, the Royal Tombs of theearlicst dynasties, 11, pl. i et pp. 16-19.

Mais ä cöte des bracelets constitues de pieces detachees, il faiit noter les simples anneaux de matieres diverses. On en a retrouve en ivoire, en os, en coquille, en cuivre, en silex, en pierres dures, etc. \

L'usage n'en a pas disparu aux epoques historiques, et les tombes de la P^ dynastie, a Abydos, ont livre des debris d'une infinite de bracelets en ivoire, en corne, en coquille, en schiste et en pierre ^.

mmmzZ^

Fig. 23. — Bracelets en Os et en Ivoire

ET CuILI.ERE AVEC MANCHE EN FORME DE BRAS ORNE d'uNE SERIE d' ANNEAUX.

1 Voir QuiBELL, E/ Kah. pp. 6, 7, 9, 10, 18 et pl. 11, 2. — Petrie, Naqada, pl XLiii et pp. 42, 47 et'34.. — Albätre. Petrie, Naqada, p. 29. — Coquille. Petrie, Naqada, pp. 14 et 47. — Corne. Petrie, Naqada, pp. 14, 47. — CxiWre. ^KTKiK, Diospolis parva, p. 37. — Ivoire. Petrie, Naqada, pp. 5, 14, 29, 47. Dio^polh parva, p. 2i et pl. x. — • Os. Petrie, Diospolis,'-^\. x, 23.

— Perles Petrie, Diospolis parva, p. 33. — Schiste, Petrie, Naqada, p. 14.

— Silex. Petrie, Diospolis parva, p. 36. Naqada, pp. 14, 51, 59. Abydos, I, p. 16.

■^ Coquille. Petrie, Abydos, I, p. 17. — Corne. Petrie, Royal tombs, II, p. 39. — Ivoire. Petrie, Royal to7?ibs, II, pp. 24, 35, 37. Abydos, I, p. 5. — Pierre. Petrie, Royal tombs, II, pp. 35, 37. — Schiste. Petrie, Abydos, I, p. 17. — Bracelets de Aha. Petrie, Royal tombs, I, pp. 5, 18, 29 ; II, p. 5. — Bracelets de Zer. Petrie, Royal tombs, II, pp. 17, 18.

Une cuillere (fig. 21,) \ dont le manche reproduit iin bras, nous montre qu'on] portait un grand nombre de bracelets semblables forPxiant sur le bras ime sorte d'annature qui rappelle, comtne l'a tres bien dit M. Pleyte, le « Danga bohr » que Schweinfurth avait trouve chez les Bongo -.

Petrie a decoiivert une tombe contenant im cadavre d'enfant portant au bras neuf ou dix anneaux d'ivoire, et il rappelle ä ce sujet qu'une Statuette de femme^ de Tage du renne, presente le meme svsteme d'ornementation ^.

Fig. 24. — Bagues en Ivoire.

II est tres vraisemblable que ces memes anneaux pouvaient etre employes egalement pour orner les jambes, comme on le voit notamment sur la representation du chef du pays de Pount a Deirel-Bahari ^

Ce qui etonne le plus, au point de vue de la fabrication, c'est de voir les primitifs confectionner des anneaux en silex "^. On a emis beaucoup d'hypotheses pour expliquer la maniere dont on les aurait faits^ et ce ne sont que les heureuses decouvertes de Seton Karr a Wady-el-Scheikh qui nous ont montre toutes les phases du travail ^.

1 Petrie, Naqada. pl. xuii, i (Ashmolean Museum, ä Oxford). - Pleyte, Chapitres stippleinetitaires du Livrc des Marls, I, pp. 147-148. ScHW'Eii^vvR.Tn, Ai-tes Africatiäe. Leipzig-London, 1875, pl. in, 12. 3 Petrie, Naqada, pp. 42 et 47.

* Pleyte, ibid., fig. en face dela p. 147.

^ DE Morgan, Recher ches sur les origities de l' Egypte, II, pp. 60-61.

* Schweinfurth, ^Egyptischer Ringe aus Kieselmasse, dans la Zeitschrift für Ethnologie, XXXI, 1899, pp. (496) et suiv. — Forbes, On a Collection of stone

On a deja plusieurs fois reniarque sur les monuments de l'Egypte pharaonique combien on y faisait im usage freqiient des coUiers^ des anneaiix de jambes et des bracelets et noiis n'aiirons donc pas ä noiis arreter davantage sur ce point ^ . Bagucs. Les primitifs ont egalement coiinii les bagues, en ivoire notam-

ment, simples oii decorees d'im büiitoii ; deux specimens fort curieux noiis montrent qii'on aimait a les orner parfois de motifs d'animaux : l'ime est decore de deux felins ; sur l'autre on voit quatre faucons " (fig. 24).

