‹ L'art en Grèce, avec 67 figures dans le texte et 20 planches hors texteChapitre 46 sur 124 · SR RP PPS. 7 SX . OUR · texte numérisé non relu

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Éros et Ganymède jouent aux osselets, et Cypris, pour décider son fils à enflammer le cœur de Médée, doit lui promettre un beau jouet. L’Olympe est un intérieur de bons bourgeois. Si Von s'occupe des dieux et des héros, c’est pour les dépouiller de leur grandeur, pour ramener les légendes mythologiques aux proportions des faits divers de la vie courante. Aphrodite est une baigneuse à sa toilette; mère, elle couvre Éros de caresses et le presse dans ses bras; mais elle s’apprête aussi à fustiger le polisson qui s’accroupit peureusement à ses pieds (1).

L'art du #° siècle était profondément religieux. Le temple et son décor étaient son but suprême. Avec l’individualisme et le scepticisme croissants, il se détourne du service exclusif des dieux pour satisfaire aussi tes désirs des hommes. Par une loi générale d'évolution, les activités humaines se dépouillent avec le temps de leur caractère primitivement religieux etsurnaturel, pour se rationaliser et s’humaniser. La laïcisation de Part croît depuis le 1v° siècle. Dieux et morts continuent à recevoir les hommages séculaires, mais ils ne sont plus les seuls; à côté d'eux, les vivants réclament leur part. Ils veulent des demeures plus solides, plus grandes et plus belles. C’est à dater de cette époque seulement que subsistent de nombreuses ruines de maisons privées et de villes grecques, à Priène, Pergame, Délos (2). La vie publique exige des stoas, des portiques, des gymnases, des marchés, plus vastes, plus somptueux, en beaux matériaux. Les rois élèvent leurs palais. Les intérieurs s’ornent de statues, de statuéttes, de peintures, de tableaux de chevalet. Dans les jardins et dans les parcs, des groupes décoratifs se détachent sur des fonds de verdure. L’orfèvrerie, elle aussi, devient profane et prend une grande importance. Autrefois Thomme était subordonné aux dieux; maintenant il est leur égal.

Jadis l’art était le produit de la collectivité et choisissait les

(1) RA, 1903, L, pl. III. — (2) Ci-dessus, p. 64; LV!I.

thèmes intelligibles à tous. Maintenant qu’il n’est plus soutenu par la foi et le patriotisme des ancêtres, qu’il veut faire avant tout œuvre personnelle et originale, la scission s’opère entre le peuple et lui, devenu le domaine d’une élite ; comme la littérature, il n’exprime plus les sentiments profonds de l'âme populaire et il exige souvent, lui aussi, pour être compris, les ressources de l’érudition, ce qui est très caractéristique de la civilisation hellénistique. On cherche linspiration dans les œuvres littéraires, dans les ouvrages érudits. Les légendes mythologiques commencent à n’être plus connues directement, mais on les voit déjà comme nous les voyons aujourd’hui, à travers les poètes qui les ont chantées. On lit ceux-ci pour leur demander des sujets, et les auteurs de l’Anthologie vantent les artistes qui ont suivi scrupuleusement les descriptions littéraires.

Incompris du grand public, l’art perd son caractère moralisateur et patriotique. Autrefois il affirmait par ses créations grandioses la puissance des dieux et de la patrie, la piété des citoyens. La frise de Pergame, les ex-voto d’Attale (1) rappellent encore aux spectateurs, sous leur forme mythique, le courage des Pergaméniens qui ont vaincu les Galates, sous la protection des dieux, comme les Grecs du v® siècle ont vaincu les Perses, mais ces œuvres tendent surtout à glorifier la puissance du prince qui les a commandées.

L'art, qui a rompu avec la vie nationale et populaire, perd son caractère didactique; il ne se croit plus appelé à une mission. Il cherche avant tout à plaire par sa beauté, à émouvoir le sens esthétique.

L’étroite connexion du beau et de l’utile se relâche. Dès la fin du v® siècle, malgré les protestations de Socrate et de ses disciples contre l’art pur, on distingue les créations qui sont seulement belles de celles qui sont seulement utiles. Cette dis-

(1) LXII, t, IL p. 496,

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