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simplement : l'étude, toute une initiation préalable devient: nécessaire. Rien, en effet, n’est plus vague, dansla plupart des esprits, que les notions d’esthétique, qui sont les. principes essentiels sans lesquels on ne saurait s’occuper:utilement de ces questions. Donc, avant toutes choses, il faudrait: qu'un accord se fit, entre le lecteur et l’auteur, surtces points. primordiaux ; toute une suite de définitions, abstruses et délicates, devraient, de toute nécessité, servir de préface au sujet proprement dit et, si bref qu’on s’efforçât d’être, si patiemment: qu'on fût suivi dans ces déductions successives, le horsd'œuvre risquerait de prendre la place principale et le sujet. disparaîtrait devant des discussions philosophiques,, qui seraient étrangères et, dans un sens, extérieures à lui. J'ajoute que, sous peine de parler et de raisonner sur des abstractions, pour contrôler ces notions d’esthétique et pour vérifier seule-. ment nos définitions, il ne faut rien moins que la connaissance très précise et très complète de l’art grec. Peut-êtres n'est-il pas plus contradictoire de demander à un philosophe:la-pra-. tique des monuments que d’exiger d’un archéologue-decclairs » concepts philosophiques, mais, si l’on peut parfaitement concevoir que, chez un être particulièrement doué, les deux disciplines puissent cohabiter et les deux contraires se concilier, on comprendra qu’il ne puisse être question deerécla=. mer de tous un pareil effort; et, si intéressant d’ailleurs: que soit ou puisse être ce problème délicat, il ne:semblé-pasde ceux dont tous puissent connaître, ni qui soit accessible: et même intelligible à tous.
Je voudrais, beaucoup plus simplement, chercher:ce- ques l’art était pour les Grecs et l’idée qu’ils s’en faisaient Qu’ilsaient été d’admirables artistes, nul, je pense, ne le met'ens doute, mais, comment et pourquoi ils Pont été, c’est ce-qu’il importe à tous de savoir, et l’on ne saurait répondre congru-ment à cette question sans s’être demandé au préalable.ettsans déterminer ce que l’art représentait pour les Hellènes et la:
; f place qu’il tenait dans leur vie, comme dans la cité. Si nous. nous faisons de ce rôle une idée précise, si nous arrivons, sur
«ee point, à nous représenter ce que pensaient les Grecs, peut-
être en comprendrons-nous plus facilement les caractères propres de leur art et ce qui en fait la beauté comme l’originalité.
Au cours de cette étude, je devrai, pour donner quelque valeur aux démonstrations que je tenterai, les appuyer sur des exemples figurés. Des reproductions, suffisamment exactes pour qu’on puisse suivre l'argumentation, mettront ces monuments sous les yeux du lecteur. Nous ne restreindrons pas nos informations à une catégorie de monuments, telle que serait la statuaire, et nous ne nous bornerons pas à étudier les statues de marbre; d’autres séries, plus modestes, peuvent, comme j'espère le montrer plus loin, nous apporter des témoignages plus directs et qui, dans un certain sens, seront tout autrement caractéristiques. J’insiste seulement sur le caractère d'exemples que doit garder ce choix de monuments; ils ne sont pas à eux seuls tout l’art grec, ni n’en sont aucunement les chefsd'œuvre. Leur rôle est plus humble et, en un sens, plus utile : ils doivent remplacer pour nous ce qui n’est plus de l'antiquité et nous faire comprendre la beauté de l’art ancien, dont ils gardent encore le reflet, comme d’humbles disciples qui ont approché du maître et que cette grâce d’état suffit à rendre vénérables et dignes d’être écoutés.
