‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 37 sur 124 · RS · texte numérisé non relu

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de Naxos (375), les vaisseaux athéniens ont battu l’escadre péloponnésienne de N:colochos, et la paix de 371 met fin momentanément aux luttes qui ont été les conséquences de la guerre du Péloponnèse. On institue en l’honneur d’Eiréné, la Paix, des sacrifices annuels, et l’on consacre officiellement le groupe de Képhisodote. Dans celui de Praxitèle, d’une conception analogue, Hermès tient sur son bras l’enfant Dionysos (vers 340); il doit le soustraire à la jalousie d’Héra et le porter aux nymphes chargées de l’élever en secret; il s’est arrêté en chemin près d’un arbre et y a déposé sa chlamyde; il amuse l’enfant avec une grappe de raisin. Estce une simple scène mythologique? Non, c’est la commémoration d’une alliance entre lElide et l’Arcadie, que symbolisent ces dieux (1).

Les faits politiques déterminent aussi l’importance relative des différents centres d’art et l’influence qu’ils exercent. Ils rendent possible cette merveilleuse floraison de Part attique dans la seconde moitié du v° siècle. Les guerres médiques ont été désastreuses pour Athènes, qui a supporté tout le choc de l’invasion. Au lendemain de Salamine, les Athéniens rentrent dans une ville où tout est ruiné, édifices publics, maïsons privées; les campagnes ont été systématiquement ravagées ; partout ce ne sont que décombres. Pendant longtemps, ils doivent parer au plus pressé, et ce sont, non pas des œuvres d’art, mais des constructions utilitaires, remparts qui les mettront à l’abri de nouvelles tentatives, accroissement de la flotte qui tient en respect le Perse, protège là ville contre une descente maritime analogue à celle de Marathon, fait la police des mers alliées. Cependant, ce désastre est fécond. Athènes se relève plus forte qu'auparavant. Elle est à la tête d’un grand empire maritime, elle dispose de ressources financièresinconnues jadis, des tributs que lui payentsesalliés bientôt

() LXITI, t. IL, p. 291.

devenus ses sujets. Une fois le Mède définitivement écarté et la paix conclue, elle peut songer à s’orner, à se parer de beauté. Bien mieux, en ruinant tout, en faisant table rase, les Barbares ont laissé le champ libre aux architectes, aux peintres et aux sculpteurs. Sinon, les contemporains de Périclès auraient encore vu les vieux édifices du vie siècle sur lAcropole, l’'Hékatompédon des Pisistratides avec sa façade de marbre, et, dans ses frontons, la lutte des dieux contre les géants (1). Le Parthénon n’aurait pas été le chef-d'œuvre de larchitecture dorique et de la sculpture phidiaque, mais le projet pri- mitif (vers 506), ou celui dusecond Parthénon (après 489), dont ies tambours inachevés sont encastrés dans le mur nord de PAcropole,auraitété réalisé plus tôt (2); Périclès n'aurait pu songer à son plan d’embellissement de l’Acropole, et le conservatisme religieux, qui obligea Mnésiclès à tronquer l’aile sud des Propylées, qui détermina lorientation bizarre du temple d’Athéna Niké, qui empêcha sans doute le plan symétrique de l’Erechtheion, afin de respecter de vieux sanctuaires, aurait entièrement triomphé. On a donc pu dire avec quelque raison que ce fut une chance pour Athènes d’avoir été ruinée en 480; intacte, elle n’aurait fait qu’ajouter quelques constructions de plus aux anciennes (3).

Et pendant qu’elle attendait le moment propice à la reconstruction, l’art progressait. Dans la première moitié du v° siècle, il n’est point encore parvenu à se débarrasser de toutes les vieilles conventions archaïques; son style est quelque peu âpre et dur. Vers 450, c’est la maturité technique, et c’est précisément à ce moment qu’Athènes peut réaliser ses projets artistiques. Si leur exécution est belle et harmonieuse, n’estce pas que les artistes, non seulement ont l’occasion de créer, mais qu'ils disposent désormais d’une technique parfaite P Sans ces heureuses circonstances, le génie d’un Phidias, d’un

(t) LXXVIIL, p. 300; LXXXIV, t. VIIL p. 552.

(2) XXXIX. — (3) LXXVIII, p. 424.

[ctinos, d’un Mnésiclès, de ces artistes nombreux qui entourent ces grands maîtres, aurait-il pu se manifester d’une façon aussi claire et évidente, exécuter des œuvres que leurs successeurs considèrent comme d’éternels modèles P

C’est encore aux guerres médiques qu’Athènes doit sa prépondérance artistique dans la seconde moitié du v® siècle ; les Barbares ont permis le rayonnement de }art attique. Encore peu importante au vie siècle, malgré la brillante domination de Pisistrate, Athènes est, au milieu du v*°, la première ville de Grèce, supérieure même à Sparte. Sa prospérité politique détermine son essor dans tous les domaines, commercial, industriel, scientifique, littéraire, artistique, dans cette brève période qu’on a appelée le « siècle de Périclès ». L'art attique est maître de la Grèce; il s’impose partout, dans le Péloponnèse (temple de Phigalie, construit par Ictinos, vers 420), en Asie Mineure, à la cour des petits dynastes de Lycie et de Carie, partout où a pénétré la culture hellénique. Les écoles péloponnésiennnes ne peuvent prétendre à un tel succès, et action de celle d’Argos, si florissante cependant sous Polyclète, ne s’étend guère hors de la Grèce propre (1).

Mais n’en était-il pas de même aux vure-vi° siècles, et l’essor de l’art ionien hors de ses propres limites géographiques n’est-il pas une conséquence de la prospérité économique de Plonie, dont la chute politique entraîne la fin de sa brillante influence sur la Grèce continentale P

Plus que partout ailleurs, la prospérité de Part grec est en connexion intime avec les vicissitudes politiques, précisément parce qu’il est l’expression de la vie de la cité. Cette constatation, on pourrait la faire aisément à travers toute son histoire. À l’époque hellénistique, les grands centres d’activité artistique ne sont plus en Grèce même, mais en Asie Mineure (Pergame), en Égypte (Alexandrie), en Syrie (Antioche),

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