AVANT-PROPOS XIX
cette loi des trois phases que nous avons proposée(1). L’homme, comme il le dit, est « un animal esthétique », et lel est le point de départ : l’art qui naît de celle propriété de l’étre humain passe parune phase fortement sociale avant de s’indtrvidualiser nettement. Maïs là même où l’empreinte du milieu est le plus apparente et le plus profonde, il ne faut pas oublier que l’art est chose humaine et, par suite, individuelle, à sa source. Parti de l’individu, l’art y retourne (2).
Au surplus, cet individualisme auquel il aboutit rest pas sans danger : à la limite, le lien socialse trouvera relâché et le goût de l’action a/fjatblr.
Normalement, Part, paree qu'il couronne la vre et l’action, enferme, si pur et désintéressé soit-il, des éléments utiles à l’action. Le plaisir qu’il procure peut servir par surcroît la connaissance, la morale. Du fait de l’art, quand la volupté esthétique n’est plus qu’un souvenir, l'esprit peut étre plus riche et plus lucide, l’âme meilleure, l'être mieux accordé par la vertu de l'ordre et du rythme, — comme après le jeu physique les poumons respirent plus largement, les muscles sont plus vigoureux. La littérature et les beaux-arts ne sont pas faits pour l’éducation; et pourtant ils sont éducateurs. Les lettres humaines, les arts libéraux, — ces termes expriment leur essence généreuse. Ils donnent, selon une juste formule, la jouissance sans convoitise (Æbbinghaus), maïs non pas nécessairement la jouissance sans utilité,
La jouissance sans utilité, l’ « art pour l’art », c’est « la vie pour Part » se substituant à l” « art pour la vie ». La vie de pure jouissance — le dilettantisme— est quelque chose de contraire aux tendances profondes de l'être. Saturé de littérature et d'art, l’homme peu en venir à faire de loute son existence unjeu. Il y a des individus, rl y a des classes, il y a des
(1) Voir PAvant-Propos du tome VI.
(2) Rio, ouvr. cité, pp. #40 et suiv. — Sur le rôle des individualités voir CHAPOT, art. cité de la Rev. de Synth. hist., fév, 1914, p. 11.