AVANT-PROPOS IX
Piniérét et la jouissance désintéressée peuvent se méler de façons infiniment diverses, à des doses infiniment variables (1).
Mais tout ceci a un caractère bien général. Nous avons voulu, une fois de plus, rattacher l’histoire à la vie. Ces principes une fois posés, tl nous faut considérer spécialement l’homme et les sociétés humaines.
On peut dire, sans paradoxe, que l'histoire des sociétés humaines, c’est l’histoire du loisir, des progrès du loisir, de sa répartition dans les classes sociales, de son utilisation.
Desa réparlition. — Les institutions poliliquescomme l’organisalion économique tendent au bien général de la société, à l'allésement de la vie du groupe; mais ceux qui détiennent le pouvoir pour le bien général tendent à en user pour leur bien propre ef à se décharger de travail. Tandis que ceux sur qui le travail pèse lourdement revendiquent leur part des biens de la vie et font des efforts — qui vont jusqu'aux révolutions — pour conquérir, st l’on regarde au fond, le droit au loisir.
De son utilisation. — Les modalités du jeu sont aussi nombreuses, virtuellement, que les puissances de l’individu ; et, en fait, il y a le jeu des organes physiques; il y a le jeu des différents sens; il y a le jeu des diverses facultés supérieures : out ce qui a servi d’abord à la défense el à l’entretien de la vie a servi ensuite à son épanouissement. Et selon les étapes de l’évolution historique, comme selon les âges de la vie individuelle, les aspects du jeu sont extrémement variés.
En premier lieu, il faut établir une distinction entre le jeu et les jeux — qu'on voit naîlre chez les animaux, mais qui ne se développent plernement que dans les soctétés humaines.
Le jeu est l’emploi spontané par l’éire vivant d'un tropplein d'énergie. Les jeux sont des pratiques ou des lechniques destinées à organiser l'emploi du loïsir. Étc’est sous la forme
(1) Voir K. GroOos, Les jeux des animaux, pp. 801, 308, et Grosse, Les débuts de l'Art.