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par la destination de l'œuvre et par les attributs. Au v® siècle encore, on ne sait pas d'emblée donner aux dieux des traits, spécifiques, plus nobles que ceux des mortels déjà idéalisés. Le Doryphore et le Diadumène de Polyciète (1) sont-ils dieux ou humains? Le Zeus de Munich (2) est certes un beau corps, mais rien dans ce visage ne caractérise spécialément la divinité. Devant maintes statues dont les attributs ne sont pas assez pré-
cis, devant mainte tête isolée, on hésite. Cependant Phidias
s’efforce de donner aux divinités un air souverain qui les distingue de l'humanité. [1 semble qu'il ait réussi, mieux que ses prédécesseurs, à traduire leur majesté, non plus tant par les attributs, les gestes, les attitudes, en un mot par des moyens extérieurs, que par les traits du visage, reflet de l’âme. Avec ce maître, le type divin commence à se dégager par son expression même du type d’un mortel idéalisé. Mais la différenciation n’est complète qu’au 1v® siècle avec l’école de Praxitèle, qui sait marquer plus délicatement encore la limite entre les deux mondes. Bientôt après, sous l’influence du réalisme qui rabaisse les dieux, l’indétermination de jadis reparaît. Asklépios n’est partois plus qu’un mortelassez vulgaire,aux traits sans noblesse; comme autrelois, les attributs seuls, chevelure, serpent, le distinguent, et toute l'expression morale, si délicatement empreinte au 1v® siècle, disparaît (3).
Entre les dieux eux-mêmes, la différenciation est aussi lente
à se faire et ne s’opère tout d’abord que par des moyens exté-
rieurs, barbe, chevelure, attributs. Il est difficile, dans lParchaïsme du vi siècle, par exemple sur les vases àfiguresnoires, de distivguerentre ellesles divinités barbues, vêtues de même.
* Sur les vases à figures rouges, il y a déjà moins d’uniformité ;
mêmeen l’absence d’attributs, Hermès diflère d’Apollon,sitoute fois les dieux âgés, Poseidon, Zeus, Hadès, Dionysos, Héphaistos, : se confondent encore. Poseidon n’acquiertquetardles caractères
(1) LXIL, t, I, p, 488, 496. — (2) LXX, p. 212, — (3) VII, p. 188.
individuels qui le distinguent de Zeus. et souvent la distinction est faible; ne reprochait-t-on pas à Euphranor de lui avoir donné une noblesse telle que celle de Zeus ne pouvait être plus grande encore? Asklépios diffère de Zeus par des nuances de physionomie que savent exprimer les artistes du 1v° siècle, maîtres de l’expression.
L’art grec est aristocratique. Il ne cherche pas pendant longtemps à donner une image complète de la variété sociale, et n’accorde pas le même intérêt aux diverses classes qui la composent. Avec les dieux conçus à leur image, il glorifie les Grecs de bonne naissance; et il veut pour eux les types les plus beaux et les plus nobles. Les classes inférieures peuvent retenir le regard curieux du céramiste, rapproché d’elles par les conditions de sa propre vie; dans le grand art, les gens du commum ne font qu’accompagner les maîtres, et, à l’époque classique, ne sont jamais traités pour eux-mêmes. Ce n’est que plus tard, quand l’idéal a évolué, que Partiste hellénistique en fait parois le sujet unique de ses études, leur accorde la même place qu’aux autres.
Artdémocratique toutefois, si l’on entend parlà qu’il s’adresse à tous, que tous peuvent en jouir, et qu’il est l'expression des idées, des aspirations communes de la cité.