‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 29 sur 124 · L'ARTISTE ET LE PUBLIC. LA TRADITION · texte numérisé non relu

L'ARTISTE ET LE PUBLIC. LA TRADITION

des dieux. En un mot, ce sont les thèmes essentiellement helléniques, ceux qui répondent le mieux aux besoins de la vie sociale, religieuse, et patriotique. L'artiste lesreçoitde ses devanciers ou les imite de ses contemporains, en n’y introduisant que de légères nuances. Ils lui paraissent bons, puisqu’ilssont appréciés etconnus du public, et illes répète pendant des siècles. Que l’on regarde les centaines de statues de l’homme nu, debout, au repos, se succédant depuis le Kouros rigide du vi* siècle, jusqu'aux derniers exemplaires de la série, au déclin de l’art grec. N'est-ce pas toujours la même image, quiexprime toujours la même pensée? Mais que de nuances dans les attitudes, le rythme des membres, depuis que, vers 500, la frontalité est rompue, depuis que l’étude plus précise de la musculature a remplacé les anciennes conventions! L'originalité, l’artiste la met non tant dans l'invention d’un thème inédit, que dans la perfection de la technique, dans la vérité de lanatomie, dans harmonie du rythme, dans la symmetria, dans la science du modelé, dans mille petits détails qui différencient les œuvres les unes des autres, qui introduisent une perpétuelle diversité dans la monotonie apparente d’un même motif, et le font évoluer sans cesse. L'originalité se révèle dans le cadre de la tradition.

Individualiste à l’excès, l'artiste moderne veut se distinguer le plus possible de ses confrères, et il garde jalousement ses créations contre toute copie, toute imitation de leur part. La notion de plagiat, de propriété intellectuelle et artistique, n’existe pas en Grèce. Quelqu’un a-t-il créé un motif, un détail nouveau que le public accueille favorablement ? tous l’imitent et le font entrer dans le domaine commun de l’art. L’œuvre n’est pas personnelle, elle est sociale; reflet de la communauté, elle demeure la propriété de celle-ci. L’idée de déloyauté ne

saurait effleurer l’esprit, et personne ne songerait à reven-

diquer son bien. Les motifs du grand art passent immédiatement dans l’art industriel, en particulier dans la peinture de

vases (1). Dans celle-ci, les peintres se copient les uns les autres ; Pamphaios copie Nicosthènes ; Nicosthènes copie les bateaux d’Exékias; Chachrylion imite les scènes éphébiques d’Épic- \tétos (2). Aucune barrière ne s’oppose à la contrefaçon; au \contraire, elle est l’âme et le principe même de l'esthétique grecque. Combien nombreuses les imitations d’une œuvre célèbre! Que de copies du Tireur d’épine, du Doryphore, du Diadumène! Que d’adaptations à des sujets en apparence nouveaux, par l’adjonction de quelque attribut, par le changement de sexe, d’âge, de nom, par la transposition de la ronde bosse au relief, de la peinture au relief, en un mot par de légers détails qui, sans rendre méconnaissable le prototype, lui prêtent une vie nouvelle et la lui assurent pendant des siècles! (3).

(1) CXLV, t. I, p. 579; LIL, p. 628.

©) CXLV, t. IL, p. 662; CXLIV, t. IX, p. 328. — (3) VI, t. L, p. 318 sq.

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