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- La première question qui se pose à nous est de définir ce que nous entendons par l’art grec ou, ce qui revient pratiquement au même, de distinguer, parmi les monuments conservés jusqu’à ce jour, ceux qui représentent vraiment l’art grec et sans lesquels nous ne saurions en connaître le caractère et les qua-
lités maîtresses. Ce serait, en effet, une erreur de croire que tous les objets figurés soient au même degré susceptibles de nous révéler le secret de la race, et c’en serait une tout aussi forte de s’imaginer qu’à toutes les époques l’art a toujours été le même, que, depuis les origines jusqu'aux dernières années, rien n’a changé en lui, et qu’il s’est perpétué toujours semblable à lui-même, et immuable comme une entité ou une création de la raison. S’il en avait été ainsi, Part grec, qu’il ait été ou non supérieur à tous les autres, en aurait différé par un privilège unique qui leût mis à part comme la plus surprenante des exceptions. Partout en effet, chez tous les peuples et dans toutes les civilisations, de même que les races se transforment et se modifient par suite des guerres, des conquêtes ou sous l’afflux pacifique des éléments étrangers, leur art ne change pas moins que leur histoire, et leurs créations picturales et plastiques évoluent et diffèrent à ce point, qu’à quelques siècles de distance le lien échappe souvententre ces produits d’un même sol et d’une population identique. Trois cents ans à peine séparent un Jean Malouel ou un Jacques Froment d’un Fragonard : pourtant, des premiers au dernier, quelle différence non seulement dans le talent ou dans la technique, mais dans lidéal et dans la manière de concevoir l’art et la vie! Si nous ne le savions point par ailleurs, aurions-nous l’idée d’attribuer au même peuple des œuvres non seulement si diverses, mais si opposées, et pourrait-onapprouver celui qui tenterait, à grand effort de raisonnements sophistiques, derattacher artificiellement ces peintures les unes aux autres, d’expliquer les unes par les autres et d’y voirles maillons d’une même chaîne ou les moments successifs d’une même évolution ? L'exemple que nous a donné la France, nous pourrions le demander, et la réponse serait la même, à d’autres civilisations exotiques ou antiques. On a longtemps considéré l'Égypte comme la patrie d’unart uniforme, où tout était mécanique et réglé, où un canon immuable déterminait des représentations toujours
identiques à elles-mêmes,oùü nulle part n’étaitfaite au sentiment individuel, où la liberté de l'artiste était inconnue et proscrite, où tout ce qu’on demandait de lui était de se conformer à un programme étroit et de l’exécuter fidèlement et littéralement jusque dansles moindres détails. Les découvertesarchéologiques ont témoigné depuis le commencement du xix® siècle et montrent encore, chaque année, que cette manière de voir était erronée et ne correspondait tout au plus qu’à un seul moment de l’art égyptien, alors que des changements graduels le transforment incessamment, que ces modifications soient dues à des efforts individuels et personnels ou à des influences venues du dehors et auxquelles il ne fut nullement insensible ou étranger. De même l’hiératisme de l’art byzantin a été, nous le savons chaque jour mieux et d’une façon plus précise, fort exagéré par les critiques : ici encore, quand on a pu distinguer les époques, on a constaté une évolution où se succèdent des manières différentes, des conceptions opposées et des techniques diverses, plus raftinées ou plus imparfaites. De même encore, aux origines de l’art hindou, de l’art chinois, de l’art japonais, nous apercevons et nous discernons chaque jour plus clairement des influences étrangères qui se succèdent et, dans chaque cas particulièrement, modifient peu à peu et transforment graduellement le vieux fonds indigène, et toute une suite d’efforts incessants, parfois malheureux, pour développer une originalité nouvelle; toutes manifestations extérieures qui nous révèlent autant d'organismes vivants et bien vivants, recevant beaucoup du dehors, mais s’assimilant cette nourriture étrangère et mettant leur marque propre sur ces! emprunts, sans perdre leur originalité et comme leur droit à existence. L’art grec n’est ni plus ni moins immuable que ses pareils et, tout comme eux, il a passé par des phases nombreuses et diverses. Depuis les origines jusqu’à l’époque byzantine, il n’est qu'évolution et transformation perpétuelle. De même que Ja Grèce politique et historique ne se ressemble guère à
elle-même à deux siècles de distance, voire à de moins longsintervalles encore, de même lacivilisation et l’art grecs se modifient incessamment ; tantôt c’est dans le bon seus et cette altération signifie progrès, taniôt la voie suivie est mauvaise et la Hellade entre dans la décadence, mais, que ce soit en bien ou en mal, qu’il faille s’en féliciter ou le déplorer, le changement est perpétuel et indéniable. Rien ne peut être plus intéressant que de suivre cetie marchesanstrêveet de noter ces dittérences successives; mais nulle étude aussi n’est plus difficile, caron ne sait à quel moment précis il faut se prendre pour connaître l’heure décisive, et il faut se garder, si lon veut connaître l'essentiel, de trop attacher d'importance aux altérations passagères, qui ne sont que des variations et, somme toute, des accidents. |
Car la diversité est grande entre les monuments qui peuvent seuls nous servir à reconstituer l’art grec. Sans en retracer ici l’histoire, même sous la forme la plus abrégée, — nous avons dit plus haut que tel n’était pas notre dessein, — nous devons, ne serait-ce que pour délimiter notre sujet, en distinguer, comme à vol d'oiseau, les phases principales. Pour le détail, nous renverrons aux histoires plus complètes que nous avons signalées.