Nous avons jusqu'a present laisse de cote la decoration des hanches et cela parce que, ä ma connaissance du moins, aucun mouument de l'epoque primitive ne nous a fait connaitre une teile decoration. Sur aucune Statuette, sur aucun dessin nous ne voyons autour de la ceinture une laniere de cuir ornee de perles, de pendants, etc. Mais il est bien difficile de dire si les perles ou pendants que l'on a decouverts n'ontpu servir ä parer cet endroit du Corps aussi bien que le cou, les bras et les jambes. Par analogie, nous pouvons donc supposer egalement des ceintures ornementales ; et ici nous abordons le probleme interessant des origines du vetement.

Vetements. « A la laniere du cou, ou collier, on suspend une peau de bete et la voilä transtormee en manteau. Chez les Fuegiens, ce morceau de peau est si exigu qu'on est oblige de le tourner suivant la direction du vent, pour proteger efficacement le corps. La laniere de la taille, la ceinture, est egalement surchargee de dilferents appendices et se transforme en jupe.

» Lesbranches feuillues que les Veddas enfoncent sous leur ceinture, les morceaux d'ecorce retenus par la meme ceinture chez les Niam-Niam, le « sarang » indo-malais qui fournit en meme temps les Clements d'une jupe et d'une ceinture, tout cela n'est que le prototype de la jupe » ^

Parlant des indigenes des iles Andaman, Grosse s'exprime

implevients in tlie Mayer Äliisctiin, maJc by M. H. W. Scton Karr, 171 Mines of the ancient Egyptians discovercd hy him on thc plalcaux of the Nile Valley, dans le Bulletin Liverpool Museum, II, n^^ ^ gj- ^^ pp yS-So et fig. de la p. 82.

' PvRMAN, ^Egvptcn und ägyptisches Leheii im Altertum, p. 313.

2 Petrie, Naqada, pl. lxii, 30 ; Lxiv, 78 et p. 47. Diospolis, IX, 23 ; X, 2\, 25, et pp. 21-22.

•* Demker, les Kaccs et les peuples de la terre, p. 312.

comme suit : « II 5' a cependant une tribii dont les fenimes ne mettent autour des hanchesrien qiruneficelletres mince, delaqiiellependent quelques fibres tres courtes; ce n'est evidemment qu'une parure»^

Erman a deja remarque que les Egyptiens des basses classes, sous l'ancien empire, principalement ceux qui par leurs occupations etaient en contact habituel avec l'eau, etaient parfois representes comme absolument nus, tandis que la plupart de leurs camarades portaient simplement une ceinture garnie ä la partie anterieure de quelques bandelettes libres -. On ne sauiait parier ici de vetement et on pourrait egalement douter qu''il s'agisse d'un ornement si on n'avait pour s'en assurer de nombreux paralleles ethnographiques.

On pourrait ajouter que, dans certains cas, cette simple corde nouee autour des reins servait d'amulette. Je rapporterai ä ce propos la curieuse Observation du D' Stacquez qui, au sujet de la population moderne de Thebes, s'exprimait comme suit : « La plupart des gar^ons etaient entierement nus, et, parmi eux, il s'en trouvait qui pouvaient avoir une quinzaine d'annees. Seulement, tous portaient autour du corps, en guise de ceinture, une mince ficelle. Aller entierement nu etait chose tres naturelle pour ces gens, mais ne pas ceindre une ficelle autour des reins eut ete le comble de l'indecence, et aucun ne se serait hasarde de se montrer en cet etat. Je demandai la raison d'une semblable coutume, et il me fut repondu qu'elle avait toujours existe, que cette ficelle etait censee cacher leur nudite, et devait representer les vetements qu'ils ne pouvaient porter ä cause de la haute temperature de leur pays. Pour moi, je crois que cette ficelle doit etre consideree comme une espece d'amulette, et en voici la raison : dans quelques parties de l'Egypte, il est d'usage de se faire nouer par un cheikh une petite corde autour des poignets et des chevilles, afin de les preserver des foulures et autres accidents, pendant le travail ou la marche ; il est donc probable que la ficelle qui ceint les reins chez les habitants de Thebes est une pratique semblable passee en habitude et dont on a oublie la raison d'etre » ^.

' Grosse, les Debüts de l' Art, p. 70.

2 Erman, Aigypten und ägyptisches Lebeti im Allertuin, pp. 293-4.

3 Stacquez, l'Egypte, la basse Niibie et le Sinai. Liege, 1865, pp. 252-3. — Voir egalement Maspero, Histoire ancienne des peuples de l' Orient classique. II, p. 526.

Rappeions aussi que, soiis le second empire thebain, les jeunes esclaves feminines ainsi que les danseuses ne portaient pour tout vetement qii'une ceinture qui parfois pouvait etre decoree i.

