‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 15 sur 124 · XXII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXII AVANT-PROPOS

avec une pénétrante ingéniosilé — tous les détails de la technique : il a souligné fortement les relations de l'art grec avec la vie sociale sous ses aspects divers. Il a montré que, st l’art colossal des peuples orientaux répond à leur organisation monarchique, l’art grec, mesuré, anthropomorphique, où la personnalité humaine joue un rôle si nouveau, est en rapport avec la constitution de la cité. Il a éclairé d’une vive lumière les origines religieuses de cet art. Peutétre même semble-t-il parfois exagérer le rôle de la relgion. Quand il déclare que Part « n’est longtemps qu’une forme du culte » (p. 67), que l'art grec est « le docile servrleur de la religion officielle » ef que « ce caractère qui prime aux origines ious les autres, il le conserve pendant son entière existence » (p. 64), que « la religion pénètre même les arts industriels de destination essentiellement pratique » (p. 68), il faut se rappeler qu’il insiste, d'autre part, sur Pétroite liaison de la technique et du jeu et qu’à ses yeux toute la vie matérielle des Grecs se repasse d'une préoccupalion esthétique.

Même quand il est le plus lié à la religion, l’art influesurelleet la façonneautant qu’illasertet l’exprime. Un moment vient, du reste, où il s’affranchit d’elle, où d’une façongénérale s’accomplit « la dissociation du beau et de l’utile » (pp. 138-139). L'’arts’épanouit pour lui-même, et « l’'individualisme triomphe » (p. 1532). C’est le retour à l’individu, après la phase de très forte socialisation dont nous avons parlé plus haut. Si l’art devient « un langage social », s’il établit « une communion entre les hommes », il n’en est pas moins — répétons-le — originellement individuel.

On pourrait être tenté, au premier abord, de trouver quelque opposition entre W. Deonna et À. de Ridder. Celui-ci, historien attentif mais profondément épris de la beauté grecque, s'attache surtout à la réussite, à la perfection, au

AVANT-PROPOS XXIIT

« miracle ». Il y a une époque « privilégiée entre toutes » où les Grecs ont « transformé en réalités vivantes leurs réves el leurs chimères de beauté » : c’est là que de Ridder cherche la « marque propre » du génie hellénique, qui sera st fortement empreinte sur tout l’art ullérieur. Il limite à dessein le concepi de l’art et y voitune « création de beauté » destinée à satisfaire «un des besoins supérieurs de l’humanité » (p. 9). — W. Deonna déclare qu’ « en Grèce la beauté n’a pas sa fin en soi; elle n’est qu’un moyen pour parvenir au but » (p. 59); et il ne néglige aucune des formes el aucune des étapes de l’art grec. Maïs, à bien y regarder, iln’y a entre les deux auteurs qu’une différence de point de vue ef de proportions. De Ridder reconnaît que l'artisan et l'artiste se distinguent mal au début; lout en se complaisant au point de perfection, 1 indique, il aurait retracé ce qui précède et ce qui suit. W. Deonna, plus préoccupé des phases successives d’évolution, du problème historique, n’en reconnaît pas moins le « don supérieur » des Grecs, n’en dégage pas moins ce caractère essentiel de leur art : le sentiment de la vie, l’idéal d’une vie noblement humaine, c’est-à-dire équilibrée et harmonieuse, et en définitive le goût de l’ordre et de la mesure. Tous deux s'accordent pour faire apparaitre l’art grec comme Part « humain » par excellence, l’art « généralisateur », selon l’expression dé Henri Lechat (1). Ici, comme dans toutes ses créations, l’apport de la Grèce, c’est essentiellement la raison (2). |

(1) La Sculpture grecque, p. 143.

(2) « Cet art si noble est abslraïl, ralionalisle, idéologue ; il s'adresse plus à l’intlelligence qu’au cœur; avec lui nous sommes dans le domaine des idées pures de Platon. Le côté fugitif et changeant des choses lui déplailt ; les seules vérilés pour lui, ce sont les vérilés élernelles » (p. 357). Cf. J. VENDRYES, {. III, p. 405 : la langue grecque « esl d'essence divine... Il n'est pas question des idées que cette langue a servi à exprimer, de cette litlérature qui est une école de sagesse et de beauté... La forme extérieure de la langue grecque est en elle-même pour l'esprit un incomparable ins-

trument de jouissance. L’harmonie du rythme et la grâce des sons, la richesse du vocabulaire ne sont même pas ses plus précieuses qualités. Sur

Page 1