Un volume précédent de cette collection (1) a fait connaître Vart qu'on appelait depuis Schliemann mycénien, que lon désigne, depuis Evans, comme minoen, et pour lequel M. Dussaud propose, plus simplement et plus justement, le nom d’égéen. Entre cette civilisation et la Grèce du v‘ siècle ou du iv®, ce ne sont pas seulement mille ans ou davantage qui se sont écoulés, mais l’idée ou la conception de la vie ont changé presque du toutau tout. Lerare mérite des artistes égéens fut de donner, avec des moyens encore bornés et malgré la gêne imposée par des conventions qu’ils ne pouvaient ou ne savaient dépasser, une impression singulière de vie réaliste et
(1) T. IX, GLoTz, La civilisation égéenne.
pittoresque. Peu d’ordre encore dans ces compositions, où les personnages et les animaux se pressent commeau hasard, presque aucun sens durythme et de l’harmonie (au moins à l’époque primitive et créatrice de l’art), mais un goût très vif de lanature, l’obser vation très précise et très fidèle dela vieextérieure, un sens très Juste de effet. Cet instinct et comme ce besoin de réalité n'ont pasétéentièrementinconnus des Grecs; les Ioniens paraissent en avoir reçu et transmis l’héritage et, à l’époque classique même, de modestes artisans comme le peintre de vases Pistoxenos témoignent que la leçon n’est pas perdue ; mais, il faut le reconnaître en toute franchise, à la grande époque de l’art grec, au v° siècle, les qualités qui le distinguent et que nous essaierons de définir plus bas sont toutes diflérentes et elles le sont essentiellement etdansle principe même. Unesorte d'abime sépare les deux mondes et sur le gouffre ne sont jetées que des passerelles légères, motifs qui se transmettent ou rapports de détail. On le comprend fort bien si, comme ïil le semble, et comme on l’a presque prouvé, les Crétois étaient d’une autre race que les Grecs et si deux invasions successives, peut-être venues du Nord, celles des Achéens, puis des Doriens, se sont succédé sur le vieux fond de la Hellade. Dans cette hypothèse, les nouveau-venus se seraient bien mis à l’école des maîtres plus avancés avec lesquels le hasard des migrations les mettaient en contact, mais les élèves modifièrent les leçons apprises et, quand un flot nouveau de peuples refoula les premiers envahisseurs, il ne resta rien ou presque rien du dépôt précieux que ceux-ci avaient reçu, mais qu’ils s'étaient malaisément assimiléet qu’ils furent incapables de transmettre àleurs vainqueurs et successeurs.
Une fois le rideau tombé sur cette première scène, un peu après le début du premier millénaire, au commencement de l’âge du feret aux approches du momentoùcommencentles Olympiades, la Grèce n'est, historiquement, qu’une poussière de peuples, dont le régime politique est instable et où les révolutions sont
fréquentes, mais où des cités, plus activeset plus riches, se développent par le commerce et bientôt essaiment au dehors. Les. colonies que fondent les Hellènes, les rapports de commerce qu’elles établissent avec les peuples quiles entourent, les mettent en contact avec des civilisations étrangères, plus avancées, où elles vont apprendre de précieuses leçons’ et recevoir de fructueux enseignements. Les loniens; fixés sur les côtes d’Asie et dans les îles avoisinantes, ont conservé quelques-unes des traditions égéennesque leur ont apportéesles derniers remous de la grande vaguede fond qui a balayé la Méditerranée orientale vers la fin du deuxième millénaire. Ce fonds précieux, ils ont su l’enrichir, transformant ces idées premières au contact des empires voisins, les Babyloniens, les Hittites, les Assyriens, les Égyptiens; des peuples navigateurs, comme les Chypriotes et surtout les Phéniciens, ont joué un rôle dont il ne faut pas exagérer, mais dont on ne saurait nier l’importance, dans cette migration des formes d’art et dans cette suite d’échanges qui devaient aboutir à l’imvention de types et de motifs. Presque tous les éléments en viennent de l'Orient et de l'Égypte, non seulement les êtres fabuleux et quelques-unes des légendesqu’on leur prête, mais les tissus, les faïences, les ivoires, les bronzes et même les métaux précieux qui serviront de matière aux artistes, et, jusqu’à un certain point, le sens de la décoration, voire les grandes idées ornementales. Tous ces principes, sans lesquels Part grec ne serait pas, les, Grecs les transforment et les modifient peu à peu; cette matière inerte et composite, ils animent d’un esprit tout différent, qui est le leur, et créent, au moyen de matériaux empruntés, tout un monde nouveau qui sera tout à la fois original et personnel.