Voyons ce qui en etait ä l'epoque primitive : Ceintures. Plusieurs des personnages de la fameuse tombe peinte de Hieiaconpolis, dont nous aurons ä nous occuper longuement plus tard, semblent bien n'avoir pour tout vetement qu'une ceinture nouee a la taille ; de meme sur les palettes et massues, provenant de la meme localite et oü les formes sont deja proches de Celles de l'ancien empire ^.

On attachait ä cette ceinture divers ornements, et les monuments nous en fönt connaitre deux avec assez de precision.

L'un est la queue d'animal, l'autre l'etui preservant les parties genitales. Queue. Les guerriers ou les chasseurs que nous

trouvons representes sur le fragment de palette du Louvre portent, attachee a leur ceinture, une queue d'animal, peut-etre une queue de chacal (fig. 25).

II est interessant de remarquer que cet ornement caudiforme se retrouve chez bon nombre de peuples 3.

En Eg3^pte, a l'epoque pharaonique, la queue est un ornement des princes et des pretres, et le musee de Marseille en possede meme un specimen en bois ^.

Les representations de queues sur les monuments de Hieracon-

polis forment parfaitement la transition entre la queue des primitifs

de la palette du Louvre, et celle du roi et des dieux sur les

monuments egyptiens classiques.

Karnata. Quant ä l'etui preservant ou cachant les parties genitales, son

Fig. 25. — Chasseur.

Porte la plume dans la chevelure et la queue fixee ä la ceinture.

' Ermax, Aigypten und ägrptischcs Lehai ivi Altertum, p. 299. — Stratz Ucber die Klcidtmg der ägvf'tischefi Tänzeruinen, dans la Zeitschrift für ägyptische Sprache und Alter tumshmdc, XXXVIII, 1900, pp. 148-149.

'^ Capart, La Fete de f rapper les Anou, dans la Reime d'histoire des religions, XLIII, 1901, p. 255.

3 Voir un bei exemple dans Deniker, op. cit., frontispice.

* Maspero, Histoirc ancicntie des peuples de l' Orient classique, I, p. 55, note 3.

röle a ete reconnu et mis en valeur par M. Naville '. On peut surtoiit bien le reconnaitre siir la Statuette de la collection Mac Gregor reproduite plus haut (fig. 20) ainsi que sur bon nombre de -statuettes en ivoire dont nous nous occuperons plus tard.

Voici comment M. Naville le decrit :

« Ce qui est le plus caracteristique dans cette statue, c'est le gros etui ou cornet qui, tenant par une etroite ceinture, couvre les

parties genitales II semble qu'il soit fait d'une matiere resis-

'tante, teile que du metal, du bois ou du cuir epais. Ce cornet remonte jusqu'au milieu du ventre. II se compose d'un cylindre .auquel s'en Joint un autre plus mince, ä l'origine duquel sont deux protuberances ovoides qui cherchent a imiter la nature » ^.

M. Naville a pu l'identifier avec la plus entiere certitude avec im fourreau analogue qui est, dit-il, <' une tradition, un trait caracteristique de ce groupe libyen, qui, sous la XIX^ dynastie, s'allie aux peuples de la Mediterranee pour marcher sur l'Egypte ». Ce ■cornet portait a l'epoque egyptienne un nom special ; les inscrip-

tions l'appellent karnata, \\ \J v\ ll [

Mais en meme temps qu''on attachait ä la ceinture la queue et le cornet on pouvait egalement se servir de cette meme ceinture pour y suspendre une peau d'animal, une natte, un morceau d'etotfe, •et le pagne etait cree. La peau d'animal pouvait etre egalement placee en guise d'ornement sur les epaules et enfin on pouvait se ■draper dans une natte, une peau ou un morceau d'etoffe tissee et ■constituer de la sorte un veritable manteau.

Ces Clements se retrouvent k l'epoque historique; ilsse retrouvent tous egalement aux äges primitifs.

La peau de panthere serree autour des reins et couvrant le bas P«au ventre est encore en usage chez les negres du haut Nil a l'epoque •de la XIX^ dynastie ; eile est devenue, placee sur les epaules, un insigne de certains pretres et des nobles des les debuts de l'ancien •empire ^.

^ (iROSSE, les Debuts de l'Ärt, p. 70, mentionne, chez les Botocudos du Bresil, d'apres le prince de Wied, un « etui de feuilles qui cache les parties l^enitales ». Voir Ykjö Hirn, the Origins of Art. Londres, 19CO, pp. 215-216.

^ Navh^le, Figurines i'gyptiennes de l'epoque archaiqve, II, dans le Recueil de Aravaiix rclatijs ä la philologie et ä l'archcologie cgyptienties et nssyriefines, XXII, pp. 69 et suiv.

•^ MasI'ERO, Ilistoire ancien7ie des peuples de l'Üric7it clmsique, 1, pp. 53 et 55, .et note 8 de la p. 53.

d'animal.

