‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 28 sur 124 · L’ARTISTE ET LE PUBLIC. LA TRADITION · texte numérisé non relu

L’ARTISTE ET LE PUBLIC. LA TRADITION

n’indiquent leur patronymique que s’ils sont élèves de leurs pères, et les disciples de Pasitélès remplacent même le nom paternel par celui de leur maître, Certains artistes, plus novateurs, surtout quand l’individualisme se sera développé à partir du1ivesiècle, se glorifient d’avoir eu la nature seule pour maître, mais Lysippe, qui prétend à cette indépendance, est cependant le fidèle continuateur de la statuaire athlétique de Polyclète, peut-être même de Pythagoras de Rhegion (1); il n’est qu’un maillon de la longue chaîne sculpturale, et il n’est aucune deses innovations qui ne se trouve en germe antérieurement. Il n’est peut-être même pas une seule des inventions attribuées par les anciens à un artiste grec, qui n’ait ses antécédents (2). Les prétendus rythmes introduits dans le corps humain au repos par Polyclète existent déjà dès le début du v° siècle, aussitôt la vieille frontalité brisée. Ses proportions trapues et carrées, la tête aplatie de ses statues, sont celles de ses prédécesseurs du vi® siècle, et Polymédès d’Argos, avec ses deux Kouroi de Delphes (3), annonce le maître argien à un siècle de distance.

Ainsi se fait le progrès, résultat de multiples et petites adjonctions. Que l’on regarde le raide Kouros archaïque (4)! A vec ses bras collés au corps, ses jambes jointes, sa musculature imprécise, ce n’est encore qu’un schéma du corps humain. Petit à petit, la vie commence à animer cet être inerte. Une jambe s’avance, lagauche; puis les bras se détachent et se plient; l’anatomieet la musculature, tout d’abord incorréctes, s’affirment de plus en plus exactes. La frontalité se rompt, le poids du corps porte maintenant sur une jambe, l’autre est fléchie, et ce sont des attitudes et des rythmes inconnus qui sont dès lors possibles. Ainsi se prépare la perfection de la seconde moitié du ve siècle, les rythmes encore plus souples et le modelé plus savant du 1v° siècle, la science trop grande des hellénistiques.

() CLXIV, p. 39 sq. 126.

(2) VI, t. L, p. 269 sq. —— (3) L'XXXIV, t VII, p. 42 sq. — (4) L'XVIIT.

Avec un seul thème, on pourrait écrire Phistoire entière de l’art grec.

Pour cela, 1l est très difficile d’opérer des divisions nettes dans cette histoire. Chaque œuvre, chaque ‘style nouveau, se rattachent à ceux qui les ont précédés, annoncent ceux qui les suivront; pour les bien comprendre, il faut en cherchersouvent très haut les origines, en suivre les destinées très loin. Comment prétendre connaître le style de Phidias, et son originalité, si l’on ne sait qu'il n’apparaît pas brusquement avec ce maître, mais qu’il se constitue déjà dans la première moitié du vesiècle (1)? celui de Polyclète, sans le rattacher aux ouvriers antérieurs de l’école argienne, à Glaukos et à Dionysios (2), à Hagéladas, plus anciennement encore à Polymédès? D’autre part, bien que l’idéalisme du v® siècle cède la place prépondérante au réalisme vers le 1v® siècle, il persiste jusqu’à la fin de ’art grec avec ses thèmes et son style, et il continue à inspirer l'artiste romain. Aucuneforme, aucun procédé technique,aucun style ne meurt entièrement; ilne fait que rentrer dans l’ombre, continuant une vie sourdeet ralentie. [l faut donc noter à toutes: les époques la persistance de ces courants divers, qui donnent à cet art, sous son apparente uniformité, une grande variété,

Îl peut paraître monotone à quelques-uns. L'artiste necherche pas à multiplier à linfin:i les formes dans lesquelles il versera sa pensée, puisqu'il ne veut pas l'originalité à tout prix, puisqu’il ne veut pas rompre avec le public, mais au contraire répondre à ses désirs, exprimer ses besoins, puisqu'il veut continuer la tradition. Queiques thèmes lui suffisent. C’est l’athlète nu, debout, au repos ou en mouvement violent : C’est la femme drapée; ce sont, sur les temples, les grandes scènes mythologiques toujours les mêmes ; c’est, sur les reliefs funéraires, l’image du mort et de ses proches ; ce sont les traits stéréotypés

(1) LXX VIII, p. 477 sq. — (2) LXXITI, p. 117.

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