Trois siècles au moins, du vin à la fin du vi®, sont consacrés à cette lente élaboration, à cet apprentissage des Hellènes qui s’assimilent les techniques étrangères et font de leurs acquêts leur bien propre, qui portera leur marque et le signe de leur race. A l’aube du v‘siècle, au momentdesguerres médiques,
les découvertes de l’Acropoile permettent de constater, par un bilan presque exact, ce dont étaient capables ces Athéniens qu’une tyrannie intelligente venait de porter presque au premier plan du monde grec et qui semblent avoir, dès cette époque, le goût et le souci des choses de Part.
Les fouillesnenous ont pas rendu les ex-voto précieux, qu'ils fussent en métaux ouen matières rares, quifurent naturellement pillés par les envahisseurs étrangers et qui, au surplus, furent toujours assez peu abondants dansla Grèce, à la fois plus pauvre et, par goût, moins fastueuse que les monarchies orientales, En revanche, les découvertes de céramique abondantes (1) et les petits chels-d’œuvre qu’exécutaient les plus habiles des artisans, tels que les Euthymidès et les Euphronios, nous
permettent de soupçonner, sans nous le révéler tout à fait, le point de pertection relative où, dès ce moment, était parvenue la grande peinture décorative (2). Celle-ci n’était pas encore maîtresse detousses moyens, niaffranchiede toute entrave, mais elle n’allait pas tarder à l’être, puisque les œuvres maîtresses des Polygnote et des Micon, dont l'influence fut si grande sur Part grec,suivirent de près le départ de Xerxès. Dèsce moment, et à la suite d’une longue évolution dont nous devinons, plus que nous ne les connaissons, toutes les étapes successives, nous n’avons plus affaire à des apprentis, qui puissent se contenter d’à-peu-près, heureux s’ils ont rendu approximativement les formes et bariolé au hasard les surfaces : ce sont des artistes qui s’évertuent à exprimer exactement les choses telles qu’ils les voient ; quand ils s’eflorcent de donner à leurs observations une forme précise et parfaite, ils ont conscience de satisfaire à l’un des besoins supérieurs de l'humanité, ils ont le sens et le souci de la beauté, bref, déjà, à leur manière, ils font œuvre
- d'art.
Et il en est de même pour leurs confrères les sculpteurs (5), et
(1) CXXIX sq. — (2) CXV sq, — (3) LVIIT sq.
pour tous les ouvriers qui modèlent en relief ou en ronde bosse. Ici encore les œuvres maîtresses ne sont plus. Les grandes statues de bronze, le fameux groupe des Tyrannoctones enlevé par les Perses, même la réplique qu’allaient bientôt lui donner Critios et Nésiotès, ont disparu sans presque laisser de traces et nous avons grand’peine à nous les figurer aujourd’hui ; pourtant il reste des témoignages, plus humbles, de la perfection que pouvaient atteindre ces œuvres d’art. Les fouilles ont mis à jour un assez grand nombre de statuettes en terre cuite (1) ou en bronze, parfois des ex-voto, des plaquettes, même des fragments de grandes statues. Tous ces morceaux, dont la plupart sont mal conservés et bien qu’on n’ait pas pu ou su préserver leur patine, nous donnent «du moins quelque idée de la forme et de l'aspect que pouvaient revêtir les monuments plus importants. Ces réductions industrielles, à une époque où Vartisan se distinguait mal de l'artiste, n’étaient pas toujours très inférieures en mérite aux grandes statues. Même certains défauts, qui tenaient à l’inexpérience du modeleur et au peu de connaissance qu’il avait de l'anatomie, pouvaient être moins sensibles dans de petites figurines où les détails disparaissaient. Tout compte fait et en suppléant par l’imagination aux lacunes du témoignage, nous pouvons nous représenter assez bien ce degré de perfection, toute relative, qu’atteignait à ce moment l’art du sculpteur. Nous y sommes aidés par les restes de frontons et par les statues de pierre ou de marbre trouvés en assez grand nombre dans les déblais de lAcropole (2). La plupart de ces dernières représentent des Korès, orantes ou prêtresses, que groupait sur la colline sainte le culte d’Athéna. Malgré les imperfections de leur structure et en dépit des conventions nombreuses qu’on relève dans leur attitude ou dans leur costume, leur grâce jeune et souriante a conquis les plus rebelles, tous ont été sensibles à l’art, déjà très sûr, qui les
(1) CV sq.