XXIV AVANT-PROPOS
Et voici ramené un problème qui se posait déjà au tome LIL, à propos du langage : celui du progrès. J. Vendryes!inclinait à penser qu’il ne faut pas voir dans!:/lévolutioncdes langues « une marche à sens continu vers un but déterminé» (p. 420). Il ne consentait pas à tenir comple-du : rapport qu'ont les langues avec les degrés de civilisation : « Nous n'avons pas, disait-il, le droit de considérerunedangue rationnelle et abstraite, parce qu’elle est la nôtre [ou cellevdes Grecs], comme supérieure à une dangue concrète et mystique. Il s’agit de deux mentalités différentes qui peuvent'avoir chacune leur mérite. Rien ne prouve qu'aux yeux d’un: habitant de Sirius mentalité de civilisé ne soit pas l'équivalent: de dégénérescence (1). » Sans aller aussi doin dans le scepticisme, W. Deonna seraït peut-être assez disposé à considérer les formes successives de l’art comme des expressions, également intéressantes, d'états historiques divers (2).
Mais la raison et, d’une façon générale, le développement psychique jouent dans la vie humaine un rôle qu'il estimpossible de négliger. De ce point de vue on a le-droit d'établir dans l’évolution de l'humanité des degrés, même-en ce:qui concerne son activité linguistique ou esthétique.
Si, dans l’œuvre d'art, on considère. la forme, certaines qualités rehaussent le plaisir esthétique d’une dignité rationnelle, — et voilà en quor déjà l’art grec, surioutdans Les
le terrain grammatical le grec se recommande entre toutes les langues par la précision de ses morphèmes qui rend. lucide la formation des mots, par la souplesse légère de sa syntaxe qui donne à la pensée toute sa valeur, qui en suit touies les ondulaïions, qui en laisse voir, dans sa‘transparence, loutes les nuances. Jamais plus bel outil n’a été forgé pour exprimer une pensée humaine. »
(1) Nous avons montré ( Avant-propos du &. III, p. XXV) que l’ouvrage même de J. Vendryes renferme des allénuations à cetle thése. Voir également la discussion qui a eu lieu à la Société française de! Philosophie : Le Progrès du Langage, Bulletin de nov.-déc. 1922.
(2) Dans L’Archéologie, £& ZII, les Cycles artistiques, W. Deonna:a posé « üne loi des cycles », que discute V. Chapot dans mn Eu précédemment cité de la Rev. de Synth. hist., pp. 14-17.