Un des guerriers de la tombe peinte de l'epoque primitive a Hieraconpolis est egalement vetn d'ime peaii de panthere, tandis que son adversaire brandit un bonclier coiivert d'iine peaii semblable ' (fig. 26).

Pagnc. Le pagne, coiirt ou long, est represente frequemment aussi sur

les monuments primitifs, soit sur les palettes et massues de Hieraconpolis, soit encore sur les peintures de la tombe, soit enfin sur les statuettes en ivoire -. Je ne suis pas tout a fait certain que les femmes aient porte le pagne long, et ce n'est qu'avec doute que je renvoie ici ä la tombe peinte de Hieraconpolis. Je n'oserais assurer que les deux figures du haut de la planche Lxxvi de Hieraconpolis n representent bien des femmes; l'analogie de la pose avec des representations feminines sur des poteries decorees me parait cependant assez frappante.

Fk;. 26. — Guerriers.

Ils sont vetus de la peaude panthere ou brandissent un bouclier revetu

d'une peau semblable.

Manteau. Enfin le grand manteau dont le role a l'epoque historique a ete si habilement reconnupar M. Maspero 3 est plusieurs fois represente sur les monuments primitifs. Je citerai une figurine de femme au musee Britannique ^ et quelques statuettes en ivoire provenant de Hieraconpolis et qui nous montrent le manteau tantöt uni, tantöt decore de motifs geometriques ^.

QuiBEi.L and Green, Hici-aco7ipolii, II, pl. Lxxvi.

2 Pour le pagne ä l'epoque de l'ancien empire egyptien voir Erman, ^gypte^iund ägyptisches Lehen im Altertum, pp. 282-286, et Spiegelberg, T'^rmXLVIII, zu dem Galaschurz des alten Reiches, dans le Reciieil de travaux relatifs ä la philologie et ä l'archeologie egyptiejuies et assyrien7ies, XXI, 1899, pp. 54-55'

3 Maspkro, //istoire ancienne des peuples de l' Orient classique, I, pp. 55-57- * BuDGE, History of Egypt, I, p. 53.

"^ QuiBELL, Hieraconpolis, \, pl. IX et x.

Petrie a compare fort judicieiisement le manteau decore d'imede ces figures avec les fragments de cuir peints de lignes en zigzag, decouverts par liii a Negadah, et qu'on peut comparer aux vetements des Libyens du tombeau de Seti P'' ^ ffig. 2-j^.

Fig. 27. — Figurines de Femmes.

Blies sont vetues de manteaux unis ou decores. En dessous, fragments de cuir decores de peintures.

Ces ornements representent probablement des broderies, comme le demontie la Statuette en ivoire d'un roi de la I'^ dynastie decoii-

1 Petrie, Naqada, pl. lxiv, 104, et p. 48. Voir aussi Petkie, the Royal Toinhs of Ihe earliesi dynasties, II, ))1. iv, 3, 4 et 5.

verte par Petrie ä Abydos et dont oii trouvera plus loin des reproductions ^

Mentionnons enfin une petite figurine de femme etroitement enveloppee dans im manteau, decoaverte par Petrie k Abydos et datantdes debuts de la P^ dynastie ^

Le grand manteau s'attachait au moyen de glands dont Petrie a decouvert des exemplaires en fa'ience emaillee dans le temenos du temple d'Osiris ä Abydos -^

Nous sommes arrives ainsi a la fin de notre etude de la parure chez les primitifs egyptiens, cette manifestation premiere et en meme temps si riebe du sentiment estbetique.

La conclusion a tirer immediatement de cette recherche est qu'il n'est pas possible de constater, au moins dans cet ordre d'idees, de cbangements brusques et radicaux au debut de la periode pharaonique et qu'il n'}^ a pas contradiction flagrante entre les usages des primitifs et ceux que nous trouvons sous landen empire egyptien. Voyons si nous pourrons mainteiiir cette conclusion en nous attacbant a l'examen de l'art ornementaire.

1 Petrie, Abydos, II, pl. ii et xiii, et p. 24.

2 Petrie, the Royal Toinbs of the ear liest dynastics, II, pl. iii A, 8, et p. 21. ä Petrie, Abydos, II, pl. i et viii, 1 41-143 et p. 26.

Au sujet des vetements primitifs compares ä ceux des monuments egyptiens de l'ancien empire, je crois utile de noter une remarque de Petrie. Apres avoir decrit les vetements decouverts dans les tombss de la V« dynastie ä Deshasheh, il ajoute : « It is remarkable that not one dress was found of the form shown on the monuments, with shoulderstraps ; but the actual form seems to have been developed out of that by extension of the shoulder-straps along the arms. Hence the monumental dress must have bsen only an artistic survival in the Old Kingdom ». Petrie, Deshasheh, Londres, 1898, p. 31.

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