‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 31 sur 124 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Partout, à ses débuts et pendant de longs siècles encore, l’art est asservi au surnaturel. Avant même de songer à orner de luxe et de beauté son corps ou son logis, avant de chercher à extérioriser pour lui et pour les spectateurs son émotion esthétique, l’homme a le pressant souci d’apaiser ses sentiments instinctifs à l’égard des forces mystérieuses qui l’entourent dans sa vie terrestre comme dans sa mort et dans sa vie future, forces contre lesquelles il doit se protéger, qu’il veut plier à ses désirs, et qu’il vénère parce qu’il les craint.

Aussi loin qu’on remonte dans le passé, l’art apparaît pénétré de magie, forme primordiale et grossière de la religion, qui inspire la pensée des chasseurs magdaléniens comme des primitifs actuels. La théorie des origines magiques de Part peut être contestée par certains érudits, et certes elle ne doit pas être trop exclusive, éliminer entièrement le sentiment esthétique, si faible soit-il encore, qui répond lui aussi à d’autres tendances émotives de la nature humaine, mais il semble bien que le besoin esthétique ait cédé la priorité à l’expression des besoins magiques, plus urgents. N'est-ce pas du reste à l’ombre de la magie et de la religion que la plupart des activités humaines se sont constituées, avant de rejeter cette tutelle mystique, et, en se laïcisant, de conquérir leur indépendance?

L’art grec n’a pas échappé, pas plus qu’un autre, à cette

Page 1